Culture

Le clip de la semaine : «Au temps pour moi» d’Arry Goni

Chaque vendredi nous plongeons nos mains de gourmands dans l’inépuisable réserve de groupes tourangeaux talentueux et nous en extirpons un clip rien que pour vous.

«Au temps pour moi» d’Arry Goni

Chassez le naturel. Ou pas.

Même si le grand écart avec le clip de la semaine dernière en fera tousser certains, on assume. La variété française n’est pas une maladie, après tout. Ou alors si : c’est une douce et délicieuse addiction, qui remonte à l’enfance et nous construit peu à peu, souvent malgré nous, dans l’amour ou le rejet. Parfois les deux mélangés, avec ces tubes indigestes qui nous rappellent de merveilleux souvenirs. Alors ne faisons pas comme le personnage de cette chanson : ne tentons pas le changement radical irréaliste. Restons nous-même.

C’est un peu toujours la même chose avec Arry Goni, chanteur hors-norme : on oscille entre le Florent Pagny et le Michel Berger, entre le Pascal Obispo et le Michel Polnareff, entre le Calogero et le Julien Clerc… Bref, entre une soupe imbuvable ponctuée de clichés consternants et une écriture flamboyante et unique. Osciller, mais jamais basculer : Arry Goni a jusqu’ici été sur le fil entre ces deux catégories de «chanson française», mais il se pourrait bien qu’avec ce somptueux «Au temps pour moi», il perde enfin l’équilibre et bascule cette fois du côté des auteurs-compositeurs qui comptent et qui ont réussi à imposer leurs spécificités, alors qu’en chanson française comme ailleurs, on semble avoir déjà tout dit et tout écrit. Nous nous sommes passé ce morceau dix ou douze fois de suite pour voir et force est de constater que la magie a opéré à chaque écoute et que quelque chose s’est gravé définitivement quelque part.

Bien sûr dans ce clip ultra-léché, le chanteur tourangeau soigne son style dans les moindres détails et enchaîne les mimiques qui agacent les uns et font craquer les autres – tous sexes confondus – et exploser l’audience des émissions musicales à la télé, mais il conserve néanmoins un énorme capital sympathie purement physique, avec son air de déconneur félin qui semble toujours nous dire que là il est sérieux, mais dès que la chanson sera finie, on rigolera bien ensemble.

La pluie qui glisse sur une vitre, le sable noir qui glisse entre les doigts pour symboliser le temps peuvent faire sourire – voire grimper aux rideaux – mais ces clichés sont vite balayés par la puissance du texte – du vrai songwriting, percutant, drôle et mélancolique – , l’efficacité classique de la composition au piano qui le porte et une voix fascinante qui nous emmène où elle veut. Même si on pense un peu à Albin de la Simone ou Alex Beaupain, on reste jusqu’au bout ancré dans une tradition beaucoup plus ancienne qui doit en théorie permettre à Arry Goni de faire autant frémir votre grand-mère que votre fille, sans pour autant laisser de glace votre grand-père ni votre fils. Même les routiers les plus poilus et les plus aguerris, dans l’intimité, fredonnent des chansons tristes qui leur tend un miroir. «Au temps pour moi» ne devrait pas échapper à la règle et devenir un tube énorme même dans les cœurs de rockers.

Un degré en plus

> Arry Goni déjà clip de la semaine avec «Rupture», il y a deux ans. Il était déjà en noir et il avait le même pendentif, mais pas la barbichette.

Print Friendly, PDF & Email