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Tours, terre de cosplayers

Difficile de faire une estimation précise mais ce week-end, lors du Japan Tours Festival, ils étaient assurément plusieurs milliers à passer les portes du Vinci dans les habits de leurs héros préférés. Mangas, séries, films, jeux vidéos… L’inspiration est infinie pour celles et ceux qui sont adeptes de l’art du cosplay, et donnent vie le temps d’un week-end à tous ces personnages vus sur écran le reste de l’année.

Né à la fin des années 30 aux États-Unis, adopté au Japon dans les années 80 et débarqué en France au début des années 90, le cosplay fait aujourd’hui des milliers d’adeptes chez nous : des enfants, des ados et des parents, aussi. L’idée n’est pas seulement de se déguiser mais d’incarner un personnage en adoptant par exemple sa gestuelle.

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Japan Tours Festival

Chaque année pendant le Japan Tours Festival, les visiteurs costumés sont partout dans les allées du Vinci et les deux concours de cosplay organisés dans le grand auditorium (en groupe le samedi, en individuel le dimanche) affichent pratiquement complet. Ce dimanche, la plus jeune candidate n’avait que 9 ans et demi.

Sur scène, les prestations s’enchaînent à un rythme effréné : en 2 minutes environ, la candidate ou le candidat fait sa démonstration, accompagné(e) d’une bande son (chanson, texte, création sonore) et parfois d’une vidéo représentant son univers. Le tout avec les encouragements du public et sous le regard indiscret des smartphones.

En plus du costume, les accessoires comptent aussi. Parmi les 10 prix remis ce dimanche lors du concours tourangeau, l’un d’eux récompensait d’ailleurs spécifiquement ces accessoires. En une heure, une vingtaine de candidats débutants ou confirmés ont tenté leur chance devant le jury dans des univers très variés dont Disney, Pokémon ou le jeu League of Legends pour les plus connus. Pendant ce temps, à l’extérieur, un sosie de Jack Sparrow enchaînait les photos.

Le 1er prix du concours cosplay individuel est allé à Pierre-Alexandre Geraert alias Kharazim (photo ci-dessus), soit le moine venu du monde de Diablo dans le jeu Heroes of the Storm. Aujourd’hui basé à Nantes, l’ingénieur en robotique de 31 ans est originaire de Rochecorbon : « j’ai vraiment commencé le cosplay en 2013 mais depuis tout petit j’aime me déguiser, je participais au carnaval de Rochecorbon. Un jour j’ai découvert que la mousse c’était mieux que le grillage pour faire des costumes. J’ai fait mon premier concours à Cologne (Allemagne) en 2014 puis j’ai remporté un prix à Los Angeles. »

La spécialité de Pierre-Alexandre, c’est le travail du cuir : « j’ai appris sur Internet » nous dit-il. Il a découvert la technique via l’armure d’Aqua Man, « un héros pourri mais l’armure était super belle. » Aujourd’hui il n’hésite donc pas à passer beaucoup de temps sur les détails de son costume quitte à tricher : « Kharazim a beaucoup de muscles alors que moi à l’intérieur je suis une crevette. » Une différence qui ne l’empêchera pas d’aller participer à la finale de la Coupe de France de cosplay en décembre à Toulouse, où il retrouvera pas mal de connaissances car c’est un milieu où beaucoup de personnes se connaissent et se croisent régulièrement.

Vainqueur devant 2 000 spectateurs, la victoire de Pierre-Alexandre à Tours lui permet aussi de remporter un aller-retour au Japon. Une belle récompense après des dizaines d’heures de travail pour son costume, lui le passionné de jeu vidéo qui s’était également grimé en Buzz l’Éclair lors d’une précédente édition du Japan Tours Festival. Il doit maintenant plancher sur un nouveau projet et une nouvelle prestation pour la fin d’année même si la scène le « terrifié ».

Toute heureuse pour Pierre-Alexandre, Angia a aussi de quoi être fière : déguisée en Alice Madness Return, une Alice au Pays des Merveilles pour qui rien n’a tourné comme il faut, la jeune femme de 28 ans a décroché le 2ème prix individuel de ce Japan Tours Festival 2018. Originaire de Nice et établie à Nantes, elle parcourt la France toute l’année pour des conventions et vient tout juste de terminer ce nouveau costume après 200h de travail, « il raconte toute l’histoire d’Alice qui devient folle dans un monde plus glauque. » Très drôle, sa prestation évolutive a beaucoup fait rire le public (et nous avec).

En sortant de la salle de spectacle, on croise Pikachu. Un classique : il y a toujours des Pikachu au Japan Tours Festival, mais aussi toujours plein de cosplayers venus avec leurs pancartes « Free Hugs » (câlins gratuits).

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La fameuse Alice

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Cosplayer depuis 13 ans, Guillaume en a également fait son métier. Hyper bien placé à l’entrée du Vinci, il tient le stand de la boutique Cosplay Craft qui vend tout le nécessaire pour créer ses costumes et dispense aussi des astuces pour créer ses tenues, une entraide qui se fait également sur le net : « n’hésite pas à contacter les cosplayers que tu suis et que tu aimes bien sur les réseaux sociaux pour leur demander des conseils » suggère ainsi une de ses vendeuses à une visiteuse de passage. Instagram (pour les photos) et Facebook (pour les groupes de discussions) étant les espaces privilégiés de la communauté.

« Je ne suis pas pro, mais je suis un passionné » : la petite phrase d’un cosplayer dans les allées du Vinci.

A VOIR AUSSI : L’ambiance du Japan Tours Festival sur Info Tours

« Le cosplay ce n’est pas vraiment une économie, ça reste une niche » nous dit Guillaume. Une niche tout de même capable d’attirer jusqu’à 15 000 personnes en même temps dans un hall parisien pour la Japan Expo de Paris, « l’un des seuls moments de l’année où il affiche complet à ma connaissance. »

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« Le cosplay, c’est du spectacle » poursuit le spécialiste. Pour lui, un bon costume ça passe par une bonne connaissance du personnage : « il faut de la motivation et de l’engouement pour que la personne se transcende en faisant le costume. » Son conseil : ne pas voir trop grand trop vite, commencer par des costumes simples puis nécessitant des techniques de plus en plus perfectionnées. « La mise en scène est aussi importante, dans cosplay il ne faut pas oublier qu’il y a play. »

Photos : Delphine Nivelet, Pascal Montagne et Laurent Depeigne

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