Culture

Le clip de la semaine : «Bergamot» de Pierre Mottron

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux talentueux et nous en extirpons un clip rien que pour vous.

«Bergamot» de Pierre Mottron

Nous avons déjà beaucoup écrit sur l’enfant prodige de la scène locale, sélectionné «clip de la semaine» pour la 3e fois en trois ans, la vidéo de «Lighter» ayant même été primée dans le cadre de la «Cuvée Scène Locale 2016». Restés sur notre faim après sa superbe performance scénique à l’Intime Festival en février 2016, nous sommes toujours plus d’un an après dans l’attente de son premier album. Une attente liée à la volonté de Pierre Mottron de faire les bons choix et de ne pas précipiter les choses, mais aussi à la difficulté de trouver un label correspondant vraiment à son projet et à ses objectifs.

Loin de nous resservir la même délicieuse recette de son dernier EP, Pierre Mottron continue de faire ce qu’il a déjà fait en 3 EP : évoluer, expérimenter, explorer et ne surtout jamais tomber dans la redite. Après son très beau titre «Anonymous» avec Ezekiel en 2014, puis «Fighter» en 2016, il nous livre donc un nouveau titre isolé fin février 2017 avec cet envoûtant «Bergamot».

Après une intro electro très soft, une basse bien profonde vient se balader sur une programmation à la fois sobre et complexe. La voix de Pierre Mottron vient s’entremêler à tout ça… enfin «la voix»… on devrait plutôt dire «l’une des voix», car son chant se caractérise par son côté polymorphe et présente d’ailleurs plusieurs styles différents à l’intérieur de ce même morceau. Les atmosphères se superposent et changent au fil du morceau, les sons se multiplient et interagissent en combinaisons inédites toutes les 10 ou 20 secondes. Pierre Mottron se caractérise une nouvelle fois par un refus systématique de la facilité mélodique et un sens de la composition tout à fait étonnant. Ce doit être l’une des raisons du côté intarissable de ses morceaux, une recette aux ingrédients aussi nombreux que leur saupoudrage est subtil.

Côté image, rien n’est laissé au hasard non plus et le storytelling mystérieux développé depuis plusieurs années par Pierre Mottron noircit une nouvelle page qui, pour reprendre une expression anglaise, «épaissit l’intrigue». En l’occurrence, une mise en relation d’images de notre monde en noir et blanc, dont les liens sont à interpréter par chacun, mais avec un point commun tout de même : différentes scènes dont le mouvement se résume à un aller-retour d’un dixième de seconde, comme si l’Humanité était condamnée à faire du surplace. Il est aussi pas mal question de déplacements, jusqu’à ce final cinématographique d’une voie ferrée qui défile en accéléré, vue de la plateforme arrière d’un train. Une femme pensive et fantomatique, dont on perçoit quelques pensées fugaces (notamment une série de statues de pierre à connotation religieuse) vient hanter cette épopée visuelle aussi fascinante et dérangeante que la chanson qu’elle habille est langoureuse et rassurante.

Encore une fois une grande réussite à tous les niveaux.

Un degré en plus

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> Prochains concerts à Tokyo les 26 et 27 mai à l’Institut Français du Japon. 37 degrés vous offre des allers-retours en Première Classe et une loge VIP pour y assister. Non, on déconne.

Mottron Bergamot

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