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Mangas et féminisme : un thème central au Japan Tours Festival

C’est l’événement phare du début de l’année à Tours : le Japan Tours Festival, dont l’édition 2020 débute ce vendredi 28 février au Parc Expo de Tours (c’est la 2e fois que Rochepinard accueille la manifestation). Au programme cette année : un accent particulier sur les femmes de la pop culture. Pour Info Tours nous avons rencontré la comédienne Brigitte Lecordier spécialisée dans le doublage (Oui-Oui, Son Goku…) et sur 37 degrés nous vous proposons une interview de Claire Pelier, fondatrice de l’Ecole Internationale du Manga et de l’Animation basée à Toulouse. Organisatrice du salon Toulouse Manga, elle est partenaire de la convention tourangelle et y animera une conférence sur le thème manga et féminisme.

Pour commencer peut-on faire un état des lieux : féminisme et manga sont-ils compatibles ?

Des avancées sont en train de se faire. Il faut savoir que la société japonaise est très patriarcale mais que les femmes y ont un rôle important, dans l’ombre, et insoupçonné en France. Elles ont un vrai pouvoir dans la sphère privée, c’est souvent elles qui tiennent les finances par exemple. Leur statut est par ailleurs en train de changer avec une vraie réflexion sur les codes traditionnels. Tout cela se répercute dans les mangas. On retrouve des figures féminines fortes, ce qui est le cas dans des séries comme Naruto avec un personnage comme Sakura, une femme aussi impressionnante physiquement que mentalement. Mais il existe aussi des personnages de femmes stéréotypées.

En fait, les choses évoluent petit à petit, lentement, en fonction des interactions avec les autres pays d’autant que la montée en puissance du féminisme est mondiale. Il y a désormais une vraie connaissance de la considération des femmes dans la société au Japon pour qu’elles aient tout simplement les mêmes droits que n’importe qui. De fait, les femmes jouent de plus en plus souvent les premiers rôles, ou des seconds rôles de plus en plus forts. Les mangas actuels reflètent l’image de la société avec des femmes plus présentes. Cela dit, il faut préciser qu’il y a un paquet d’années il y avait déjà des rôles féminins importants.

Claire Pelier (c) Toulouse Manga

Voit-on également de plus en plus de femmes auteures de mangas ?

Pendant longtemps c’était un milieu très masculin, y compris les mangas destinés aux femmes qui étaient écris par des hommes. Maintenant, ils sont essentiellement réalisés par des femmes. D’ailleurs, au Japon, beaucoup d’hommes les lisent (ce qui n’est pas forcément le cas en France). On voit également de plus en plus de mangas à destination d’un public adolescent – des mangas d’aventure – écrits par des femmes. Un changement qui s’est initié il y a un certain nombre d’année avec quelques blockbusters comme Full Metal Alchimiste ou Silver Spoon.

Voit-on des mangas dont les intriguent abordent spécifiquement les questions de féminisme ?

Il y en a de plus en plus. Sur des questionnements autour de l’adolescence mais aussi des ouvrages qui s’intéressent au rôle des femmes dans la société, dans la vie des entreprises ou dans le cercle familial.

Vous être amatrice de mangas depuis très longtemps mais à quel moment avez-vous particulièrement porté votre attention sur leurs aspects féministes ?

Assez rapidement, en m’apercevant que les rôles féminins étaient présents mais pas nécessairement sur le devant de la scène. C’était souvent du style la princesse qui met en valeur le chevalier qui vient la sauver. Mon questionnement a réellement commencé en lisant un livre entièrement centré sur un personnage féminin fort, une future impératrice qui doit prendre en charge son royaume. Je lisais aussi des mangas qui traitaient du genre, du racisme, du vivre ensemble… Et si ces sujets ne sont pas au premier plan, ils sont régulièrement traités en toile de fond. On voit aussi des histoires avec des personnages féminins très souvent dénudés mais pour autant puissants. Ce sont des figures qui rappellent la toute puissance maternelle, une figure très importante au Japon, vue comme la force fondatrice du foyer.

Ces évolutions de personnages féminins sont également perceptibles dans les mangas animés ?

En général oui et je pourrais citer Princesse Mononoké dans lequel on trouve un vrai propos féministe. Les personnages féminins défendent, protègent. Ils servent une tierce cause, jamais juste leur intérêt.

Vous venez à Tours avec une exposition conçue par vos étudiants, vous nous en parlez ?

Ils se sont intéressés à la représentation de la femme dans la société japonaise et dans les mangas, en s’interrogeant sur la réalité de la vie au Japon et en essayant de contourner le biais que l’on pouvait avoir via des textes écrits en français, donc déjà avec un intermédiaire. Ils ont cherché à sortir des stéréotypes et ce n’était pas facile. En creusant, ils se sont aperçus que les femmes japonaises qui restaient à la maison pour s’occuper des enfants c’était bien souvent de leur propre volonté. Pour elles c’est normal, d’autant que le système japonais n’est pas aussi bien pourvu en crèches que la France.


Un degré en plus :

Tout le programme du Japan Tours Festival sur son site Internet.

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