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Théâtre à Tours : tempêtes d’amour avec « Vents contraires »

A quel moment tombe-t-on amoureux de quelqu’un ? Quels signaux marquent la fin d’un couple ? Quelles sont les différentes expressions de l’amour dans le monde d’aujourd’hui ? En 2h brillantes, Jean-René Lemoine explore les multiples sentiments, leur formation comme leur explosion… sur fond de Mylène Farmer. Un spectacle que nous avons découvert au Théâtre Olympia, à Tours.

« Mon corps a besoin de vacances » : cette phrase explose à la face de Rodolphe. Marie veut le quitter, Marie ne l’aime plus, Marie espère une autre vie. Le rideau se lève sur cette scène de dispute mémorable où une femme déterminée fait face à un homme impuissant et subjugué. Marie ne supporte plus la routine : la baguette du dimanche matin ou les câlins sans passion. Elle rêve d’évasion et d’échapper aux conventions, quitte à « vendre » son homme à Marthe, une hôtesse de l’air tombée amoureuse de Rodolphe alors qu’elle faisait équipe avec lui sur un vol Paris-Dakar. Marie propose de jeter le steward dans ses bras moyennant finances : « Il y a une érotique de la compassion » lui dit-elle. Et quelle belle phrase !

Peut-on sauter aussi facilement d’une histoire à une autre ? On pourrait croire que Rodolphe accorde peu d’importance à la femme qui est dans son lit tant qu’elle obéit à ses pulsions, d’autant qu’il n’hésite pas à faire appel à une prostituée (Salomé). C’est plus compliqué que ça. Et pas que pour lui. La sœur de Marthe – Camille – est également en train de se faire larguer… par Leila, tombée folle amoureuse de Salomé. L’étudiante qui vit des relations sexuelles tarifées ne lui promet pas l’exclusivité : « J’aime aussi le corps des hommes. »

Pendant 2h, Vents contraires fait l’autopsie du sentiment amoureux. Entre monologues d’introspection de ses personnages et dialogues fougueux. On est souvent dans un huis clos, au salon, au restaurant, dans la petite chambre où Salomé reçoit ses clients. On s’interroge sur la réalité des sentiments, sur la durée d’une histoire passionnelle, sur la façon de faire renaître un amour endormi, sur la bonne façon de quitter quelqu’un… si tant est qu’il y en ait une.

« Tout est KO » chante Mylène Farmer, convoquée à plusieurs reprises par Jean-René Lemoine, en bande son ou dans la bouche des personnages. On s’étonne d’abord, et on comprend ensuite ce que cette icône de la chanson française vient faire ici. Vents contraires ausculte le couple avec minutie et modernité, quand la météo est clémente mais aussi lorsque l’orage gronde. Il n’oublie ni les notions essentielles de féminisme, ni les multiples conceptions que l’on peut avoir de la sexualité et de l’union quand on vit en 2020. C’est fin, particulièrement bien écrit, incarné par une bande de comédiennes et un comédien qui se mettent (parfois littéralement) à nu pour nous emmener dans les entrailles de leur cour et de leur cœur.

Si l’on devait convoquer une autre star de la chanson, on dirait que c’est une pièce qui donne l’envie d’aimer.

Photos : Jean-Louis Fernandez


Un degré en plus :

A voir jusqu’au 18 janvier au Théâtre Olympia à Tours.

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