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[Rentrée littéraire] Heureux Simonien

Note de la Rédaction : Après la rentrée scolaire, 37° se met à la page de la rentrée littéraire en vous proposant « Heureux Simonien », fiction tourangelle inédite, écrite par notre journaliste Laurent Geneix en 2012. Une nouvelle que nous avons découpée en quatre épisodes, à retrouver chaque jeudi de ce mois de septembre.

Heureux Simonien

Fable anachronique

© laurent geneix – mars 2012

Petit préambule apéritif

Il y en a qui disent que dans la vie, il y a des hauts et des bas.

Je leur dis : certes, mais flûte !

Non à la dictature de la verticalité !

Et je leur raconte comment, sur une courte période de ma vie,

j’ai eu du bas, du long, du haut,

puis un peu de bas et enfin, du très long.

Oui, mesdames et messieurs : du long !

De l’horizontal, quoi.

Car dans la vie, il y en a plein et on ne le dit pas assez.

Bim, bim, bim j’enfonce la sardine dans le sol caillouteux. Bim, bim, bim, que celui qui me délogera d’ici commence par arracher chaque sardine avec les dents. Bim, bim, bim.

Avant de vous raconter comment j’ai fini par recevoir des signaux lumineux de la lampe de poche à dynamo de Zorra, qui s’ennuie dans la suite de son père, perchée au dernier étage de l’hôtel de luxe au-dessus du Pont Wilson, une petite contextualisation s’impose.

Alors voilà, ça fera deux ans maintenant que j’ai déserté boulot, femme, enfants, assurances-vie gérées par des spéculateurs énervés de moins de 30 ans et confort moderne à crédit revolving pour m’installer incognito sur l’Ile Simon, dans une tente camouflage, dans l’endroit le plus dur à trouver (des mois d’observation, de prises de notes, de recherches et de calculs mathématiques pour trouver ça).

Requête, requête, requête : no more requête ! Après quelques démarches infructueuses, j’ai décidé un matin de proclamer seul l’indépendance de l’Ile Simon. J’ai fait mon allocution un soir, perché sur le frêne numéro 34, aux indépendantistes lochois qui étaient venus me donner un coup de main pour isoler l’île de la ville.

Je me suis dit : «Ils y sont bien arrivés, eux, alors pourquoi pas moi ?». Nous avons passé des soirées à faire griller des saucisses aux herbes rive nord et ils m’ont formé, jusqu’au jour J. Forcément, l’indépendance de Loches il y a une dizaine d’années, sans une seule goutte de sang versée, a marqué les esprits. Mon geste est néanmoins passé inaperçu car le lendemain de ma proclamation l’Ile Simon ressemblait ni plus ni moins à l’île Simon de la veille. Il fallait rendre la chose concrète et palpable.

Quelques jours plus tard, nous avons profité des travaux de la ligne 6 du tramway pour passer à l’offensive. Le Pont Napoléon était désert et totalement coupé à la circulation depuis plusieurs jours, même aux piétons, et du coup l’île redevenue une île. L’occasion était trop belle. En une longue nuit d’hiver, à une trentaine, suréquipés, à grands coups de pioche, lampes frontales balayant l’obscurité, nous avons définitivement anéanti la rampe d’accès qui monte de l’île au pont, ou selon le point de vue, qui descend du pont vers l’île. La grille d’entrée s’est retrouvée d’un coup suspendue dans le vide, ne donnant sur rien, ayant l’air – n’ayons pas peur des mots – vraiment ridicule.

 [A suivre… jeudi prochain]

crédit photo ©laurent geneix / le jour & la nuit

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