Culture

La Compagnie Créole à Veigné le 13 juin :

Et dans l’Indre coulait du rhum arrangé…

C’est une vieille histoire dans ma famille : en randonnée, ma mère sait très bien qu’après de nombreux kilomètres dans les champs ou les bois, lorsque j’entonne «ça fait rire les oiseaux/ça fait chanter les abeilles» ou «comme dans les tableaux/du Douanier Rousseau», il va être grand temps de rentrer à la maison avant que ça ne dégénère.

Bande-son de nos banquets miteux dans de glauques salles des fêtes rurales, comme de nos laisser-aller les plus inavouables, l’œuvre (majeure) de La Compagnie Créole fait partie d’une manière ou d’une autre et qu’on le veuille ou non, de notre patrimoine national comme de nos minuscules existences individuelles. Le 13 juin 2015, on pourra soit aller à Aucard, soit voir la Compagnie Créole EN VRAI, à Veigné.

EXCLU LE PORTFOLIO 37° : En attendant ce concert, le rond-point à l’entrée de la ville nous a fait rêver.

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Qui n’a pas vécu ces fins de soirées dansantes interminables où Tonton Robert, la chemise auréolée sous les bras et la moustache dressée, faisait sautiller la généreuse poitrine de la coiffeuse de la place de la Mairie, alors que l’organisateur de la soirée Saucisses-frites du comité de fêtes regardait sa montre avec insistance et le DJ avec des yeux noirs, tout en gérant la viande soûle qui se battait sur le parking ?

Y avait pas que la new wave dans les 80s

Même si pour emballer dans les eighties, il fallait attendre la séquence slows avec un bon vieux Phil Collins, pour pré-emballer il fallait savoir marquer son territoire sur le dancefloor pendant les morceaux de la Compagnie Créole. Si la chemisette à fleurs n’était pas forcément un must, elle était indéniablement un plus qui pouvait faire la différence (malgré le risque de se faire traiter de tarlouze par le mécano de la rue de l’église sur le susnommé parking).

Phénomène musical certes, mais phénomène sociologique, voire anthropologique, qui pourrait sans aucun problème faire l’objet de thèses de 800 pages, La Compagnie Créole pourrait faire partie du patrimoine immatériel selon les critères de l’Unesco.

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Et les notables s’encanaillèrent (un peu)…

Seule formation musicale à avoir réussi l’impossible pari de faire entrer un peu de fun dans les tréfonds de la petite-bourgeoisie de province, La Compagnie Créole a en outre permis à pas mal de coincés en tout genre de se trémousser n’importe comment sans avoir peur du ridicule et à différentes classes sociales habituées à se regarder en chien de faïence à la Fête de la Saint-Jean de se renifler d’un peu plus près.

Version musicale du fameux «ami noir», alibi faux-cul des racistes non assumés, les 45 tours de la Compagnie Créole à défaut de «bon chic» faisaient dès 1983 indéniablement «bon genre» dans la discothèque, aussi maigre soit-elle, de n’importe quel réac de base qui voulait convaincre de son ouverture d’esprit.

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2015. Plus de trente ans et quelques millions de disques vendus plus tard, le fan de base de la CC a pris du bide et des rides, mais leurs tubes restent «so cool» tout en ayant séduit toutes les générations suivantes. Faites une expérience très simple : passez «ça fait rire les oiseaux» à un enfant de 6 ans et observez sa réaction. La «Lambada» ou la «Macarena», pâles descendants poussifs des monuments de la Compagnie Créole, peuvent vraiment aller se rhabiller une bonne fois pour toutes.


Un degré en plus

> Concert à Veigné, Pré-Vergé, le samedi 13 juin 2015 à 20h30, 20 euros, gratuit pour les moins de 13 ans (le virus peut s’attraper dès le plus jeune âge, à ce prix-là n’hésitez pas à exposer vos gosses à la chose)

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