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[Cinéma] Regards #4 Vaiana et Jamais contente

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Vaiana, la légende du bout du monde
(Film américain d’animation, aventure)
De John Musker et Ron Clements
Avec les voix françaises de Mareva Galanter et Anthony Kavanagh
A partir de 6 ans

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Plus aucun marin explorateur, comme il en fut il y a 3000 ans, ne voyage dans l’Océan Pacifique, pour y découvrir les îles de l’Océanie… Une jeune fille, Vaiana, elle, veut revenir sur les pas de ses ancêtres et sauver son peuple. C’est pourquoi elle part très courageusement en mer effectuer une immense traversée, introspectrice et émancipatrice.

« Vaiana » pêche par manque d’originalité, tant à travers son histoire alambiquée qu’avec la personnalité convenue de chacun de ses protagonistes. Mais quant à la référence au peuple Maori tatoué, au culte des dieux et à la beauté des Vahinés de l’île, il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un film d’animation dont l’idée initiale s’avère être séduisante. Plus encore, tout le travail des effets spéciaux est vertigineux : des vêtements hyperréalistes portés par l’héroïne, jusqu’au moindre fil de dentelle, à, surtout, tout le visuel en mer, qui nous éclabousse de prouesse technique et de magnificence miroitante, céleste, ondulatoire. Cela explose de vitesse, de féérie et de remous dans les bas-fonds de l’océan, comme de scintillement planant à la surface des raies mantas… l’esthétisme atteint une splendide perfection. Et pourtant, au total, l’ennui nous gagne, nous, parents, et même enfants de plus de sept ans! On reste sur une note amère car l’aventure n’est pas bien exploitée. On reste également sur une fausse note d’une B.O. horripilante et redondante à souhait, comme on en a rarement écoutée ! Le constat s’avère donc très mitigé, et c’est loin d’être un très bon Disney. Mais il reste étonnant à voir, pour la beauté émotionnelle procurée lors de splendides nuitées étoilées sur la nappe marine.

Jamais contente (Comédie française)
De Emilie Deleuze
Avec Léna Magnien, Patricia Mazuy, Philippe Duquesne, Catherine Hiegel, Alex Lutz
Scénario adapté du « Journal d’Aurore », ouvrage de jeunesse de Marie Desplechin

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Aurore est une mini ado de 13 ans, qui ne supporte ni son père ni sa mère (qui veulent la mettre en pension) ni ses sœurs ni elle-même. Elles nargue ses profs et a peu de potes, sauf peut-être ceux, plus vieux, qui veulent la faire chanter dans leur groupe de rock. Bref, sa vie est archi-pourrie.

C’est une comédie un peu décevante et trop molle pour traiter du sujet qu’est ce passage si particulier de l’enfance à l’adolescence, bien souvent énervant, rebelle et maugréant sans parcimonie. S’il est fantasque, assez drôle, « Jamais contente » est à priori au moins sincère, donc crédible (sauf le groupe). Léna Magnien, à peine intéressante, prête son « bougonnisme », ses convictions et ses déconvenues à ce portrait philanthropique auto-centré qui rame en surface. Fort heureusement, des personnages très bons sont campés par Philippe Duquesne (des Deschiens), Catherine Hiegel (« La vie est un long fleuve tranquille »), et Alex Lutz (la Catherine du duo « Catherine et Liliane » du Petit journal de Canal +). Mais Emilie Deleuze, fille du philosophe Gilles Deleuze (excusez du peu), ne décortique pas… Une voix off inefficace. Pas d’analyse. Pas de vrais tourments. Juste, ça râle. Et cela ne nous apprend rien (…que l’on est plus heureux en tentant de lire puis de s’accomplir ?). Nous sommes loin de la fraîcheur authentique de « La boum » de Claude Pinoteau (1980, et pas une ride). Ou de la délectation offerte par « Les Beaux Gosses » de Riad Sattouf (2009), dans lequel on découvrait l’excellent Vincent Lacoste, boutonneux, râleur, ado beauf de 14 ans sillonnant la vie de ses yeux d’abruti, entre roulage de pelles, appareils dentaires, filles en fleurs et mère intrusive dans sa pudeur et son intimité sexuelle naissante. Trash, somme toute, mais d’une grande réalité, et de plein fouet ! Plus gentillet, le « Journal d’Aurore » peut faire passer un joli moment en famille, … ou, entre petits juvéniles anti-famille.

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