Culture

Le clip de la semaine : «Delusion of Grandeur» de Supercilious

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux talentueux et nous en extirpons un clip rien que pour vous.

 «Delusion of Grandeur» de Supercilious

 C’est dans un petit attic de la rue de la Scellerie plutôt chic qu’on a rencontré Alban et Alex, les deux têtes pensantes de Supercilious, l’un des rares groupes qui a comme nom un adjectif, une trouvaille issue de leurs (déjà lointaines) années de fac d’anglais. «Supercilieux» pourrait-on dire en nov-français : un équivalent très imagé de «dédaigneux» et «hautain» avec ce petit haussement de sourcil so british et, par définition, tout à fait intraduisible.

Pas supercilious du tout dans le civil, les deux compères tranquilles nous accueillent et achètent notre esprit critique avec du vin de noix maison et des cacahuètes, histoire de s’assurer d’emblée qu’on culpabiliserait longuement s’il nous venait par la suite l’idée d’écrire que leur musique est naze.

Après onze ans de silence relatif, voici donc «Infinite spaces», deuxième opus de Supercilious aux featurings locaux prestigieux, qui ne fait pas mentir la promesse proférée dans le titre du premier («Next Time We Go Sublime»). On s’est dit que si le 3e album ne devait sortir qu’en 2026 (un album tous les 11 ans, on appelle ça le syndrome My Bloody Valentine), autant se dépêcher d’aller les voir maintenant pour tout savoir sur la sortie de l’un des meilleurs disques tourangeaux de l’année.

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37 degrés : Les lointaines origines de Supercilious remontent au début des années 2000. Racontez-nous.

Alex/Supercilious : Je faisais au départ partie d’un collectif avec des gens comme Boogers ou Rubin Steiner. J’ai publié quelques morceaux tout seul à l’époque, sur des compilations. Par la suite, mon coloc Alban a pointé son nez à la porte de ma chambre quand je composais et a fini par s’installer pour des featurings. Quelques mois plus tard, en 2004, paraît le premier album de Supercilious «Next time we go sublime» déjà sur le label manceau Monopsone qui sort aussi celui-ci.

37 degrés : S’ensuit une longue parenthèse…

Alex/Supercilious : J’ai ensuite fait pas mal de musiques de pub et j’ai collaboré avec des compagnies de théâtre, notamment Le Groupe en Fonction, des ex-Tourangeaux qui ont migré à Bruxelles. Parallèlement à tout ça, j’ai sorti un album sous le nom d’Emergency Broadcast System sorti sur un label lyonnais, Bee Records, en 2009. Là encore, Alban est de la partie et on fait quelques scènes, notamment sur l’Ile Aucard.

37 degrés : Comment s’opère alors la «renaissance» de Supercilious ?

Alex/Supercilious : En 2012, la compagnie Le Groupe en Fonction me commande une reprise du groupe Get Well Soon, dans l’urgence : j’ai trois jours. J’appelle Alban au secours pour faire ce boulot particulier.

Alban/Supercilious : En quelques nuits de boulot, il s’est passé un truc incroyable, une alchimie, une sorte de retour en enfance. De ce déclic sont nés les bases de ce second album.

37 degrés : Supercilious c’est désormais un duo, mais sur scène et en coulisses, il y a pas mal de collaborateurs ?

Alex/Supercilious : Nous travaillons depuis le départ avec le bassiste Sylvain Jegonel (ex-Natsat), qui est un peu «l’esprit surf» du groupe (rires) et sur cet album on trouve une autre vieille connaissance, Natasha Penot de Grisbi (et qui apparaît sur le magnifique nouvel album de The Apartments – ndr). Côté trompette, c’est Jean Gatien Pasquier, Nicolas Jaumain (Nestor is Bianca) à la batterie et le quatuor à cordes 440hz (Ez3kiel).

37 degrés : Vous travaillez comment pour le côté management et développement ?

Alex/Supercilious : Nous vivons la musique de manière très libre et déconnectée des contingences habituelles de promotion. Tous les enregistrements sont faits maison, ici ou avec des copains à droite à gauche. Le label reçoit tout clés en mains, déjà masterisé, il n’a plus qu’à se concentrer sur la fabrication et la diffusion. Nous aimons cette autonomie, c’est très important pour nous. Nous avons quelques dates prévues, mais sans plus : un showcase à la Fnac de Tours le 28 novembre et une date à Blois en fin d’année aussi.

37 degrés : Comment définiriez-vous votre musique ?

Alex/Supercilious : Elle émane d’un rapport au temps assez particulier. On prend toujours beaucoup de recul. On la laisse se construire toute seule parfois, on aime superposer des textures, on transforme une matière première en constante évolution. On peut passer d’un truc très sombre à quelque chose de lumineux, d’un coup, sans prévenir.

Alban/Supercilious : Je dirais que c’est une approche contemplative. Et cinématographique. L’album n’est pas juste une collection de morceaux, c’est un ensemble narratif cohérent.

Alex/Supercilious : C’est une musique qui laisse toujours place à l’accident et on fait en sorte de ne surtout pas corriger ces accidents quand on finalise les choses en studio.

37 degrés : Votre musique est inclassable et surprend souvent… Vous avez des goûts musicaux différents ?

Alex/Supercilious : J’ai toujours aimé des choses très variées, en y prenant le même plaisir. Je peux passer d’un disque de pop mielleuse à souhait à de la noise bien coriace. Dernièrement, j’ai beaucoup aimé Metz, la très réussie reformation de Slowdive et pour citer un groupe local, Belakane.

Alban/Supercilious : Il nous arrive d’être en désaccord profond sur certains trucs. J’écoute beaucoup de choses très bruyantes, comme The Shining un groupe hollandais qui est passé récemment au Canadian Café. Mais bon, je suis aussi sensible à des choses très mélodiques et très calmes. J’ai par exemple adoré la présence déstabilisante de la musique de Jungle Bouk lors d’un concert intimiste à l’atelier de Brice Auconie.

Un degré en plus :

A découvrir la semaine prochaine sur 37° avec notre critique track par track d’«Infinite Spaces».

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> «Infinite Spaces» de Supercilious, chez Monopsone. En commande sur le site. Sortie le 18 septembre 2015.

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