Culture

Teknival : une culture alternative et libertaire

Le Teknival 2017 qui s’est déroulé à Pernay, à une vingtaine de kilomètres de Tours le week-end dernier a rempli nombre d’articles de presse et a animé nombre de conversations en Touraine ces derniers jours. Forcément un festival (qui plus est non autorisé) ayant regroupé 60 000 personnes (en cumulé sur les 3 jours), ça fait parler. Beaucoup de ces discussions ont tourné sur l’aspect sécuritaire : impact sur le voisinage, nombre de forces de l’ordre et de sécurité réquisitionnées, coût estimé… Mais au fait c’est quoi un Teknival ? 37° a interrogé Stefh (avec un f et un h, il y tient), membre actif depuis une quinzaine d’années des free-parties. Au téléphone ce mercredi, il a accepté de revenir longuement par téléphone sur les origines et l’essence de cette culture alternative.

18156808_1294895343911987_3410536505236019964_o Vue aérienne du Teknival de Pernay (c) Gendarmerie d’Indre-et-Loire

Bonjour Stefh, pour commencer peux-tu nous dire quelle est l’origine des Teknivals ?

Stefh : Les Teknivals font partie du mouvement de la fête libre qui regroupe ce qu’on appelle « rave-parties » ou « free-parties ». C’est un mouvement culturel alternatif venu d’Angleterre et qui est arrivé en France dans les années 80 et qui repose sur une idéologie plutôt libertaire.

Tu parles d’idéologie, certains emploient le mot culture. Que retrouve-t-on derrière cela ?

Stefh : C’est un mouvement alternatif avec sa culture propre, adepte de l’autogestion, du respect de l’autre mais aussi de l’environnement. Un mouvement qui a été surtout codé par les Spirale Tribe qui ont apporté leur philosophie libertaire et un certain esprit d’opposition à la société de consommation.

37° : On retrouve quel public dans ces rassemblements ?

Stefh : Il y a de tout c’est vachement métissé. Le point commun de tous c’est l’envie de prendre du plaisir, de tripper pendant un ou plusieurs jours en toute liberté et sans emmerdes. S’échapper du quotidien et s’amuser.

37° : Il y a un certain état d’esprit commun au-delà de cette simple recherche de plaisir ?

Stefh : Au premier regard on pourrait dire que oui mais au final, chacun vient y chercher ce qu’il veut. Après il y a quelques codes communs forcément : L’attention à l’autre, à l’environnement, l’autogestion… Mais il n’y a surtout pas de règles ou de règlement. L’état d’esprit commun c’est d’être « free », c’est à dire libre. Pour faire simple, je dirai qu’on est un peu les successeurs du mouvement hippie.

Et que représente les Teknivals dans ce mouvement ?

Stefh : Les Teknivals sont les festivals emblématiques et les plus symboliques du mouvement, par leur ampleur, le nombre de sound-systems (ndlr : collectifs musicaux) et de murs de son (ndlr : murs d’enceintes à proprement parlé) qu’ils regroupent, ainsi que le nombre de festivaliers qu’ils attirent. Cette année il y avait plus d’une centaine de sound-systems et plus de 70 murs de son. Depuis une vingtaine d’années, 23 ou 24 ans je ne sais plus exactement, aux alentours du 1er mai est organisé un Teknival annuel. Ces rassemblements sont un peu la vitrine du mouvement et un moment de revendications envers les autorités.

37° : Justement après avoir été non-déclarés au départ, pendant plusieurs années ceux-ci étaient devenus légaux et organisés en concertation avec les autorités. Depuis 2016, ils sont redevenus illégaux…

Stefh : En effet, jusqu’en 2015 le Teknival du 1er mai était organisé légalement en lien avec les services de l’État. Seulement dans le même temps, ces autorisations étaient surtout un prétexte à la mise en place de pressions sécuritaires, avec notamment de nombreuses confiscations de matériel sonore. Il y a eu un retour en 2016 à l’illégalité et en parallèle la mise en avant de revendications comme l’arrêt des saisies de matériel, l’abrogation de la loi Mariani de 2001 qui permet aux autorités d’interdire les rassemblements, la possibilité de tenir nos rassemblements dans des terrains publics inutilisés mais aussi la mise en place de véritables concertations avec les autorités.

18238615_653992401453906_2941499692423988640_oMur de son au Teknival de Pernay (c) SDIS37

37° : L’installation du Teknival à Pernay cette année a fait beaucoup causer. Ne pensez-vous pas que cela soit contre-productif à vos démarches ?

Stefh : Comme l’ont déclaré certains organisateurs, les pouvoirs publics nous empêchent de faire des petites fêtes, du coup une fois à l’année on en fait une grosse et on montre que le mouvement tekno attire et séduit. Les autorités doivent le prendre en compte et arrêter de vouloir encadrer les choses uniquement avec le volet sécuritaire, même si cette année aucun soundsystem ou camion n’a été confisqué.

37° : Derrière ce côté revendicatif d’une fête libre, on ne peut pas cacher non plus l’autre face : la sécurité du public, cette année il y a eu des blessés mais aussi un mort sur le site notamment ou encore la question de la drogue…

Stefh : On va pas tomber dans l’angélisme et nier cela. Mais un événement qui rassemble 60 000 personnes sur une forme d’autogestion il y a forcément des risques malheureusement. Après le décès est tragique, mais cela n’était pas arrivé depuis 2009 et pour le moment rien ne dit que c’est lié à sa présence ici. Si tu veux me faire dire que ces rassemblements conduisent à des pratiques excessives, je te dirai oui mais comme n’importe quel événement qui permet de se libérer du poids quotidien. Moi je veux bien qu’on pointe les chiffres des permis retirés ou autres, mais dans ce cas comparons en proportion avec d’autres types d’événements, je ne suis pas sûr qu’on soit beaucoup au dessus. Seulement le mouvement est montré du doigt parce qu’on refuse de rentrer dans les normes du système.

37° : Il y a aussi la question de la gène envers le voisinage, l’occupation d’un terrain privé sans accord des propriétaires…

Stefh : Certes quand on met des dizaines de murs de son c’est hard, mais ça dure un week-end, une fois à l’année et jamais au même endroit. Comme je le disais c’est aussi un moyen de pression sur les autorités. Qu’elles fassent un geste envers le mouvement, qu’elles mettent à disposition des lieux adaptés et surtout qu’elles arrêtent leur répression et qu’elles prennent en compte que l’essence du mouvement est d’être libertaire et on pourra améliorer ces points. Elles ne peuvent pas nous ignorer quand tu vois que chaque année ce sont plusieurs dizaines de milliers de personnes qui sont rassemblées. On a rien contre le voisinage en tant que tel, d’ailleurs le public présent est généralement très courtois et cette année, il y a eu de vraies discussions avec les habitants. Et pour les propriétaires, déjà on laisse le site propre, tout est nettoyé, ramassé. En plus cette année j’ai entendu que les organisateurs voulaient dédommager les propriétaires du champ pour les clôtures cassées. On n’est pas des irresponsables comme certains veulent le faire croire.

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