Culture

Le clip de la semaine «Happy Color» de CHEVALIEN

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux talentueux et nous en extirpons un clip rien que pour vous.

«Happy Color» de CHEVALIEN

Heureux… mais pas trop.

Evidemment quand CHEVALIEN sort un titre qui s’appelle «Happy Color», il ne faut pas s’attendre à une ambiance zouk/club med, ni à une chenille endiablée avec des slips sur la tête. Il y est plutôt question de noir, d’Halloween, de «joyeux enterrement» côté paroles et côté son, cet extrait de l’EP Sunderground sorti le 14 avril dernier continue d’explorer à la machette une jungle aussi sombre que luxuriante : l’imaginaire passionnant et complexe d’un artiste qui manie le désenchantement avec un panache rare.

Alors que le titre «Sunderground» malmène les codes de la trap avec autant de violence que de douceur pendant que «Trybe» porte bien son nom (et son «y») avec son espèce de transe subtile et déroutante, leur voisin «Happy Color» opère plutôt côté dark hip hop, genre en plein essor dont CHEVALIEN est l’un des dignes représentants depuis ses débuts. Impossible de ne pas penser au meilleur du Britannique Tricky lorsqu’il savait s’affranchir du trip hop pour étouffer son auditeur dans des ambiances électro hyper léchées à la Aphex Twin, portant un flow. Des cassures dans la composition rebattent sans cesse les cartes et brouillent les repères, jusqu’à ce somptueux final chaotique qui mêle différents niveaux de percussions organiques et programmées.

Comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, c’est CHEVALIEN lui-même qui signe ce clip : un road movie urbain nocturne et fantômatique, un peu en limousine et un peu à pied, dans lequel paradent lumières et tâches de couleurs. On y voit aussi un gâteau d’anniv pas vraiment super appétissant : rarement l’enfoncement d’un grand couteau dans une pâtisserie ne fait autant froid dans le dos.

CHEVALIEN maîtrise son sujet comme jamais et livre une composition complexe, puissante et entêtante et on a le droit de penser que si avec ce titre aussi bien habillé il n’explose pas, c’est qu’il y a beaucoup plus de sourds et d’aveugles qu’on pourrait l’imaginer dans ce pays.

Exclu 37 degrés : le clip de «Happy C.» présenté par Chevalien

«Le sujet du clip c’est « Mourir & Vivre à Toronto » (là où le tournage a pris place), on aperçoit en effet les chimères du personnage central voler l’obole de ce dernier en début de clip. Cela pose la question de l’inter-dépendance entre un être et ses démons, notamment de savoir laquelle des deux entités a le plus besoin de l’autre pour exister.

Ainsi CVAN se retrouve à errer dans les limbes, notamment représentées par une limousine à l’arrêt dans un enfer de glaces, non sans fêter sa propre fin.

La mort et la fin de toute choses y sont présentées comme une fête, comme une évidence, plutôt qu’une fatalité qu’il semble alors nécessaire d’embrasser plutôt que de redouter, à l’image du refrain :

Black is my happy color, please wear black to my funeral.

They’ve been pissing down my back, saying it’s raining, save your tears for the urinal.

Une meilleur conscience de la destination finale ne peut alors qu’améliorer le voyage.»

Un degré en plus

> Le Facebook de Chevalien

> Prochains concerts dans le 37 : vendredi 28 avril aux 3 Orfèvres (avec Ultra Panda), Aucard de Tours le 15 juin à 19h.

Crédit photo © Adrien Chastel

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