Culture

Les ateliers de la Morinerie : une ruche artistique soutenue par le privé

Les portes ouvertes des Ateliers de la Morinerie se tiennent ce week-end. L’occasion de lire ou relire notre reportage sur ce lieu atypique et unique en son genre.

Alors que l’on entend régulièrement les acteurs culturels s’inquiéter du manque de locaux pour exercer leurs activités, à Saint-Pierre-des-Corps, une ancienne usine regroupe une centaine d’artistes. Son nom : Les ateliers de la Morinerie, ouverts en 2007 sous l’égide d’Annie Catelas de l’entreprise Clen, propriétaire des lieux.

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Quand on passe rue de la Morinerie, rien ne laisse penser que l’on trouve ici le plus gros regroupement d’artistes de l’agglomération. Après avoir franchi une ancienne voie ferrée secondaire, nous voici face à une ancienne usine, accueillis par de longs murs remplis de graffitis, terrain de jeu notamment du collectif des Grabouilleurs qui loue un atelier à la Morinerie :

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Dans cette ancienne usine de 15 000 m2 appartenant à la société Clen, sont regroupés ainsi une centaine d’artistes répartis dans 35 espaces/ateliers. Ici le terme « artiste » se veut le plus large possible, on y retrouve des peintres, sculpteurs, plasticiens, des compagnies de théâtre, mais aussi un photographe, un luthier, des comédiens, un ébéniste designer, des artisans ferrailleurs, des musiciens…

Une ruche artistique avec une longue liste de prétendants qui attendent qu’un espace se libère. Mais qu’est-ce qui pousse les artistes à venir ici dans ce coin d’agglo pas forcément sexy au premier coup d’œil ?

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Pour trouver la réponse nous avons été rencontrer Annie Catelas qui gère les ateliers de la Morinerie depuis le début. Cette dernière nous explique longuement l’origine : « La société Clen avait racheté les bâtiments dans les années 1990. Au milieu des années 2000 on réfléchissait à louer cet espace. J’ai rencontré une artiste, Lena Nikcevic, en 2006 lors d’une exposition au château de Tours. Elle cherchait un lieu pour travailler, je lui ai proposé de lui prêter un hangar, il n’y avait rien à part un toit, ça fuyait même quand il pleuvait », raconte Annie Catelas. Cette dernière poursuit : « A partir de là, je me suis dit que c’était dommage de ne pas en faire un lieu pour les artistes, surtout que la structure avec les sheds qui apportent une lumière zénithale parfaite s’y prêtait ».

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Pour comprendre le projet des ateliers de la Morinerie, Annie Catelas évoque l’humain avant tout, « la relation humaine m’a amené à cela, le côté humain est primordial dans ce projet, parce que pour moi il faut que le lieu soit en vie, qu’il y ait de l’échange dans celui-ci ». Dans les faits, Annie Catelas sélectionne des artistes parmi les nombreuses demandes, pour occuper ses locaux. Ces derniers occupent alors un espace de taille correspondant à leurs besoins contre un loyer très modeste et largement en deçà du prix du marché (de l’ordre de 1 euros le mètre carré en 2012 selon cet article du Monde.fr).

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Pour le photographe Benjamin Dubuis, installé à la Morinerie depuis septembre 2013, le deal est « gagnant-gagnant » :  les artistes profitent d’un prix bas en échange ils aménagent, rénovent leur espace. « On entretient ces locaux qui du coup ne tombent pas en ruine. Moi quand je suis arrivé, j’ai tout refait de A à Z quasiment ».

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Photos de l’atelier de Benjamin Dubuis avant et après aménagement par son locataire (c) Benjamin Dubuis

Au-delà de l’aspect économique, les ateliers de la Morinerie séduisent également par le côté pépinière que l’on y retrouve nous ont expliqué les artistes rencontrés. Pour Julien Sanson, luthier en guitare installé ici depuis un an, la « proximité avec les autres artistes entraine une effervescence agréable ».

Même son de cloche pour Barbara de la compagnie Colbok, installée ici depuis quatre ans. Cette dernière explique apprécier la présence de nombreuses disciplines artistiques : «  C’est très riche, très varié, on n’est pas tous dans le même domaine. On n’est pas enfermé dans notre petit monde du coup ».

IMG_9730Atelier de la compagnie Colbok

Pour aller plus loin encore, certains se sont même regroupés en association, comme c’est le cas pour Le Bled, principale association des lieux, regroupant une trentaine d’occupants dans le but de « réunir en collectif des individus aux pratiques pluridisciplinaires occupant un atelier ».

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Comment Annie Catelas réussit-elle à rendre possible ce lieu ? « On est là pour accueillir des gens, dans un désir de partage et de rencontre. C’est possible parce que la société Clen marche bien et qu’elle finance le lieu, parce que sinon c’est une activité à perte. Si un jour Clen est en difficultés, on ne pourra plus tenir. On ne cherche pas la rentabilité mais on n’est même pas à l’équilibre ». Une démarche qui émane donc à 100 % de la sphère privée : « Nous n’avons pas de subventions parce que je n’en ai jamais demandées, et puis les collectivités ont des difficultés également ». Du pur mécénat salué par tous, que ce soit les artistes mais aussi la municipalité de Saint-Pierre des Corps à en croire Colette Gauthier l’adjointe à la culture de la commune : «  Annie fait quelque chose de très important, avec les ateliers de la Morinerie, elle contribue à l’enrichissement culturel de la ville. ».

VOIR NOTRE ARTICLE SUR LA PLACE DE LA CULTURE A SAINT-PIERRE-DES-CORPS

Un enrichissement culturel qui ne finit pas de surprendre, puisque outre les ateliers, Annie Catelas loue également des bureaux, « pas aux mêmes conditions que pour les ateliers » précise-t-elle néanmoins. Parmi les locataires des bureaux, on retrouve des associations comme L’ASSO (Terres du Son) : « J’oublie souvent de le dire mais c’étaient les premiers à la Morinerie, au départ ils louaient simplement un espace pour stocker du matériel » raconte la propriétaire des lieux.

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La Morinerie est ainsi une fourmilière culturelle qui intrigue et qui surprend. Un lieu qui mériterait d’être plus mis en avant. Lors des premières portes ouvertes qui se sont tenues en mai 2014, le public ne s’y était d’ailleurs pas trompé et s’était déplacé en nombre. Elles devraient être reconduites cette année. Avis aux curieux.

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