Culture

Le temps d’un 16 mesures #5 : Roméo Elvis, le rap bruxellois arrive.

« Le temps d’un 16 mesures » c’est une nouvelle chronique régulière sur 37° sur la thématique du hip-hop, en partenariat avec « hip-hop is not dead », une chronique réalisée par Loann pour l’émission de Radio Campus Tours 99.5 FM intitulée Wabam Cocktail.

Depuis plus d’un an maintenant, une nouvelle vague de rappeurs belges arrive en France. A l’instar de Caballero et Jean Jass, la Smala ou encore Damso dans un autre registre, le rap francophone venant de notre voisine la Belgique se fait une réelle place dans cette culture musicale. C’est au festival du Printemps de Bourges que je suis allé rencontrer Roméo Elvis (de son vrai nom Roméo Johnny Elvis Strauss Van Laeken, rien que ça !) afin d’en apprendre plus sur cet artiste sensible, affranchi des codes du « rap game » et conscient du monde qui l’entoure.

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Rencontre avec un rappeur venant tout droit de la « Straussphère ».

Ton rapport à la musique et à la scène vient entre-autre de ton père (musicien et chanteur), et ta mère (comédienne), mais dans le rap plus particulièrement, comment y es-tu venu et quel album as-tu le plus rongé ?

Roméo Elvis : Le hip-hop m’est venu à l’internat. J’avais des amis qui faisait du rap et j’en faisais avec eux mais sur des textes en anglais. Et à force d’en faire, les gars aimaient bien et ils m’ont chauffé à continuer et c’est parti de là en fait. L’album que j’ai le plus rongé ? Il y a « Première consultation » de Doc Gynéco, un album de « Soul square » avec plein de remix. Et « the Eminem Show » aussi. Ça c’est le truc que j’ai le plus saigné je pense.

J’ai pu lire que t’es arrivé au rap autant via du rap technique ou lyriciste qu’à travers le rap alternatif du Klub des loosers et de Fuzati ?

Roméo Elvis : Oui clairement c’est beaucoup plus mon école que peut l’être le rap « ricain » ou le rap français pur et dur.

Au passage, je ne cite pas Fuzati au hasard. Dans ta chanson « Drôle de Décision (à la prod. Jeanjass) » je te cite : «  J’ai des inspirations soudaines, et des tonnes de choses à dire, quand ça va pas bien, je pense à Fuzati ». Il vient d’annoncer aujourd’hui même la sortie d’un nouvel album (NDLR : le 20 avril) du Klub des loosers pour le 06 octobre prochain et il y a déjà des dates de programmées.

Roméo Elvis : Putain bah je suis sur le cul et je suis super intéressé ! Je n’irais pas jusqu’à dire je suis super heureux car je me méfie quand même mais je suis très intéressé. C’est une grande nouvelle pour moi.

En ce qui concerne la Culture hip-hop dans son ensemble, à quel point elle te parle, t’inspire ? Tu rappes, durant tes études tu as réalisé des reportages photographiques de graff ou graff végétal. Ça s’arrête là ou tu peins et tu danses aussi ?

Roméo Elvis : Je ne danse pas beaucoup à part sur scène. J’ai fait de la peinture avant de faire de la photographie. J’ai été proche de chaque domaine individuellement dans l’école artistique dans laquelle j’étais. Je suis très imprégné quoi.

Si on s’intéresse à tes derniers projets, Morale est sorti début 2016 et Morale 2 est sorti le 17 mars 2017. Les prods sont toutes réalisées par le Motel. Qui est-il ? Cette collaboration est importante pour toi dans le sens où tu le cites sur la pochette avant du CD et non simplement sur la tracklist ?

Roméo Elvis : Oui tout à fait, on essaye de présenter un travail de groupe. Donc on est un duo et bien que je sois le leader du groupe, le rappeur et l’intervenant, le Motel fait partie du projet à 50 % et c’est cela qu’on essaye de défendre. Il fait toute la musique derrière.

Dans tes premiers sons, il y avait beaucoup de références animalières. Depuis tu es moins dans le « storytelling » (raconter une histoire) et plus dans le personnel. Ça t’as pris du temps avant de mettre de l’intime dans les textes ?

Roméo Elvis : Très bonne question. C’est exactement ça, ça m’a pris du temps. Il a fallu que je prenne plus confiance en moi avant de parler de choses qui me concernaient. C’est pour cela qu’au début ça parlait plus d’animaux, de reptiles et compagnie. Après, ça va revenir dans la suite mais c’était clairement le moyen de masquer le manque d’assurance.

