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Culture

Quel bilan pour « Tours et ses Francos Gourmandes » ?

L’événement était aussi attendu qu’il avait fait parler ces derniers mois. Le festival « Tours et ses Francos Gourmandes » s’est tenu le week-end dernier. Une première édition en guise de test et qui en appelle d’autres selon les organisateurs.

Vendredi 18h30, le site de la place Anatole France, celui accueillant les concerts et « battles de chefs », la vitrine du festival, ouvre ses portes. Autour de la double-scène, des barrières de sécurité entourent tout le site, obligeant ceux arrivant de la rue Nationale à opérer un vaste détour. Depuis 16h30 les accès à la place Anatole France, à la rue des Tanneurs et au pont Wilson sont fermés, entraînant des bouchons monstres dans le centre de Tours, mais aussi sur les accès entrants et sortants, ponts Napoléon et Mirabeau en premier. Si on mesure la grandeur d’une métropole à la taille de ses embouteillages, Tours mérite alors amplement son nouveau statut en ce vendredi après-midi.

Francogourmandes_2017__CVinson__3_(c) Claire Vinson

Un vaste show entre musique et gastronomie

Sur le site des Francos Gourmandes, la première « battle de chefs », sorte de joute culinaire ludique et festive entre plusieurs chefs reconnus nationalement, se déroule face à un public encore clairsemé. A raison d’une alternance « battle » puis concert puis « battle » puis concert, le concept porté par Morgane Productions (essayé auparavant en Bourgogne à Tournus) est bien rodé. Un vaste show entre musique et gastronomie mis en avant et repris à son compte par la Cité de la Gastronomie pour la tenue de son festival.

Avec un parrain médiatique, le chef Juan Arbelaez du Nubé (Hôtel Marignan Champs-Elysées), passé auparavant dans Top Chef sur M6 ainsi que sur différentes émissions TV, mais aussi un partenaire ayant un réseau national (Morgane Productions), la Cité de la Gastronomie a misé sur l’image, le tout dans une optique de rayonnement qui n’est pas pour déplaire aux élus. Médiatiquement cela n’a pas manqué : Europe 1, C News, Libération, RTL, L’Humanité… autant de médias nationaux ayant parlé de l’événement par l’intermédiaire de son parrain, pour la plus grande fierté des organisateurs s’enorgueillant de cette couverture tout au long du week-end.

TFG17_CVinson__45_(c) Claire Vinson

Sur place néanmoins, le show annoncé suscite la curiosité mais peine à convaincre dans le public. Si ce dernier est venu voir les groupes programmés : Cocoon et surtout Claudio Capéo pour les têtes d’affiche, sans oublier les locaux de Revivor programmés en début de soirée, les joutes culinaires peinent à se faire comprendre et font à l’inverse retomber l’ambiance entre chaque concert. Au final, cette première soirée aura réuni environ 5000 spectateurs en simultané au plus fort de la foule pendant le concert de Claudio Capéo (un chiffre finalement revu à la hausse le lendemain par l’organisation qui annonçait 8 500 personnes tandis qu’un membre de Morgane Production évoquait de son côté 7500 personnes…). Un chiffre un peu moindre le lendemain pour les concerts de Part Time Friends et Rachid Taha, et un total entre 10 et 12 000 en cumulé sur les deux jours. Un chiffre sans comparaison identique possible, mais qu’on peut mettre en parallèle avec le concert Tour Vibration, gratuit lui aussi il y a deux ans au même endroit et qui avait rassemblé 10 000 personnes sur une soirée.

Francogourmandes_2017__CVinson__74_(c) Claire Vinson

Du côté de la Cité internationale de la Gastronomie on s’estimait heureux de ces chiffres et de la bonne ambiance populaire qui régnait : « C’est une première édition encourageante, montée en cinq mois, cela nous permet d’avoir une base solide pour la suivante que nous préparons déjà » expliquait ainsi Emmanuel Hervé dès le samedi matin lors de l’inauguration des 150 ans des Halles de Tours.

Une première édition montée dans la douleur

Une satisfaction ressemblant presque à un soulagement, tant cette première édition fut montée dans la douleur par la Cité de la Gastronomie, entre multiples réunions préfectorales sur la sécurité, des politiques soutenant officiellement le festival mais se dédouanant à chaque complication apparue, à l’instar de cet élu qui nous déclara au moment du changement de programme dans la confusion début juillet : « on finance, mais c’est à la Cité de la Gastronomie de gérer l’organisation, cela ne me regarde pas et je ne suis au courant de rien ». Une façon de botter en touche et renvoyer les responsabilités à l’association porteuse du label.

Le projet était ambitieux pour la Cité de la Gastronomie, en manque jusqu’alors de visibilité auprès de la population après deux ans d’existence. Pour l’association dirigée par Emmanuel Hervé, l’enjeu était simple : organiser un festival populaire lui permettant enfin d’avoir une reconnaissance au sein de la population. Oui mais pour cela, poussé par les collectivités, à commencer par la ville de Tours et la Métropole, ce festival a dû être monté en cinq mois, contre vents et marées.

