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Portrait mystère

Vous avez peut-être déjà croisé les oeuvres de cette street-artiste lors de vos balades dans les rues tourangelles. Enthousiaste et bienveillante, elle offre aux recoins de la Métropole des allures colorées. D’habitude cachée et furtive, cette femme nous a ouvert les portes de son art à l’occasion d’une composition commandée.

Comment décririez-vous votre métier ?

A la base, je suis artiste-peintre. Et puis un jour j’ai décidé de sortir ma peinture dans la rue et de devenir street-artiste. A ce moment-là, je voulais permettre à chacun de voir mes oeuvres, qu’ils aient l’habitude de franchir la porte d’une exposition ou qu’ils soient néophytes. J’avais envie d’emmener les gens avec moi et de leur montrer ma vision du street-art. En plus, elle diffère de celle d’un graffeur puisque mon art a quelque chose de poétique, pas forcément un message revendicateur, pas forcément quelque chose de dur, juste une pose esthétique. Alors aujourdhui, cest un réel plaisir d’égayer les rues avec mes bombes de peinture !

Quels outils emmenez vous sur le terrain ?

Au début je faisais des petits collages à hauteur d’hommes puis j’ai eu envie de réutiliser la bombe. Pour réaliser mes oeuvres en peu de temps, car c’est illégal de peindre dans la rue, je travaille avec une base de pochoirs. Je dessine au préalable dans mon atelier, découpe les pochoirs, puis part sur le terrain. Ça me permet d’arriver discrètement avec mon sac, quelques pochoirs, huit bombes, du scotch, et de faire mon dessin en 20 minutes.

Et d’ailleurs, quel est votre terrain de jeu ?

Je m’intéresse aux objets que je rencontre lors de mes balades habituelles et j’agis souvent dans des périmètres que je connais bien. A l’époque je posais rue du Grand Marché et de la Grosse Tour parce que c’était sur mon trajet pour aller au théâtre. En fait avant chaque dessin je repère les lieux, le trafic, les rondes, le calme et je trouve la perle rare qui fera office de support à mon oeuvre. Les transformateurs sont mes favoris, qu’est-ce que c’est laid ! (rires) Si chaque artiste les peignait, les rues seraient tellement jolies !

Mais vous n’avez pas peur de vous faire arrêter ?

C’est dangereux, mais ça fait partie du jeu. Quand j’avais 20 ans c’était une dose d’adrénaline, je trouvais ça génial. Maintenant à 50 ans bon… (rires) Mais si je veux interpeler les gens il faut quil y ait ce côté un peu illégal. Ceux qui voient mon oeuvre pourront se dire « Oh ! elle a pris des risques pour nous montrer quelque chose qui nous plait ».

Vos oeuvres peuvent disparaitre ?

La rue ne m’appartient pas, je sais que mes oeuvres peuvent être effacées ou recouvertes par un autre street-artiste. Mais parfois, je me demande si c’est pas justement ce caractère éphémère qui donne de la valeur à mes oeuvres. Comme si ceux qui les avaient photographiées étaient encore plus ravis d’en détenir une copie dans leur téléphone.

Quelles sont vos inspirations ?

Les femmes, la liberté, l’art et la culture. J’avais envie de revendiquer une sensualité qui soit assumée et esthétique, quoi de mieux qu’une femme pour transmettre cette émotion ! Au Japon, les geishas ont une sensualité énorme sans jamais être vulgaires et, en plus de ça, elles représentent l’art et la culture. Alors j’ai choisi de les peindre dans la rue pour revendiquer le statut de femme libre.

Article et vidéo de Léa Peruchon et Margaux Gac

Vous pensez avoir trouvé l’artiste cachée derrière ce portrait mystère ? Vérifiez la réponse en regardant la vidéo ci-dessous :

« Portrait mystère », un article paru initialement sur 37° Mag, le magazine papier-connecté de 37 Degrés.

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