Culture

Mon temps ce n’est pas de l’argent ! Les moussaillons du Bateau Ivre

Les bénévoles sont souvent les petites mains des structures associatives qui créent et favorisent le tissu social. Afin de leur rendre hommage, régulièrement nous vous proposons de retrouver une interview ou un portrait d’un bénévole, qu’il soit dans une association, un club sportif ou autre. Ce mois-ci, au sortir des 40 jours de souscription intenses, ce sont trois membres historiques du collectif Ohé du Bateau que nous avons rencontré pour qu’ils reviennent avec nous sur cette aventure unique par son ampleur.

Depuis six ans qu’il se bat pour pouvoir rouvrir la salle de la rue Edouard Vaillant, le collectif Ohé du Bateau a vu défiler différents membres en son sein. Si aujourd’hui c’est une quarantaine de membres actifs qui l’anime, certains présents au départ ont disparu des radars, remplacés par de nouveau adhérents au fil des ans. D’autres de ce noyau dur ont tout connu de l’aventure et sont présents depuis le départ. C’est le cas de Laurent, Kévin et Benjamin, trois membres de ce collectif qui par persévérance et pugnacité a lutté contre vents et marées pour toucher son but : réussir à faire une offre viable de rachat à la Semivit.

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Laurent : « On peut être fiers de ce qu’on a fait ».

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L’ancien chanteur d’As de Trèfle est l’un des pionniers d’Ohé du Bateau. En regardant dans le rétroviseur, Laurent évoque la « belle dynamique » de ces quarante derniers jours. « Ces deux ou trois dernières années n’ont pas été faciles parce qu’on était dans l’attente, là pour la souscription on a repris les choses en main, on s’est énormément investis, c’était intense parce qu’on a essayé d’être présents au maximum, dans l’espace public, sur les marchés, aux concerts, aux évènements culturels… » détaille-t-il avec une certaine fierté.

40 jours intenses qui n’auront pas épargné des moments de doute reconnaît-il : « Vers le milieu de la souscription on a un peu douté oui parce que l’argent n’arrivait pas en masse, mais l’espoir est vite revenu. La dernière semaine a été palpitante avec plus de 20 000 euros récoltés par jour en fin de semaine. Ces 6 ans nous ont paru très longs mais ces quarante derniers jours nous ont rappelé pourquoi on y a toujours cru ».  

Pour celui que son passé d’artiste a permis d’aller chercher les soutiens d’artistes nationaux comme Sanseverino, Tryo, les Wampas, Les Ogres de Barback, Miossec et on en passe, c’est surtout la persévérance et les liens créés au sein du collectif qui ont fait la différence : « Le noyau dur n’a jamais lâché l’affaire au cours de ces six années. C’est fou, mais on est tous bénévoles, c’est énormément d’investissement, de temps. C’est la première fois que je m’implique autant dans une asso, j’y ai appris plein de choses, les questions juridiques, la communication, on s’est tous nourris des expériences des uns et des autres pour arriver à un projet viable ».

Aujourd’hui Laurent est persuadé de la capacité d’Ohé du Bateau à convaincre la Semivit de lui vendre la salle ce qui consisterait une première en France : « Si cela se réalise, on sera la première SCIC à être propriétaire d’un lieu culturel. Cela dépasse le microcosme culturel tourangeau ».

Benjamin : « Il manque ce lieu à Tours »

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Autre figure du collectif, Benjamin, photographe de profession en charge de la communication du collectif durant cette campagne. Pour ce dernier qui se dit « fatigué mais satisfait », le projet de SCIC est fort par son originalité : « C’est nouveau d’acheter un outil ensemble et de décider collectivement comment l’utiliser. C’est une nouvelle façon de voir la culture et c’est important que la population devienne actrice des lieux où elle sort. ».

Autre vecteur de réussite cité : la diversité des membres de l’association porteuse du projet : « Notre force c’est que l’équipe est constituée de personnes de milieux différents : il y a des banquiers, des notaires, des architectes, des enseignants, des personnes issues de la culture, des graphistes, … Nous ne sommes pas que des saltimbanques et les gens s’en sont rendus compte et ont vu que notre projet était crédible, y compris des élus de gauche et de droite qui doutaient et qui finalement ont pris des parts, individuellement même pour certains ».

En revenant à ces quarante jours de campagne, Benjamin affirme de son côté n’avoir « jamais douté parce qu’avec mes expériences dans la communication je savais que c’est sur la fin qu’une telle campagne se gagne. Depuis le début on entendait dans la rue que des retours positifs, je savais que ça allait payer ».

Kévin : « Une aventure humaine forte »

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Ce constat est partagé également par Kévin, une autre « petite main du collectif » comme il se définit : « Depuis 6 ans il y a eu des moments de doute, pendant ces 40 derniers jours non, parce que tous les voyants étaient au vert ». Ce graphiste de profession est également présent depuis le départ de l’aventure : « Il y a eu des moments où j’étais moins présent que d’autres au cours de ces six années, mais depuis un an je m’y suis réinvesti totalement, quitte à mettre un peu mon boulot de côté et perdre quelques clients professionnels » indique-t-il.

Peu importe, Kévin croit au sens de son engagement : « Nous voulons dépasser des logiques établies, notre projet entre en résonance avec les attentes de la population qui prend de plus en plus conscience du besoin de se réapproprier les lieux publics ». Quand il évoque ces logiques établies, Kévin évoque également les modes de fonctionnements culturels : « Courir après les subventions ce n’est plus possible aujourd’hui, il faut inventer de nouveaux modes de fonctionnement. On peut regretter que les collectivités publiques n’aient pas compris que ce projet de SCIC permet d’inventer un entrepreneuriat culturel moderne sans logique de subventions ».

Un échec qui fait la force du collectif à l’écouter, « cela a renforcé notre envie de dépasser ces logiques. Pour moi le tournant c’est la distillation culturelle d’octobre 2013 avec un travail de 8 mois en amont mais au final 5000 personnes réunies en un week-end sans un couac, cela a montré les capacités que l’on avait ». Pour celui qui évoque « une aventure humaine extrêmement forte », le nouveau Bateau Ivre doit devenir le lieu manquant à la ville de Tours avec comme maître-mot celui d’être « un lieu de vie ouvert et accessible où tout le monde peut venir discuter, se rencontrer, écouter de la musique, regarder du théâtre… bref créer des moments de vie communs ».

 A revoir également notre reportage vidéo sur les coulisses d’Ohé du Bateau réalisé en début de souscription :

Un degré en plus :

> Retrouvez nos précédents articles de la série « Mon temps ce n’est pas de l’argent ! »

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