Culture

Le clip de la semaine : «Escape» de Tilö

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux talentueux et nous en extirpons un clip rien que pour vous.

«Escape» de Tilö

Après l’escapade Thé Vanille et Crenoka de Nastasia, voici que Laure, l’autre moitié de Boys in Lilies, s’échappe à son tour en solo, sous le nom de Tilö donc, en plus de son projet Toukan Toukan. C’est dès 2014 que Laure, entre deux dates avec les BIL (le petit nom de Boys in Lilies) commence à composer : «Je profitais des moments de libre pour m’enfermer dans mon petit home studio et j’écrivais des chansons pour me faire plaisir !». Bien lui en a pris puisque ce premier EP – lui aussi nommé «Escape» – c’est à nous qu’il donne maintenant du plaisir.

Comme pour Boys in Lilies, Toukan Toukan et plein d’autres projets tourangeaux de qualité depuis quelques années, Etienne Faguet (qui joue par ailleurs le passeur à l’écran) est de la partie sur ces six morceaux. Restés en stand-by pendant environ deux ans, c’est finalement Marco aka Beat Mataz qui tanne Laure pour en faire quelque chose : « Avec Marco, on se connait depuis plusieurs années et on se soutient mutuellement, j’adore ce qu’il fait et j’admire ses progrès. Lorsqu’il a écouté mes chansons, il a beaucoup insisté pour que je les diffuse, pour que je les sorte du placard.»

«Escape» c’est donc ce morceau clippé aujourd’hui, mais aussi un superbe EP sorti en toute discrétion au cœur de l’hiver : six titres mélancoliques mais aux compositions parfois plus appuyées que d’habitude chez BIL (dont la principale marque de fabrique demeure la légèreté contre vents et marée). Tilö chasse notamment sur les terres du premier album de l’Islandaise Emiliana Torrini, trop longtemps laissées en jachère (18 ans quand même…). Moins sombre que cette référence, elle laisse entrer plus de lumière par le biais de petites parties de synthé et de rythmiques tantôt sautillantes et tantôt discrètes ou tribales. L’ambiance oscille ainsi entre une ambient aux accents world et un trip hop qui a des petites envies de pop. Evoluant dans une sorte d’open space musical, ce mini-album est tellement varié à l’intérieur même de chaque morceau qu’on a l’impression d’être parti des heures dans un monde féérique ; un voyage rafraîchissant et onirique qui s’ouvre par une voix d’enfant et une mélodie de piano évoquant Radiohead et qui se clôt dans l’extase avec le saxophone éthéré de Sylvain Roudier. Avec entre les deux, la voix captivante de Laure.

Le morceau «Extase» présenté ici démarre par une partie de guitare incitant à la fête mais reste finalement calme. Quelques flûtes débarquent par la suite, mais c’est surtout le chant qui lie l’ensemble et fait figure de fil rouge dans une narration musicale complexe et assez déstructurée, même si demeurant toujours tout à fait accessible sur le plan mélodique.

Côté images, c’est Marco (aka Helio Capta cette fois-ci) qui est aux manettes avec Laure. Le tournage a démarré en septembre 2016 et a été vécu comme une véritable aventure. Il a d’abord fallu construire un vrai radeau et le faire voguer sur une Loire capricieuse. «J’ai vécu quelques années à Rochecorbon et j’avais mis beaucoup de souvenirs de l’époque dans mes chansons : il fallait absolument que la Loire soit très présente dans ce clip», explique Tilö. Le reste est une belle aventure humaine derrière comme devant la caméra : les personnages, tous joués par des personnes chères à Laure, se succèdent dans une espèce de conte quelque part entre Mud, La Rivière sans Retour, les frères Grimm et un road movie à pied (et en bateau) un peu dans l’esprit Dead Man, le tout sans la moindre arme à feu, mais avec un beau feu tout court et plutôt dans l’harmonie et la communion avec les éléments. Un seul bémol : ça manque quand même un peu de castor et de ragondin. Malgré tout, rarement la Loire n’avait aussi bien été captée dans le clip d’un groupe local, jouant le rôle principal avec talent et donnant comme jamais une furieuse envie d’être habitée. Une «escape» en bas de chez soi, en somme.

Un degré en plus

> La page Facebook de Tilö

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