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L’homme qui raconte l’ambiance des rues de Tours

On ne va pas se mentir, ça nous arrive forcément de temps en temps : prêter l’oreille de façon indiscrète à une conversation surprise dans la rue, un magasin ou un tramway. On s’en amuse, parfois on les raconte autour de soi. Paul Spillebout en a fait un petit livre. Nous l’avons rencontré.

« J’ai vu Clint Eastwood à Tours ! Celui de Grand Torino ! »

« Un de ces couchers de soleil sur la Loire. (…) Etonnant comme la nature, sans pinceau ni trompette, parvient à nous dévoiler la plus pure beauté, alors que l’homme ne sait que s’évertuer à écrire, dans le sang, des pages d’apocalypse. »

De 2010 à novembre 2018, de la buraliste à la trottinette en passant par Flunch et le solex. L’aventure d’un homme à qui personne ne faisait vraiment attention Rue Colbert. 55 petites histoires du quotidien que Paul Spillebout a voulu garder et partager. Qu’il a retranscrites et agrémentées de ses commentaires. Des petites scènes cocasses, amusantes, ponctuellement gênantes. Après une carrière en tant que professeur de lettres classiques, cet habitant des Prébendes de 69 ans profite aujourd’hui de sa retraite pour se promener et pour assembler des mots : « j’écris depuis toujours des textes, des poèmes, des chansons. Ce n’était jamais vraiment destiné à la publication » nous indique-t-il. « Même si certaines chansons ont été mises en musique. »

Puis, finalement, il lui est apparu que les incongruités de ses virées, ces Instants volés (le titre du livre) pouvaient potentiellement capter un public. Pour s’en convaincre, il affiche fièrement un petit bandeau rouge comme ceux des prix littéraires. Celui-ci contient une citation d’Amélie Nothomb disant avoir lu « avec plaisir » le recueil. Un compliment d’une auteure hyper démonstratrice, jamais avare en petits mots pour ses fans.

Mémoire urbaine

D’où naissent ces micronouvelles ? « Depuis que j’ai cessé de travailler j’ai plus de temps pour me promener à pied ou à vélo. Je capte les scènes qui me font sourire, parfois que je trouve émouvantes. Je note les paroles au mot près, et si je peux quelques éléments de décor, des traits physiques, le ton d’une voix… Ce qui m’intéresse ce sont les contrastes. »

Reconnaissant s’être inspiré du principe des brèves de comptoir (ce qui fait peut-être que l’ensemble est déséquilibré, pas toujours très fin…), Paul Spillebout se contente généralement d’une petite note, d’un court commentaire accompagnant la scène, « pour laisser l’imagination travailler. » Juste certaines pages sont agrémentées de vieilles photos représentant notamment la ville de Tours.

« Ce livre c’est une façon de déployer une forme de sensibilité aux autres. Dans un monde avec un excès d’informations, on passe trop dans l’indifférence les uns à côté des autres. J’aimerais que les gens se regardent, soient plus observateurs envers ce qu’il se passe autour d’eux. Il faudrait un élargissement qui se propage. »

Paul Spillebout, auteur des Instants volés.

Originaire de l’est de la France, arrivé à Tours à la cinquantaine, l’homme qui continue à donner quelques cours de soutien scolaire aux lycéens loue la tranquillité apparente d’ici, la douceur du climat, « ce côté méditerranéen. Les gens donnent l’impression d’avoir tout leur temps contrairement aux Nancéens pressés. Il y a une certaine oisiveté un peu bourgeoise, surtout dans mon quartier. » Et ça lui plait : « On prend le temps de vivre. » Une flânerie qu’il définit « comme le temps d’adhésion à l’univers des autres, un moment privilégié où je peux observer. Même si on ne peut pas le faire pour tout le monde. »

Comme beaucoup d’écrivains, il y a « un peu de moi dans ce que j’écris » souligne Paul Spillebout. Mais surtout des bouts de vie glanés, surpris, attirés à lui comme des aimants pour les rediffuser. Et peut-être même qu’on pourrait reconnaître un de ses traits de caractère au détour d’un chapitre…

Photos : Delphine Nivelet


Un degré en plus :

Instants volés de Paul Spillebout, aux éditions du Bleuet.

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