Culture

Jungle Bouk sublime l’instant

A l’aise dans le presque-silence, la clique de Tatiana joue avec l’espace sonore comme un chat taquine les rayons du soleil : avec une infatigable insouciance, une grâce désintéressée.

Loin des sets surformatés où l’imprévu n’a quasiment aucune chance d’advenir, celui des Jungle Bouk ce vendredi 22 juillet à la Guinguette de Tours-sur-Loire côté «Foudre» joue avec l’atmosphère du soir et le trio se fiche totalement du fait qu’un tiers du public raconte sa journée de boulot à ses potes, qu’un autre tiers fasse la queue au bar et que seul le dernier l’écoute avec attention.

Pas trop fort, se confondant parfois avec l’air ambiant et le vent dans les arbres, les percussions frivoles répondent au Rhodes qui fait coucou à la guitare (parfois transformée en basse de fortune). Pour Jungle Bouk, occuper l’espace sonore ne veut pas dire jouer au concours de celui qui a la plus grosse ou qui crache le plus loin, mais juste se poser là, comme un oiseau sur une branche. Tu t’arrêtes deux minutes dans ta vie de malade et tu te fais happer par ces douces mélodies, tant mieux ; tu passes devant la scène sans même voir qu’un groupe est en train d’y jouer, tant pis. La vie est si courte. Jungle Bouk, si tu le veux bien, te la rallonge un peu.

Quelque part entre Julie London et Pink Floyd, en passant par une case jazz impalpable et par des petites montées d’adrénaline tentées par une dérive noisy pop (Slowdive, Bark Psychosis), voire quelques accents trip hop (Doctor L notamment – pour le travail sur la batterie – et le premier album de Morcheeba pour la voix).

Insaisissable tout ça en tout cas, un peu comme le chat du début de cette chronique. Jungle Bouk se joue du temps qui passe et caresse le silence dans un griffonnement invisible, un geste gratuit, une ombre qui passe et s’efface.

Un degré en plus

> Ecouter Jungle Bouk

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Crédits photos : Laurent Geneix pour 37°

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