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Le clip de la semaine : « Ūn » et « Prélude à Sola » de Seyhn Sohl

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux et en extirpons un clip. Cette semaine découvrez Ūn & Prélude à Sola de Seyhn Sohl.

« On travaille avec des chercheurs qui bossent sur le folklore d’une société disparue, celle de nos ancêtres qui vivaient sur Seyhn ». C’est en ces termes mystérieux que Jérémie Frémont, chanteur et compositeur, présente le travail de Seyhn Sohl. Les membres du groupe (Romain Evrard, Nicolas Fougeray, Romain Noël et Jérémie) sont donc des passeurs. Ils nous emmènent dans un monde surréaliste où le temps est dilaté, où la nature déploie toute son élégance. Avec Prélude à Sola et Ūn, Seynh Sohl nous présente deux fenêtres sur ce monde, des « tableaux » intrigants dans lesquels on plonge avec plaisir, emporté par le tourbillon des vagues ou par le mouvement hypnotisant des flammes.

À l’origine, ces deux vidéos n’étaient pas destinées à être diffusées sur internet. Elles sont issus d’une série encore très confidentielle car uniquement présentée en live. C’est en effet sur scène que ces tableaux prennent vie, sur un écran panoramique de 6 mètres disposé derrière le groupe. « Quand tu es face à la scène tu es obligé de prendre le temps de t’imprégner de l’univers, explique Jérémie. Sur internet tout va très vite, tu es plutôt dans la consommation et ça nous paraissait moins adapté. Malgré tout nous avions envie de partager ces tableaux ».

Une grande partie de ces images sont tournées l’été dernier, alors que le groupe est en résidence à Plouguerneau dans le Finistère, chez la mère du chanteur. « En Bretagne j’ai fait beaucoup d’images, tout ce qui me passait par la tête, explique Romain Evrard, membre du groupe et vidéaste. Il y avait toute la matière qu’il fallait : des côtes sauvages, des paysages complètement dingues… » C’est là-bas, sur le Pont du diable, qu’il tourne Prélude à Sola. Le lieu est un vestige de l’époque gallo-romaine régulièrement submergé par les marrés. D’autres tableaux voient le jour dans la région tels que Perspective I qui est tourné au gré d’une randonnée avec sa copine. Ce clip vaudra d’ailleurs au groupe la censure de facebook qui ferme leur page en janvier dernier. La vidéo, alors publiée pour annoncer un concert à l’Intime festival, est jugée pornographique. « J’ai envie d’aller au bout de ces visuels et on se rend compte qu’avec les codes culturels imposés par facebook, nous sommes limités », déplore Jérémie.

On comprend le désarroi de Seyhn Sohl tant l’image est chez eux un vecteur qu’ils traitent avec le plus grand soin. C’est surtout Jérémie Frémont (chanteur/claviériste) et Romain Evrard (claviériste/machiniste) qui en ont la charge. Les deux artistes se rencontrent au conservatoire de Blois en 2015. « Le travail de Romain sur les lumières, les couleurs, la profondeur des images m’a toujours vraiment plu », confie Jérémie. C’est avec le clip de Hâme que Romain travaille l’image de Seyhn Sohl pour la première fois. Le projet est gigantesque et les mène dans le Finistère bien-sûr mais aussi dans l’Hérault, vers le lac du Salagou. Le résultat est brillant.

« Ce n’est que le début du groupe mais on s’imagine bien travailler autant la vidéo que la scénographie ou même des expositions », confie Romain. Il garde en tête son idole Bill Viola, un vidéaste aux constructions gigantesques. Expos, vidéos, musiques superbes et évocatrices… Seyhn Sohl peut parfois faire penser à un autre groupe tourangeau à la carrière riche et singulière. En attendant qu’ils se produisent au Grand Théâtre devant un écran panoramique de 30 mètres, vous pourrez les découvrir au Temps Machine le 11 octobre prochain.

Un degré en plus :

Pour avoir un aperçu de Seyhn Sohl en live, c’est ici.

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