Culture

Le clip de la semaine «Genuflexion» de Drame

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux talentueux et nous en extirpons un clip rien que pour vous.

Chaussettes longues & rouflaquettes

Rubin Steiner manie depuis longtemps l’art de surfer en permanence entre bon et mauvais goût, s’assurant toujours quand même qu’on le reconnaisse davantage pour sa maîtrise du premier que pour son léger penchant pour le second. Faut pas déconner, non plus. Dernier numéro d’équilibriste en date : le projet Drame dont le nom ne prête évidemment pas à se détendre (pour être honnête on a du mal à imaginer Rubin Steiner sortir un projet qui s’appellerait «Fête du slip» ou «Rubin Yol», mais l’Histoire montrera peut-être un jour qu’on a des putains d’idées préconçues à la con) ; projet qui a bien joué sur le buzz pendant environ un an, à coups de petites vidéos mystérieuses de quelques poignées de secondes, jusqu’à la sortie de l’album éponyme (bah oui, tant qu’à faire), au nom prémonitoire, début novembre 2015.

Voilà donc qu’on écoute ça religieusement, sans rire du tout, qu’on trouve ça plutôt bien, qu’on est concentrés à fond, et tout et tout… et puis voilà soudain que bim, bam, boum, ce 2 février, on nous sert un clip super poilant avec des gens mal habillés dans des salles des fêtes miteuses en train de faire des chorégraphies comme on aurait aimé en voir plus souvent au Temps Machine, du temps – désormais immémorial – où ledit Rubin Steiner y terminait sa fulgurante carrière de Directeur de Programmation avec le panache d’un fauve blessé.

Mais reconcentrons-nous plutôt sur «Genuflexion» côté son, cette pièce instrumentale qui s’appuie sur une rythmique binaire et quelques bouts de percussion, avant de casser ce côté «music with repetitive beats» par quelques palabres entre la batterie, les bongos et les synthés. Des synthés qui règnent en maîtres sur un univers qui vénère le son analogique et ses corollaires (vieux studios aux odeurs indéfinissables – quelque part en tabac froid, transpiration tenace et plastique neuf – , vieux DJ respectable, pulls en laine à torsade, 33 tours manipulés religieusement, potentiomètres à aiguilles…).

Quoi qu’il en soit, dire que le son de Drame est léché relève davantage de l’euphémisme que de la vaine tentative de contrepèterie douteuse : Steiner et ses acolytes proposent un retour aux sources organique, cérébral et millimétré, tantôt fascinant, tantôt chiant comme la pluie, selon les moments, selon l’humeur de chacun et surtout selon les morceaux. Et c’est là que le choix de «Genuflexion» en single promotionnel (hi hi) est discutable : quitte à emmerder jusqu’au bout les programmateurs de NRJ ou Fun Radio, le «Bugaboo» de 11’55’’ aurait pu être une option nettement plus judicieuse.

drame

 Un degré en plus

> L’album de Drame sur Soundcloud

> Prochain concert dans le coin : le 13 février au Confort Moderne de Poitiers, dans le cadre du gros événement Dernière Nuit avant Travaux (le Confort va fermer pendant longtemps, donc c’est LE truc à ne pas rater) – Rappel pour les Tourangeaux casaniers : par l’A10, Poitiers n’est qu’à une heure d’ici.

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