Culture

Les Francos Gourmandes : un événement trop salé ?

Ce vendredi matin avait lieu la conférence de presse de la première édition tourangelle des Francos Gourmandes, festival alliant musique et gastronomie, créé par La 440, une filiale de Morgane Groupe, spécialisé dans l’événementiel. Un événement qui s’est déroulé jusqu’en 2015 en Bourgogne et qui débarque donc à Tours du 15 au 17 septembre prochain, sous une forme plus approfondie avec la Cité de la Gastronomie.

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Mais à peine né que « Tours et ses Francos Gourmandes », le festival d’art de vivre et de de la gastronomie du territoire, porté par la Cité de la Gastronomie et les collectivités publiques en lien avec le groupe Morgane suscite quelques interrogations… En cause notamment, la part importante de financement public dans le budget de l’événement.

Un événement alliant gastronomie et musique

Sur le papier l’événement se veut majeur et clinquant. Son nom « Franco Gourmandes » fait instinctivement référence aux Francofolies, un des festivals estivaux majeurs en France depuis de nombreuses années. Rien d’étonnant en cela, les deux événements sont issus du même groupe : Morgane Production. Le concept, lier gastronomie et musique, est original et intéressant en soi pour une ville qui cherche à mettre en avant son label « Cité Internationale de la Gastronomie ».

L’événement se veut majeur et les efforts en terme de communication devraient aller de paire, à commencer par le choix du parrain, annoncé ce vendredi : le chef Juan Arbelaez, chef-exécutif du Nubé, le restaurant de l’hôtel Marignan sur les Champs Elysées. Pour la programmation musicale, on cherche à attirer le grand public avec des têtes d’affiches estampillées populaires à l’instar de Matt Pokora, Cocoon, Bigflo & Oli, Claudio Capeo…. Les Francos Gourmandes ou plutôt « Tours et ses Francos Gourmandes » côté pile c’est ainsi un festival au parc de Sainte-Radegonde offrant deux scènes, une pour la programmation musicale, l’autre pour la gastronomie avec des joutes de chefs nationaux et régionaux. « L’idée est de proposer des battles amicales sur scène au cours desquelles les chefs devront concocter des plats en direct à partir de produits locaux ».

Côté face, « Tours et ses Francos Gourmandes » c’est une idée de cheminement avec un déploiement sur trois autres sites. Le festival se tenant du 15 au 17 septembre, la Cité de la Gastronomie compte s’appuyer sur les Journées du Patrimoine qui ont lieu aux mêmes dates pour attirer le public. Les lieux investis : La Villa Rabelais qui accueillera un salon du livre gastronomique ainsi qu’un concours de photos culinaires. Le quartier des Halles, renommé « Le Miam des Halles » afin de « mettre en avant les produits et producteurs de la région avec des animations autour » et enfin la Guinguette de Tours-sur-Loire qui accueillera un festival des vins régionaux « Into the wine » ainsi que le marché Convergences Bio. Parmi les autres événements en lien avec l’événement, Emmanuel Hervé de citer le festival de la BD qui se tient annuellement place Châteauneuf ou encore la venue de Maxime de Rostolan pour parler des Fermes d’Avenir.

La présentation se veut ambitieuse, mélange d’événements créés et de labellisation d’événements existants déjà au préalable (Festival de BD, Convergence Bio, Into the Wine…) et se veut grand public. Un outil de communication également pour une Cité de la Gastronomie dont on a du mal à définir encore pour le moment de ligne directrice et qui souffre de visibilité auprès de la population. « C’est une première année, tout cela s’est fait très vite en trois mois, mais l’objectif est d’asseoir l’événement dans le temps et d’en faire un élément de rayonnement national » nous explique Emmanuel Hervé, président de « Tours, Cité internationale de la gastronomie », en marge de la conférence de presse.

11164637_663279187137829_6502858895731108425_oLes Francos Gourmandes en 2015 (c)Franco Gourmandes

Morgane Production aux commandes du festival au Parc Sainte-Radegonde.

Pour arriver à monter cet événement, « Tours, Cité de la Gastronomie » en lien avec les élus, s’est donc rapprochée du groupe Morgane Productions, créateur des « Francos Gourmandes ». Ce prestataire n’est pas un inconnu dans le milieu de l’événementiel. Organisateur des Francofolies de La Rochelle et de ses dérivés (Spa, Montréal…), mais aussi depuis deux ans du Printemps de Bourges, ou encore des Fnac Live, la société a tout d’une hydre à plusieurs têtes : production audiovisuelle, événementiel, édition, label musical, organisation de tournées… sont autant d’activités menées de front par ce groupe à travers différentes filiales. Parmi ses filiales on retrouve La 440 organisatrice des Franco Gourmandes.

