L’album du mois : Stuffed Foxes «Songs / Revolving» (Yotanka)

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«These songs have been made to be played loud». Rappel utile à une époque où la musique est trop souvent devenue un bruit de fond dans trop de soirées chiantes où on veut nous faire croire que les conversations des convives sont de meilleure qualité et de plus haute importance que la galette qui tourne sur la platine (un seul conseil : fuyez ces soirées comme la peste). Les Stuffed Foxes donnent le ton : toutes affaires cessantes, écoutez-nous et fermez-la. On va vite comprendre qu’il n’y a effectivement pas de place pour la conversation et que l’espace sonore est vampirisé par cet album aussi somptueux que chaleureux et généreux.

Le morceau d’ouverture «Sabotage» entame avec enthousiasme et flamboyance ce qu’un album devrait toujours être : surtout pas la compil de tous les titres existants d’un groupe (le travers de trop de premiers albums), mais bien une aventure intégrale, construite avec soin, avec un début et une fin et plein de péripéties au milieu. Le morceau d’intro est alors déterminant, une invitation au voyage d’une force irrésistible, qui happe tous les sens en quelques minutes et doit réussir le délicat exercice de convaincre les plus blasés et les plus récalcitrants de rester jusqu’au bout. Pour ne citer que deux (vieux) exemples d’incipits mortels, juste en fouillant dans les premiers vinyles de notre collection qui nous tombent sous la main : «Welcome to the pleasuredome» de Frankie Goes to Hollywood, «Dream within a dream» de Propaganda, deux coups de poing dans le ventre dont on ne se relèvera jamais.

Ce serait un euphémisme de dire que «Sabotage» remplit son rôle : il illumine une journée en quelques secondes et donne envie à la fois de se poser pour oublier tout le reste mais aussi de sauter partout pour exprimer sa joie, sa colère, sa tristesse, toutes joliment mêlées. «It makes you burn» finit par nous dire le chanteur. C’était sans compter sur le sublime «Luke Glanton» tube imparable qui mettra tout le monde d’accord, même celles et ceux qui seraient restés impassibles à ce «Sabotage» diablement efficace, mais somme toute relativement classique. «Luke Glanton» propulse les Stuffed Foxes dans les hautes sphères d’un rock subtile et massif qui n’a vraiment pas besoin d’attendre le nombre des années pour se hisser à un niveau de créativité à l’égal de bien de grands groupes au-delà des frontières. Le magazine Rolling Stone ne s’y est d’ailleurs pas trompé et on peut sans trop de risque parier une mousse que faire écouter «Songs/Revolving» à une palanquée de mancuniens ou de new-yorkais en vadrouille sans leur dire la phrase qui tue («C’est un groupe français, écoute») vous garantira un grand moment de confraternité alcoolisée (ou pas) jusqu’au moment fatal où vos nouveaux potes apprendront que, bah, c’est un groupe français, et qu’ils ne pourront plus reculer après avoir encensé cette face A absolument parfaite.

Après 4 titres qui vous apporteront chaleur et bonheur viendra le moment crucial où il faudra se lever pour aller retourner le 33 tours et voir si c’est une blague ou si les Stuffed Foxes sont capables de tenir la barre sur une autre face. Qui s’y colle ? D’abord c’est la stupeur : le silence qui suit les Stuffed Foxes est sans doute des Stuffed Foxes, pour paraphraser la fameuse sortie de Sacha Guitry sur Mozart, mais ce qui est certain c’est que le silence qui suit cette face A est à savourer car il permet de redescendre un peu et de mesurer ce qu’on vient d’entendre, de le digérer et de tenter de s’en remettre. Car l’expérience fut brève et intense et on se dit que c’est le 4 titres parfait dont on n’aurait pas osé rêver.

Bref, un brave finit par se lever pour retourner la galette parce que tout le monde veut entendre la suite de la belle histoire que les Stuffed Foxes ont commencé à nous raconter. C’est une drogue dure et le manque nous fait déjà mal au ventre. Et là, les facétieux Tourangeaux déroutent, offrant de nouveaux paysages inattendus, dont un trip psychédélique classieux nommé Track 6 dont le final cloue littéralement sur place. On se demande alors si notre cerveau malade peut encore en supporter davantage et on appréhende comme il se doit le morceau de fermeture : d’une part parce qu’on n’a pas envie de quitter ce monde rassurant et plein de surprises, mais aussi parce qu’on se demande vraiment comment tout ça peut se terminer.

Autre option : bourré et/ou tétanisé par ce qu’il vient d’entendre, le bougre qui s’est dévoué ne trouvera pas la force/les neurones pour retourner la chose et remettra indéfiniment la face A et on pourra oublier toute la laideur du monde jusqu’au petit matin.

Une chronique d’Ultra Skimming Touraine

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