C’est donc à pas forcés que le projet s’est monté, parfois dans l’incompréhension générale, amplifiée par la suite par une communication mal maitrisée. Il faut dire que doublée par les élus ayant annoncé en Conseil métropolitain la tenue du festival et le montant des subventions ; avant même sa première communication publique sur l’événement l’association Tours Cité Internationale de la Gastronomie a dû essuyer une levée de boucliers de la part de multiples acteurs locaux. En cause : l’appel à un producteur extérieur « Morgane Productions », déjà porteur des Francofolies de La Rochelle, du Printemps de Bourges, de Fnac Live, mais aussi le montant des subventions allouées pour ces Francos Gourmandes en comparaison avec celles versées aux festivals existants… (100 000 euros de la ville de Tours, autant de Tours Métropole, et 150 000 euros de la région versés au titre de la subvention annuelle de fonctionnement à l’association Cité de la Gastronomie).

La suite, ne fut qu’un chemin pavé d’embuches, avec notamment un changement de programme en juillet, la partie concerts passant d’un espace payant à Sainte-Radegonde, à un espace gratuit place Anatole France. Au passage, le festival y perd sa tête d’affiche populaire Matt Pokora et sa carte jeunesse, Big Flo & Oli. Un changement accompagné d’un budget revu à la baisse que les organisateurs peineront à justifier : entre communiqué publié puis retiré sur les réseaux sociaux, suivi d’une communication ressemblant plus à de l’auto-persuasion et même un communiqué envoyé aux partenaires accusant la presse de partager des « fake news »… le bateau Francos Gourmandes semblait tanguer plus que de raison. « Il faut comprendre que ces articles de presse qui ont annoncé l’annulation du festival nous ont fait perdre des partenaires financiers et auraient pu nous mettre en difficulté » nous expliquera un membre de l’organisation par la suite.

Un appui sur les événements locaux existants

Mais il serait réducteur de limiter le projet porté par la Cité de la Gastronomie à cette seule partie visible. En effet, l’autre volet annoncé du festival était la valorisation du territoire et d’événements déjà existants. En se calant sur un week-end déjà chargé en rendez-vous, la Cité de la Gastronomie entendait ainsi s’appuyer sur des manifestations ayant déjà une légitimité pour asseoir celle de son événement. Ainsi Convergences Bio et ses 11 ans d’existence, le festival A Tours de Bulles et ses 12 éditions, le festival des vendanges « Into the Wine » porté par le Petit Monde et la guinguette de Tours ou encore les 150 ans des Halles de Tours, sont autant de festivités labellisées et intégrées aux Franco Gourmandes dans les documents.

IMG_4661(c) Mathieu Giua

Des intégrations qui ne se seront pas faites là non plus en toute tranquillité, les intérêts des uns s’opposant parfois aux autres. « Le problème c’est qu’on nous a fait comprendre que si on ne passait pas par les Francos- Gourmandes, on n’aurait pas d’aides. Mais là on est noyé dans la masse et on a l’impression d’être la cinquième roue du carrosse. Regardez les affiches du festival, il n’y en a que pour les concerts » témoignera un des acteurs du festival, en off.

Malgré tout, une nouvelle fois, force est de constater que l’affluence était au rendez-vous que ce soit aux Halles de Tours, à Convergences Bio ou au festival du livre gastronomique. Au final seule la 1ère édition d’« Into the Wine » à la guinguette aura eu du mal à exister. Difficile en revanche de juger objectivement si cette affluence est due à la tenue des Francos Gourmandes, au week-end riche en événements avec les Journées du Patrimoine (qui attirent toujours beaucoup de monde en ville), ou à la réputation des événements en eux-mêmes. D’ailleurs, il est à noter que chaque acteur a géré sa propre organisation – Les 150 ans des Halles ont été entièrement gérés par l’Union des Commerçants de Halles, le festival A Tours de Bulles par l’association habituelle -, avec une communication propre à chaque fois. Peu importe, l’affluence cumulée sur tous les événements permet aux Francos Gourmandes d’afficher une belle première édition et de pouvoir annoncer 30 000 spectateurs au total.

IMG_4673(c) Mathieu Giua

La gastronomie locale, l’oubliée ?

Si le Miam des Halles avec son lot de stands de confréries et producteurs locaux fut un succès grâce notamment à l’association avec les 150 ans des Halles, il est dommage en revanche de voir l’espace Anatole France, la vitrine du festival, dénué d’un véritable village gastronomique local comme à Terres du Son, mais aussi de voir que le chef retenu pour la restauration venait de La Rochelle où il travaille déjà avec Morgane Production. En terme de valorisation du territoire, on a vu mieux.

Tout n’était pas à jeter pour autant et la Cité de la Gastronomie est pleinement dans son rôle quand elle veut porter un événement populaire comme celui-ci. Si elle veut poursuivre vers une seconde édition, il lui reste néanmoins à tirer un bilan objectif de cette première afin de transformer ce qui ressemble encore trop à un patchwork un peu décousu, en un puzzle pleinement assemblé. La Cité de la Gastronomie a désormais un an pour s’y préparer.

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