« Tours et ses Francos Gourmandes » est donc une déclinaison de cet événement ayant déjà existé par ailleurs et qui se s’est fini en eaux troubles sur fond de différends budgétaires. En Saône-et-Loire où Les Francos Gourmandes se sont tenues jusqu’en 2015, le souvenir est en effet à la fois heureux et douloureux. Le souvenir d’un événement original qui avait trouvé son public d’abord et qui s’était fait une place, mais celui d’un organisateur qui est parti du jour au lendemain sur fonds de baisse de subventions publiques également. L’organisateur avait estimé à l’époque pour justifier l’arrêt du festival, « un manque de garanties de financement de la part des collectivités ». C’est bien là le problème : déficitaire les trois premières années à Tournus, Les Francos Gourmandes reposaient sur de puissantes aides publiques, de l’ordre de 350 000 euros par an déjà.

Du côté des élus, ce sont Vincent Tison (PS) et Emmanuel Denis (EELV) qui sont les premiers à être montés au créneau en Conseil à Tours Métropole en s’interrogeant sur le montant des subventions. Du côté des acteurs culturels, cela gronde également en coulisses. Si personne ne souhaite pour le moment communiquer et parler ouvertement, l’annonce a néanmoins fait réagir et alimente les discussions en ville à commencer par la part de financement public, à hauteur de 25% du budget de l’événement alors que dans le même temps certains voient leurs propres subventions baisser ou stagner malgré plusieurs années de présence et des preuves effectuées sur le terrain.

A titre de comparaison, le festival Terres du Son, jusqu’alors fer de lance des événements à portée supra-régionale, annonce un budget à 1,8 millions d’euros pour l’édition 2017, dont 93% en autofinancement, soit des subventions publiques avoisinant les 130 000 euros… Les Franco Gourmandes avancent de leur côté un budget de 1,2 millions d’euros et 350 000 euros de subventions publiques (100 000 de la ville de Tours, 100 000 de la Métropole et 150 000 de la Région Centre-Val de Loire). Pour Emmanuel Hervé, « les subventions vont aller à tous les événements de ce festival, sur les quatre sites et financeront les acteurs locaux et leurs événements qui se dérouleront ce week-end là ».

Oui mais dans le budget prévisionnel de l’événement que nous nous sommes procurés, sur les 1 250 000 euros de budget global, 1 100 000 euros sont dédiés aux concerts et chefs sur le site de Sainte-Radegonde et donc 150 000 euros pour les autres sites… C’est d’ailleurs uniquement sur la partie Sainte-Radegonde, celle reprenant son concept de « Franco Gourmandes », qu’intervient Morgane Production qui investit à hauteur 800 000 euros et qui récupérera les recettes d’une jauge espérée cette année à 7000 personnes par soir (à raison de 35 euros par soir – 20 euros pour les enfants – et 55 euros le pass deux jours). Morgane Production qui récupère par ailleurs 240 000 euros en achat de prestations par la Cité de la Gastronomie.

Un test pour la Cité de la Gastronomie

« Faut-il dérouler le tapis rouge à coups de renforts financiers face à un tel groupe au business lucratif ? » s’interrogent certains, « ne vaut-il pas mieux s’appuyer sur les acteurs locaux et les événements déjà en place ? ». Là encore, les garde-fous semblent avoir été mis et si dans un premier temps Serge Babary avait annoncé en Conseil Métropolitain un rôle à jouer de la part de Terres du Son dans l’événement, ces derniers en sont finalement absents, du moins pour le moment : « C’est pour une raison de calendrier, les choses se sont faites très rapidement cette année, mais des contacts ont été pris entre Morgane et Terres du Son pour l’an prochain » nous affirme ainsi Emmanuel Hervé. On retrouve en revanche un autre acteur local dans l’organisation : AZ Prod qui viendra en aide à Morgane Production sur l’installation du site, nous fait-on savoir.

Quant à la question de la part de subventions publiques dans le budget global, Emmanuel Hervé se veut rassurant : « c’est une première année, nous tentons quelque-chose de nouveau, il fallait lancer la machine et vu les délais courts nous n’avons pas pu aller chercher beaucoup de mécénat. Mais si cela marche nous continuerons et les subventions publiques devraient logiquement baisser et la part d’autofinancement augmenter ». Pressé par les élus, dont Serge Babary qui avait annoncé un grand événement pour septembre 2017, Emmanuel Hervé et la Cité de la Gastronomie ont donc monté cette première édition au pas de course mais entendent bien l’inscrire dans le temps. Un véritable test pour l’association qui se sait regardée par des élus financeurs (les collectivités financent par ailleurs à hauteur de 250 000 euros la Cité de la Gastronomie en 2017 sur un budget global de l’association de 500 000 euros) et qui attendent en contrepartie que La Cité de la Gastronomie prenne du corps et soit cet outil rêvé au service du rayonnement d’une Métropole qu’ils veulent touristique.

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