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[Cinéma] Regards #9 Fences, Tu ne tueras point & Manchester by the sea

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

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Fences (Drame américain)

De Denzel Washington

Avec Denzel Washington, Viola Davis, Jovan Adepo et Russell Hornsby

Viola Davis a reçu l’Oscar 2O17 du meilleur second rôle féminin (l’épouse de Troy).

fences(Ndlr : L’affiche du film est en noir et blanc, mais le film est en couleurs)

Un ancien grand sportif, Troy Maxson, a vu son rêve professionnel périr et s’est acquitté d’une vie de besogne et de droiture, en véritable patriarche aigri, insensible et égocentrique.  « Fences » dépeint l’histoire de cette petite famille Maxson, fragile, recluse autour de Troy.

Comment tenir le cap’ fièrement lorsque l’on a du rebondir là où l’on avait tout perdu ? Faire naître de l’échec la résilience et la tête haute, se sentir vainqueur, grâce au pouvoir salvateur que la place de chef de famille octroie ? De sacrifices en sacrifices, … Troy explose, n’en peut plus de subir sa vie se résumant à construire la barrière du patio, prévoir les frais de la toiture, compter ses centimes de dollars des fins de mois. Alors il explose devant sa femme, devant ses deux fils, pour crier qui il est, tout ce qu’on lui doit, et tout ce qu’il exige d’eux…

Denzel Washington réussit à évincer les écueils étouffants du théâtre filmé. C’est pourtant du théâtre filmé…c’est même l’adaptation de la pièce que Denzel et Viola ont joué ensemble sur scène, et que Denzel a souhaité retranscrire. Il a bien fait, car c’est bien fait. En deux points : d’abord le huis clos se passe à la maison, soit en scènes d’intérieur salon/cuisine, formant une mini cloison/corridor, minuscule emplacement des vérités pointées, soit la plupart du temps dans la toute petite cour, dont le décor est tout aussi viril que faillible, et où les fous rires et les gueulantes n’ont de cesse d’intervenir. Gueulantes : Troy gueule seul ; Troy gueule sur ses deux très grands fils ; Troy se fait gueuler dessus par sa femme, et Troy gueule alors sur sa femme. C’est le clou du film : Viola Davis campe cette mère courage et aussi fière et droite que l’est son mari, mais avec une capacité de résilience plus ravalée et un sens accru du devoir. Une « mama » charismatique et parfaite. Un talent et un investissement dingues.

On regrettera de ne pas vraiment adhérer aux monologues intarissables de Denzel Washington, logorrhées vaniteuses qui, certes, sont quelque peu du ressort du rôle, mais…bon.

Sensiblement, « Fences » offre des prestations bouleversantes de la part du duo Washington-David, prestations basées sur un texte porteur et fédérateur, et, donc, tout à l’honneur de Viola Davis, magistrale.

Un film à l’affiche dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).


« Dimanche dernier a eu lieu la Cérémonie des Oscars à Hollywood. Pour rendre hommage à quelques films primés qui ne passent plus en salles actuellement, Stéphanie Joye vous propose son regard sur « Manchester by the sea » et sur « Tu ne tueras point », deux films qu’elle vous recommande en DVD ou location de films. Les deux grands films vainqueurs des Oscars, « Moonlight » (meilleur film) et « La la land » (actrice, réalisateur, décors, musique…) figurent déjà parmi les critiques antérieures de notre rédactrice.

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Tu ne tueras point (DrameGuerreBiopic australien-américain)

De Mel Gibson

Avec Andrew GarfieldVince VaughnTeresa Palmer 

Le film a remporté deux trophées aux récents Oscars 2O17 : ceux de  meilleur montage et de meilleur mixage de son.

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Une histoire vraie dans l’HISTOIRE .

Desmond est un jeune soldat américain qui s’engage dans l’armée en y imposant son refus de tuer et de tenir une arme. Il n’a pour seul but que celui de sauver des vies en étant médecin. Rossé par sa troupe comme par ses supérieurs, il ne fléchit pas, et, durant la bataille d’Okinawa sur l’immense falaise de Maeda, il réussit sa mission, tel un miracle de Dieu…

Un grand film, dans la lignée de « Il faut sauver le soldat Ryan » de Steven Spielberg, réussissant tour à tour à faire rire, à émouvoir, à captiver, puis à terrasser. Mel Gibson, une fois passés « Braveheart » et « La passion du Christ », revient encore avec ses valeurs chrétiennes, ses convictions (tu ne tueras point), mais surtout à travers un film d’une puissance inouïe. Histoire réelle que celle de ce héros, Desmond, incarné par le jeune brillant Andrew Garfield, que l’on suit, éberlué. La réussite de ce film tient en grande partie à son campement en deux temps : l’un permettant de dresser un portrait subtil de Desmond, mais aussi celui de quelques soldats, et l’autre, pour la seconde moitié du récit, d’entrer sur le terrain à proprement dit de la seconde guerre mondiale. Et le pire, c’est que les scènes de guerre sont si époustouflantes que nous y sommes… Elles sont particulièrement sauvages, d’une violence aussi hallucinante, dévastatrice que réaliste, figeant nos regards de spectateurs avec stupeur et oubli de soi. En ce sens, la mise en scène est ahurissante. Du jamais vu. Mais « Tu ne tueras point » ne se résume pas qu’aux soldats, qu’à l’adaptation d’une histoire vraie et qu’à la guerre. Il faut surtout le voir pour en extirper toute sa morale, splendide, tout son pacifisme, visionnaire, tout son humanisme, vainqueur.

Manchester by the sea (Drame intimiste américain)

De Kenneth Lonergan

Avec Casey AffleckMichelle Williams, Lucas Hedges, Kyle Chandler 

OSCARS 2O17, deux trophées :

Meilleur acteur : Casey Affleck

Meilleur scénario original

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Lee Chandler, ouvrier trentenaire, bosseur, seul, abattu, apprend le décès soudain de son grand frère Joe. Et sa soudaine responsabilité, en tant que tuteur désigné, envers son neveu Patrick. Ces évènements vont faire ressurgir un passé tragique, tout ce qui l’a séparé de Manchester, et aussi de sa femme Randi, qui a refait sa vie…

Un écrin cinéphile, intense et somptueux en tous points : le scénario est aussi sobrement intelligent qu’il est dense. Aucune scène n’est secondaire. Toutes les situations sont justes, réalistes. Les émotions sont profondes, guère en surface, épidermiques. Digne délicatesse de la résilience. Les dialogues sont tendus, beaux, remarquables. Le si touchant Casey Affleck : sa mise en scène, son texte et son jeu d’acteur, tous sidérants, créent une fusion superbe. Ce comédien est magnifié. Il porte ce drame dévastateur sur des fondations en béton. Une trame habile et savamment tissée en flash-backs nécessaires, pour autant de pudeur que de vérité éclatée, pour autant d’envie d’aller dire je t’aime à tous ceux que nous aimons. Kenneth Lonergan va lever le voile en douceur sur ce qui jadis a anéanti cet homme. Il a instauré sur ce film une signature personnelle très forte, et remarquable. Car si « Manchester by the sea » est un grand drame, poignant, il se refuse à tout moment de tomber dans le larmoyant, et, même si la pudeur et la dignité y pallient, rien ne bascule, à l’inverse, non plus, dans la rigidité.

Un petit chef-d’oeuvre à l’âme troublante. L’un des plus beaux films de l’année 2016.

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