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L’Oiseau Vigie, la librairie qui compte à Saint-Pierre-des-Corps

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Il y a des tables en formica et des livres qui ne sont pas rangés de façon maniaque : ancien cabinet d’assurance, le N°37 de l’Avenue de la République c’est LA librairie indépendante de Saint-Pierre-des-Corps, et d’ailleurs la seule à l’est de l’agglomération tourangelle. L’Oiseau Vigie, un projet monté par Fabienne Yvain et qui a éclos en mars 2021. Portrait d’une commerçante engagée.

Fabienne Yvain a fait quasiment toute sa carrière professionnelle dans l’industrie. Arrivée dans la région en 2010, cette femme de 56 ans avait auparavant bourlingué en Alsace ou encore en Bretagne. Mais aussi en Gironde, pour ses vacances. C’est là qu’elle a découvert l’univers de la librairie. Nous sommes en 2010, à Uzeste :

« Là-bas il y a un festival de fou qui existe depuis plus de 40 ans avec une librairie associative qui se tenait dans la maison juste à côté de chez moi. Puis quelqu’un est venu habiter dans la maison alors j’ai proposé que la librairie déménage dans la mienne. Mais là-bas dire ça signifie aussi que je pouvais faire la librairie ! »

Embarquée dans l’aventure, cette grande lectrice fan de Zola dès l’enfance pour ses histoires qui « décrivent des mondes qu’on ne connaissait pas forcément » profite à fond de l’expérience : « C’était une très jolie librairie avec 500 références, plein de bénévoles. » Alors quand il s’est agi de faire une reconversion professionnelle, ouvrir son propre commerce de vente de livres s’est rapidement imposé :

« J’avais un peu de moyens derrière moi donc je me suis dit si moi je n’y vais pas, personne n’ira. »

Car le métier est précaire : malgré la loi qui impose un prix unique de vente du livre, empêchant la concurrence trop féroce des grandes enseignes ou d’Internet, Fabienne Yvain ne se verse toujours pas de salaire et ne vise pas plus que le SMIC pour le jour où elle aura les moyens de se payer.

Au cours de l’interview, elle repense d’ailleurs à une anecdote :

« A Uzeste j’avais une amie qui dirigeait les éditions Le Temps des Cerises, Juliette Comeb-Latour. Elle a un peu mis le pied dans la porte en me demandant quand est-ce que j’ouvrais ma librairie. Je lui ai répondu qu’il me faudrait un mari riche, elle m’a dit que ce serait elle d’abord ! Ça a beau être une économie assistée, on vit très mal. »

Mais comme la commerçante le dit, « des fois la vie privée fait qu’on accepte des choses qu’après on n’a plus envie d’accepter. Ça faisait un moment que j’en avais envie et que je me l’interdisais. » Le décès de son compagnon agit donc comme un déclic supplémentaire et le projet prend corps en 2019 pour aboutir deux ans plus tard.

« Au départ j’avais deux projets » explique la librairie corpopétrussienne. Le premier était en Gironde sur les terres de son aventure associative, le deuxième à Saint-Pierre-des-Corps, commune dépourvue de ce type de commerce indépendant. « C’était une réflexion de cœur, j’avais envie d’être là, cette ville c’est le symbole de la biodiversité économique, religieuse ou des origines. C’est un endroit merveilleux. » Son crédo : proposer tous types de livres, des dernières grandes sorties aux ouvrages plus confidentiels mais mis en avant dans les rayons (romans comme livres sur la cuisine, le jardin, les luttes… beaucoup d’essais, également) :

« On n’est pas tous obligés de lire la même chose. Une cliente me disait qu’elle ne comprenait pas pourquoi elle ne lisait que des trucs pour lesquels on fait de la pub dans les gares. La vie c’est la diversité, il est important d’apporter d’autres voix. »

Son discours, Fabienne Yvain l’a rôdé au fil du temps, notamment via sa présence auprès de la Cie de théâtre Cano Lopez du Plessis à La Riche, ou en s’investissant dans le développement de la monnaie locale tourangelle La Gabare (qu’elle accepte pour payer les ouvrages, même si le projet a baissé en popularité). « Je voulais que la richesse de ma vie se reflète dans mon commerce. Ici on peut parler littérature, philo, économie, yoga, ésotérisme… C’est très divers. »

Des rencontres d’auteurs ou conférences sont régulièrement organisées (la prochaine ce samedi 7 mai avec une femme qui organise des cérémonies prénatales). De plus un espace buvette permet de se poser prendre un café ou un verre. A l’extérieur sont présentés des livres d’occasion.

Toute l’ambition de la librairie corpopétrussienne c’est de faire entrer un maximum dans son commerce, « où l’on peut venir même sans acheter, pas comme chez le boucher ». « Avec le temps on voit les gens s’éloigner de l’objet livre et c’est dommage » dit-elle, définissant son commerce comme étant « aussi un lieu de promenade ». Elle se félicite ainsi d’avoir réussi à créer un vif intérêt pour les lieux de la part de la communauté marocaine ou des Portufais, espérant réussir la même chose avec les membres de la communauté algérienne, plus difficiles à atteindre. Pour cela elle soigne son calendrier événementiel ou ses vitrines, ayant par exemple proposé une mise en avant d’ouvrages sur le foot quand le club de la ville a voulu promouvoir sa section féminine, « et ça a très bien marché ! »

Le nom du commerce – L’Oiseau Vigie – est emprunté à l’auteur Pierre Halet qui a signé un conte écologique avec ce titre. « Mon but c’est d’être ouverte sur le quartier, que ce soit un lieu relais, pas seulement de mes envies. Ce qui est important c’est le faire ensemble » insiste Fabienne Yvain, pleine d’envies : elle compte donc multiplier les collaborations avec les acteurs locaux pour faire vivre la boutique..

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