Culture

Hélas! : «Janvier» toute l’année

Incandescente et majestueuse dès les premières mesures du premier morceau, la noisy pop polyphonique et fulgurante de Hélas ouvre une nouvelle page réjouissante du rock hexagonal, quelque part entre la résurrection d’un Marc Seberg décomplexé, de Go-Betweens énervés et de Pale Saints devenus francophones. A son origine : l’écriture mûre et affirmée de l’auteur compositeur Achille Banovsky, électron libre élevé au violon classique et biberonné au rock indé US, qui a troqué une carrière d‘ingénieur formatée contre une géniale aventure musicale aux côtés de trois acolytes particulièrement inspirés.

Achille et Etienne se sont rencontrés à Jazz à Tours en 2011, à l’époque de la naissance de Général du Gaulle (le groupe, pas le mec qui a dit non), première formation d’Achille Banovsky. A la fois esthète et fin stratège, Achille s’est posé beaucoup de questions sur son orientation musicale par rapport à un pré-supposé «public français». Après avoir découvert le néo-folk avec des groupes comme Beirut ou Sufjan Stevens, il affine son projet et fait des choix.

Au final, dans le chant, grave dans les deux sens du terme, il y a aujourd’hui du Chamfort, du Rodolphe Burger, un soupçon d’Armand Méliès et de Manset ; côté textes, on pense aux injustement oubliés Collection d’Arnell Andrea, les alexandrins en moins, et du Dominique A, en plus concis.

Totalement addictive, l’épopée musicale où nous entraînent les cinq titres de cet EP ressemble à une longue histoire qu’on réclame tous les soirs à son papa ou à sa maman pendant des années pour s’en nourrir sans jamais s’en lasser, un maëlstrom de sensations physiques et intellectuelles, un bouillon de réminiscences délicieusement douloureuses (ou inversement), potion magique dans laquelle tout mélomane normalement constitué rêverait de tomber dès la naissance.

Bref, un nouveau chapitre miraculeux dans l’histoire de la scène tourangelle.

Morceaux choisis

«Je suis originaire de la région de Châteauroux et un jour j’ai senti que je devais partir vers d’autres horizons. J’avais le choix entre Orléans, Paris, Limoges et Tours. J’ai opté pour Tours et je ne l’ai jamais regretté depuis.»

Etienne

«Je suis né dans une atroce banlieue du sud parisien riche en talents, qui a vu apparaître les 2BE3 et Dieudonné (sic!). Puis je suis arrivé en Touraine vers l’âge de six ans et j’ai commencé le violon au Conservatoire.»

Achille

«Après deux semaines en Fac de Musicologie, j’ai intégré une formation à Tous en Scène. Là j’ai passé une audition un peu surréaliste où on m’a demandé de jouer un petit truc à la batterie et où, au bout de trente secondes on m’a pris en cours de batterie et percussions.»

Etienne

«J’ai grandi avec les disques de la scène indépendante américaine du début des 90s, des Pixies aux Smashing Pumpkins et de Sonic Youth aux Red Hot Chili Peppers.»

Achille

«Ok pour que tu arrêtes tes études pour faire de la musique, mais à condition que tu le fasses vraiment sérieusement.»

Les parents d’Etienne

«J’ai démarré la basse au lycée. Puis j’ai fait l’Ecole des Mines à Paris. Dès la première minute de la première heure de cours, j’ai su que je n’avais rien à faire là. J’aimais les sciences théoriques de la prépa, mais j’ai détesté les sciences appliquées.»

Achille

«S’il y a quelqu’un qui ira loin dans cette promo, c’est toi…»

Le directeur de Tous en Scène à Etienne au bout d’un an.

«Je suis arrivé à Jazz à Tours en 2008 juste après avoir obtenu mon diplôme d’ingénieur. Je me suis retrouvé en décalage avec les jeunes élèves de ma promo. J’ai fait une formation de deux ans. J’ai plus fait une recherche musicologique que j’ai pratiqué l’instrument.»

Achille

«Je suis passé par Jazz à Tours vers 2009, puis très récemment j’ai suivi une formation intensive sur mesure à Nantes avec Emmanuel Gourmaud. Je l’ai trouvé sur internet en cherchant un prof qui avait une approche à l’américaine de l’enseignement de la batterie. Son école s’appelle La Groove Academy, un nom bien pourri, mais un enseignement de haut vol.»

Etienne

«J’ai ramené un pote à moi de l’école d’ingénieur et on a monté Général de Gaulle. Il est aujourd’hui guitariste de Hélas.»

 Achille

 «Chez les Boys in Lilies, je n’interviens pas dans la composition, seulement dans les arrangements de guitares, les lignes de batterie. Et je fais un peu le manager aussi, même si c’est un bien grand mot. Disons que je centralise les infos et je mets des gens en relation.»

Etienne

« J’écris souvent la grille harmonique et la ligne mélodique ; c’est Jérôme le guitariste qui récrit les accords, le jeu de batterie c’est Etienne et Raphaël compose toutes les parties de cordes.»

Achille

«Je ne me verrais pas écrire dans une langue où je n’arriverais pas à sentir le poids littéraire des mots. Du coup chanter en anglais pour moi reviendrait à faire du remplissage.»

Achille

«Pour cet EP, nous avons enregistré en direct ensemble la basse, la guitare et la batterie, nous aimions cette idée d’être ensemble dans cette captation de notre musique.»

Etienne

«Si je dois donner des influences récentes en groupes français, je citerais Diabologum que j’ai découvert récemment. Et Fauve bien sûr, qui a été une grosse claque.»

Achille

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Pour couronner le tout, l’objet est superbe, un visuel obtenu auprès de la Bibliothèque Nationale grâce à la feinte du violoniste, étudiant au CESR.

Une édition limitée à 100 exemplaires en vente notamment à Tours à l’Instant Ciné.


> Un degré en plus :  

Les paroles de «Janvier»

Broie, pleure, et plie-toi

Juste pour voir où cela nous mène

Comme des feux de bois

Embrasent des villes entières

On ira jusqu’au bord

Là où l’eau s’en va

Danser sur le pont

Mourir au combat

Sur ces eaux descendre

Lentement ce sang

Sur nos os s’étend

Dressées devant toi

Comme autant de silhouettes

Toutes ces filles de joie

Marchant sur la tête

Ne t’arrête pas mon ange

Sous le miroir aux alouettes

Celles qui s’y reflètent

Dans la file se rangent

Sur ces eaux descendre

Lentement ce sang

Sur nos os s’étend

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