Dans la track « Morale », tu parles d’une rupture sentimentale. Dans le dernier morceau que tu as clippé « Lenita », tu dis  « Jouer avec les dames, ça amène à l’échec ». Tu remercies souvent ton public pour l’amour apporté. Tu as même quitté la scène du Printemps de Bourges en lâchant un « bisous tout le monde ». Pourquoi cette volonté de parler aux gens, de cette manière ?

Roméo Elvis : Je sais que dans le milieu dans lequel j’évolue, dans le rap ou la musique en général, il y a une sorte d’attitude à avoir sur scène. Mais moi j’ai toujours été mal à l’aise avec le fait d’être trop dans l’attitude, la « dégaine » car j’ai l’impression de pas avoir de légitimité à partir du moment où je fais le dur, où je fais le gars. J’ai vraiment envie de montrer aux gens mes sentiments purs et durs et de leur montrer que je suis heureux d’être sur scène grâce à eux. Et « bisous » c’est juste pour revenir au fondamental. Au lieu de dire « Peace » ou « Fuck Donald Trump », un bisou il n’y a rien de plus naturel. J’ai vraiment envie que les gens sache continuellement la reconnaissance que j’ai envers eux.

Et le moins qu’on puisse dire et à l’image de ta prestation ce soir au Printemps de Bourges, c’est que tu te donnes aussi sur scène.

Roméo Elvis : Oui moi j’écris, j’enregistre pour aller sur scène. Il y en a qui écrivent, qui sortent des albums pour « péter le game », pour faire 10 000 ventes. Moi j’ai envie de faire 10 000 ventes aussi, mais si tu m’enlèves la scène, je ne ferais plus d’albums.

Dans le clip « Tu vas glisser », tu rend un hommage visuel à Tyler the Creator. Tu dis que ce genre de rappeurs ont compris l’essentiel dans le sens où ils peuvent être engagés, vrais, sincères tout en ayant un côté un peu fou. Est ce que le personnage de Roméo Elvis le rappeur, tend à être dans la même lignée ? Je m’explique : tu as des productions plus folles, tu te filmes avec des serpents et des crocodiles et d’un autre côté tu t’insurges contre la mauvaise gestion des fonds publics en Belgique ou tu partages une vidéo humoristique de Benoit Hamon pour la présidentielle de 2017.

Roméo Elvis : En fait, t’as peur de prendre position car t’as peur d’être pompeux tu vois. Moi personnellement, j’ai pas envie d’aller voir un artiste trop militant mais en même temps, il y a un double tranchant là-dedans. Je trouve que l’on est responsable quand on est publique. Indéniablement. Même si t’as pas envie, même si tu dis « c’est pas à moi d’éduquer tes enfants », tu es responsable de ton message. Moi je suis un gars engagé, un gars intéressé par le milieu politico-culturel, par tout ce qui m’entoure. Je me dois de véhiculer des messages, je m’y sens obligé dans ma position. Je bénéficie d’un public super réceptif. Je fais le tour des plus grandes salles de Belgique, d’une partie de la France voire de l’Europe maintenant. Je me dois de montrer que je suis conscient de ce qu’il se passe. J’ai pas envie que l’on retienne de moi que je suis un fanfaron. On peut avoir un impact tout en faisant de l’art en fait. Kendrick Lamar le fait super bien !

Le gimik que tu utilises souvent pour parler de l’entourage qui gravite autour de ta musique est « les Strauss, ou la Straussphère » C’est en rapport avec quoi : le compositeur Yohan Strauss, le joueur de cricket britannique, les poêles à granulés Strauss, ou Maximilien Strauss, chirurgien fictif de la série H (un classique des années fin 90).

Roméo Elvis : Il y en a deux qui sont justes. Le premier avec Yohan et Richard Strauss qui sont des compositeurs qui ont ficelé la musique d’antan. Il y a le professeur de la série H qui est LA référence. Il y a Levi’s Strauss, le jean qui a réussi en Amérique. Il y a Dominique Strauss-Khan, malgré ce qui lui est arrivé c’est une putain de figure. Il est passé à ça d’être président. Il a fait intégré ses initiales d’une manière brut en plus, ça m’a fait rire quoi !

Merci Roméo Elvis. As tu un dernier mot à nous partager ?

Roméo Elvis : Tout se passe dans le « Srauss », on retiendra ça.

Un degré de plus :

Retrouvez également cette chronique sur Radio Campus Tours

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