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[Cinéma] Regards #6 Jackie et Moonlight

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Jackie (Film américain, Biopic, Drame)

De Pablo Larraín (le réalisateur chilien des récents « Neruda » et « El club »)

Avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig, Billy Crudup, John Hurt, Caspard Phillipson…

jackie

John Fitzgerald Kennedy, 35ème président des États-Unis, est assassiné à Dallas le 22 Novembre 1963. Sa femme, détruite, s’accroche pour délivrer une sépulture in-extremis digne de sa grandeur et digne de sa mémoire dans l’Histoire de l’Amérique.

Voici un portrait intimiste brillant, fort et digne, sur Jackie Kennedy. Le film est précis dans l’organisation funèbre et dans l’histoire gouvernementale américaine, délicat dans l’empathie qui entoure la Première Dame, et authentique dans la palette des émotions que cette dernière exprime…

Le scénario retrace précisément les quatre jours que Jackie a vécus après la mort de JFK. En son cœur, l’évènement monstrueusement tragique est vu et exprimé par cette femme admirablement courageuse.

Natalie Portman, nommée à l’oscar de la meilleure actrice, livre une prestation intrigante et convaincante. Poignante. A la fois sensible et terrienne. Sa souffrance intime. Sa force publique. Le travail de sa voix, de ses poses, de ses maintiens et de ses réactions, dénués de tout mimétisme, prouve l’ampleur cruelle et difficile qu’a pu être l’immersion dans le rôle. Le résultat est fascinant.

Quant à l’enjeu du film, il n’est ni larmoyant ni prétentieux, loin s’en faut. Intense, subtil, il est ancré dans l’Histoire avec une justesse didactique. Jamais un biopic (une mode un peu rasoir) n’a soulevé un vécu tragique avec une telle intelligence et une telle sobriété « efficace ». Pas d’allocutions. Des discussions très privées inéluctables. Une mise en scène vertigineuse. Un casting au sommet. Une actrice au panthéon de son art. Le tout pour une œuvre marquante et nécessaire.

(Ndlr : Jacqueline Kennedy-Onassis, née Bouvier, est décédée en 1994).

(Ndlr : Notre rédactrice critique de films Stéphanie JOYE a participé en tant que peintre aux décors du film)

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).


Moonlight (film américain, drame)

De Barry Jenkins

Avec Alex R. HibbertAshton SandersTrevante Rhodes, Mahershala Ali, Naomie Harris, Janelle Monae, Andre Holland, Alex R. Hibbert, Jaden Piner, Jharrel Jerome

moonlight

Golden Globe 2017 du meilleur film dramatique.

Il s’agit de l’adaptation de la pièce de théâtre « In Moonlight Black Boys Look Blue » de Tarell Alvin McCraney.

Après avoir grandi meurtri et rejeté dans un quartier pauvre et difficile de Miami, auprès d’une mère droguée, Chiron, jeune homme black gay, surmonte sa vie dans un ghetto de trafic…

Chiron traverse des tempêtes et se heurte aux bassesses des individus pour qui violence rime avec grandeur. Sa mère est une illusion, sans affect, mordue par ses substances, écrouée avec elle-même. Du cheminement de Chiron vers l’âge adulte, on pourrait s’identifier, à un moment, quelque part.

Non pas qu’il y ait un propos universel, mais le film touche par sa profondeur.

Car la caméra de Barry Jenkins a scruté ce parcours, de l’enfance à l’âge adulte, à travers les trois bouleversants acteurs qui incarnent Chiron aux trois différents âges. Il est question de la quête d’identité, douloureuse, de la liberté, impalpable, et d’une magnifique histoire d’amour, déchirante.

Nous assène-t-on de clichés ? Non. Ils sont totalement évincés, au profit de la sobriété d’un scénario fluide, et d’un positionnement rare, singulier. Les superlatifs sont nombreux pour évoquer « Moonlight ». L’émotion y est lyrique (la bande-son, aussi). La douceur, élégante. C’est un film qui, malgré la dureté combative qu’il donne à voir, est rayonnant et délicat, sensible et humaniste, puisqu’il soulève la notion de l’homosexualité masculine entre silences et intelligence viriles. La force du film réside en sa vision sociale moderne, sans stéréotypes. Juste à la fois sauvage et touchée par la grâce. On en ressort apaisé et attendri.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet).

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