Culture

Philémone, phénomène émotif et tourmenté

«Je garde mon bonheur pour moi.» A bon entendeur, point de salut : Philémone – Fanny dans le civil – règle quelques comptes dans les chansons de son nouvel EP «Invasion» (sortie le 1er septembre). Cinq titres sans pitié côté textes, mais parfois guillerets dans des explorations sonores complexes et inattendues. Après l’avoir aperçue aux Apérocks du dernier Aucard en juin, on va pouvoir se repaître jusqu’à plus soif du trio emmené par cette Tourangelle de 27 ans à la saison des feuilles qui tombent : Rockomotives, Chato’do, Temps Machine… Nous l’avons rencontrée quelques jours avant l’Invasion.

Des homes movies sans images

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37 degrés : Tu es venue tard à la musique, tu viens du théâtre ?

Philémone : J’ai enregistré des chansons au lycée sur le camescope de mon père. Je mettais le cache parce que seul le son m’intéressait. Ces essais sont restés confidentiels. Par la suite j’ai fait beaucoup de théâtre, au conservatoire et au Théâtre Universitaire à Tours. En 2012 avec deux amies, Chloé et Hélène, on a monté un trio pour rire, Les Niaiseuses. Aujourd’hui on continue pour le plaisir, mais à un moment moi j’ai commencé à prendre ça au sérieux et j’ai lancé le projet Philémone.

37 degrés : Sans formation musicale, tu as géré comment pour composer ?

Philémone : J’avais quand même quelques bases au piano. Et puis un jour Thomas Lachaise, le bassiste, m’a prêté un clavier et j’ai approfondi mes bases. J’ai également un frère très impliqué dans la musique (Rémi Libéreau, chanson et Theorem, hip hop), ce qui laisse forcément des traces. Le piano est à la base de toutes mes chansons, mais après être passé par la «boîte magique» de Jules Jacquet il disparaît ou se retrouve au second plan. Jules joue un rôle essentiel dans les compositions, il arrive à sentir ce que j’attends d’un morceau que je lui livre brut : cette écriture musicale à deux fonctionne bien.

Des disques financés par des tremplins

37 degrés : Deux EP en trois ans, un accompagnement Telescope, de belles dates à Paris et dans la région cette année… Tout est allé assez vite pour toi !

Philémone : On a écumé les tremplins. Au début on aimait bien, on regardait ce qu’il y avait et on s’inscrivait. On en a gagné un certain nombre, dont un à Mouhet dans l’Indre (le premier qui rit a perdu, ndlr) et parfois on terminait deuxièmes comme à Châtellerault. C’est celui-ci qui a financé cet EP, avec un enregistrement en studio et une sortie physique à 500 exemplaires. Bon, c’est génial du coup, mais je pense qu’on en a un peu abusé sans doute : maintenant qu’on est lancés, on cherche plutôt de vraies dates.

37 degrés : Après un Erasmus à Barcelone, un boulot de caissière au CGR, un Master 1 de Psycho et une coloc avec Simon de Padawin à Tours, tu pars vers Nantes. C’est à cause de cette coloc ou bien ?

Philémone : Non, c’était chouette cette coloc ! J’ai eu un gros coup de cœur pour Nantes, cette ville m’attire vraiment et je pars là-bas préparer un Master pour devenir professeur des écoles. Mais si les dates s’enchaînent vraiment, je pense que je mettrai ça en stand-by pour me consacrer à fond à Philémone. J’ai déjà arrêté mes études pendant deux ans pour ça… D’un autre côté, je n’ai surtout pas envie d’avoir la pression quotidienne d’avoir absolument besoin de vivre de ma musique, donc je verrai.

«Invasion», track by track

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  1. Narcisse et toi

«L’inspiration du refrain c’est une rencontre à Poitiers en 2013, j’ai fini sur un toit de la ville à lancer des avions de papier.» Percussions mélodiques, machines, un parlé-chanté très présent, une aération à la guitare acoustique qui se pointe à mi-parcours. Il y a un petit côté Anne Clark, en moins synthétique et un côté Kas Product, en moins énervé, deux influences qu’on retrouvera sur la plupart des autres morceaux.

  1. La rivale

«C’est une chanson d’ado de quinze ans. C’est autobiographique : je m’étais lancée dans une histoire où l’ex rôdait. Une ex jalouse. Je n’ai pas eu la force de continuer là-dedans. J’ai baissé les armes !». Le vibraphone semble être une suite du premier morceau, les programmations rythmiques sont sourdes et subtiles. Le texte répétitif est martelé comme un mantra. Puis on a droit à un long passage instrumental où on se dit que la narratrice a mis les voiles comme elle l’annonce en boucle. Et puis non, elle est encore là jusqu’au bout. Tenace, quand même, la bougresse.

  1. Zombie

Pas de panique : ceci n’est pas une reprise des Cranberries. C’est une ballade tenace aux accords de piano joliment soutenus par une base rythmique traînante, qui peut évoquer des ambiances récentes de chez Dominique A. «C’est un texte sur l’apathie, sur le conditionnement, sur tous ces gens qui ne se remettent jamais en question, qui ne remettent d’ailleurs rien en question. J’ai eu le déclic en faisant des courses dans un supermarché, ça devait faire longtemps, j’étais effarée par les regards des gens…».

  1. Pendule à mon cou

«Une copine m’a envoyé une phrase et je suis partie dessus pour écrire un texte. C’est une histoire d’horloge biologique, un truc de fille, mais chacun y voit ce qu’il/elle veut. Ma copine a fini par me dire que je «dérangeais les gens dans leurs névroses.» C’est un concept intéressant !» On change encore d’ambiance : une petite basse tranquille nous ferait presque danser, avec toujours ce travail d’orfèvre côté programmations et un penchant pour le mille-feuilles sonore qui se construit mesure après mesure pour monter en intensité.

  1. L’eau qui gronde

Voilà le morceau le plus long, où le piano reste présent, mais où l’épure domine. «Beaucoup de second degré, une belle conclusion d’EP. C’est un hymne à la réflexion. Je déteste les gens qui disent qu’on réfléchit trop. Sans se prendre la tête pour rien évidemment, je pense qu’il ne faut jamais relâcher cette veille qu’est la réflexion. Bon, cette chanson est un peu tristoune c’est vrai, mais il ne faut pas croire : je suis plus joyeuse sur scène… Je ne sais pas d’où ça vient, c’est comme ça.»

Trois degrés en plus :

> le site officiel de Philémone, avec les dates de concert et tout

> La date locale à ne pas louper : le 22 octobre au Temps Machine en soirée «pré-Rocko»

> Philémone pour ses tournées travaille avec Alex Gilardeau, un ancien élève des Beaux-Arts de Tours.

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