Culture

#TDS2015 – Jeanne Added : premier album, première grande tournée d’été, une révélation !

On se souvient du jour où on a entendu ce nom pour la première fois : c’était en plein hiver, de la bouche de Hugues, le programmateur de Terres du Son, visiblement ravi de sa trouvaille et de la signature pour cette édition 2015. Dimanche en fin d’après-midi sous le Chapitô, le son mat et les compositions pleines de surprises ont restauré des oreilles festivalières déjà bien entamées, de bien belle manière.

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On a sans doute trop vite collé une étiquette sur la musique de cette Rémoise devenue Parisienne, issue du jazz. Même si elle se dit «très intéressée» par Joy Division, Jeanne Added a mûri son projet en parallèle de son parcours jazz et a vraiment découvert The Cure il n’y a que six mois. Sur scène, la musique de cette trentenaire déterminée échappe très largement au domaine de la new wave et son côté souvent nerveux et minimaliste nous a plutôt fait penser aux Young Marble Giants ou à Kas Product. Et lorsque la mélancolie affleure, à This Mortal Coil et autres groupes de la première décennie du label 4AD.

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Une chose est sûre : Jeanne Added a pris le risque de tout laisser tomber pour ce projet solo (enfin… trio, car ses deux musiciennes extraordinaires ne sont pas vraiment là pour le décor), donc on va très vraisemblablement voir se dérouler dans les années à venir un film imprévisible et fascinant, dont ce premier chapitre troublant nous a littéralement enchantés.

L’Interview

37 degrés : Quel est ton parcours musical ?

Jeanne Added : J’ai une formation classique, puis je suis entrée au conservatoire à Paris et j’ai choisi le chant très tôt. J’ai ensuite eu des opportunités d’être interprète pour des compositions de jazz contemporaines et ça a marché assez rapidement, suffisamment pour que je gagne ma vie correctement.

37 degrés : Aujourd’hui Jeanne Added c’est quoi, 90 % de ta vie professionnelle ? C’est une grosse prise de risque ?

Jeanne Added : Oui, c’est un changement de vie radical. Il a fallu peu à peu apprendre à dire «non» à des projets intéressants, alors que je gagnais ma vie, que j’avais la chance qu’on vienne régulièrement me chercher pour faire des choses chouette et bien rémunérées.

37 degrés : Qu’est-ce qui a été le déclic, le truc qui a fait qu’un matin tu t’es levée et tu t’es dit «ça y est, je suis prête, c’est maintenant» ?

Jeanne Added : Cela ne s’est pas tout à fait passé comme ça. Il y a d’abord eu quelques concerts où je suis sortie de scène à la fin en réalisant que je m’étais un peu forcée à chanter, sans prendre de véritable plaisir, où j’avais plutôt envie de crier tout du long, mais où la musique sur laquelle je chantais ne me permettait pas ça. Je me suis dit que la solution la plus simple serait d’écrire pour moi.

37 degrés : Le songwriting ça a été quelque chose de nouveau pour toi ?

Jeanne Added : Oui, complètement. J’ai découvert ça avec beaucoup de plaisir et… beaucoup d’humilité aussi. J’ai été très excitée de découvrir un nouveau métier. Mais c’est un sacré défi, je me rends compte petit à petit à quel point c’est difficile. Je me dis que potentiellement j’en ai pour jusqu’à la fin de mes jours pour écrire la pure chanson, le truc absolu.

37 degrés : Sur scène, contrairement à beaucoup de groupes qu’on a entendu ici, tu as tendance à «déconstruire» un peu tes morceaux et proposer des alternatives assez différentes des versions studio, ça te vient du jazz ?

Jeanne Added : Oui c’est vrai que par rapport au disque, on ouvre pas mal, pour vraiment pouvoir jouer. Ce n’est pas nouveau, ni propre au jazz. Des groupes comme Deep Purple ou Pink Floyd, ont toujours laissé une large place à l’improvisation sur scène. C’est pour moi indissociable du rock et de la musique en général.

37 degrés : Si je te dis Young Marble Giants, This Mortal Coil, Anne Clark, ça t’évoque quoi, ce sont des choses qui te parlent ? D’où te vient ce côté un peu dark, voire new wave sur certaines compositions ?

Jeanne Added : ça vient des oreilles de ceux qui m’écoutent ! (rires) Non, on écoute tous des choses avec nos références c’est normal ; maintenant que je commence à découvrir ces références dont on me parle, je comprends l’analogie et je la respecte, mais ce n’est pas du tout ma culture, même si j’ai un peu vécu en Angleterre et que je suis très sensible à la culture anglo-saxonne.

37 degrés : On a trouvé que tu avais l’un des sons les plus originaux et les plus travaillés de ce festival. C’est quelque chose de vraiment important pour toi, ce travail avec ton ingénieur du son ?

Jeanne Added : Oui, je travaille avec Gilles Olivesi depuis longtemps, on a beaucoup travaillé le son et avec Dan Levy de The Do on voulait absolument que le son du disque puisse trouver un prolongement sur scène (NDR : lire au sujet de cette collaboration l’excellente interview de Dan Levy dans Libération du 10 mai).

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Un degré en plus

> Séance de rattrapage : Jeanne Added au Temps Machine le samedi 28 novembre

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