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[Cinéma] Regards #3 : Primaire et Nocturnal Animals

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Primaire (Comédie dramatique française)
De Hélène Angel
Avec Sara Forestier, Vincent Elbaz, Patrick d’Assumçao…

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Un portrait nervuré et passionné d’une professeure des écoles (Florence, jouée par l’excellente Sara Forestier) vibrant pour ses élèves. La réalisatrice, Hélène Angel, elle-même institutrice aux grands idéaux, a su donner un ton qui sonne plutôt juste, négligeant toute bribe caricaturale du métier, des enseignants, AVS, enfants, de l’école. Florence reçoit dans sa classe de CM2 un enfant en difficulté, Sacha. Elle bouscule sa vie personnelle à cause de sa dévotion envers lui. Son propre fils, également dans sa classe, et ses aspirations ancrées en pâtissent tant que le chemin s’avère alors très difficile. Sensible, « Primaire » touche au cœur. Tour à tour drôle, émouvant et constructif, le film repose sur la personnalité de Sara Forestier, maîtresse dans l’art du naturel tantôt posé, tantôt explosif, toujours enthousiaste et énergique. Son îlot d’enfants baigne sur ses traits de caractère, d’une vérité créditée. Malgré, parfois, quelques tendances lacrymales superflues, ainsi qu’une fin du film très lourde et décevante, on nous transporte de confiance en l’avenir, de joie et de générosité. On apprend à n’importe quel âge… Et l’on a envie de revisionner « Etre et avoir », le film documentaire de Nicolas Philibert, et « L’argent de poche » de François Tuffaut, dans la foulée…

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet)


Nocturnal Animals (drame, thriller américain)
De Tom Ford
Avec Amy Adams, Jake Gyllenhaal et Michael Shannon
Grand Prix du jury à la Mostra de Venise
Adapté d’un roman d’Austin Wright

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Deuxième long métrage de Tom Ford, styliste ancien couturier de Gucci, célèbre Maison de Haute Couture.

Susan est délaissée par son riche mari et s’ennuie. Elle reçoit un colis, un livre dédicacé de son ex-mari Edward. Seule, émue, elle lit ce récit ultraviolent, histoire de gang, kidnapping et cauchemars, en forme de vengeance qui lui réveille son passé enfoui.

Tom Ford coud et découd ses étoffes, aux variantes texturées, au gré de son histoire un peu cousue de fil blanc, parfois un peu plus vide qu’elle n’est sombre. A trop vouloir terrifier en imposant des clichés, à trop miser sur de splendides effets visuels pommadés d’explosion de culture (peinture, mode, écriture, décoration…), et, enfin, en brossant le poil lisse d’un casting cinq étoiles (Jake Gyllenhaal « Le secret de Brokeback Mountain » et Michael Shannon « Midnight special »), le film étouffe parfois et ne va plus nul part, du moins il ne se forge aucun sens et tisse l’écueil d’un scénario retors. Paradoxalement, la pièce maîtresse de « Noctural animals » c’est la beauté formelle en toute circonstance, l’or dans les doigts du styliste épinglant un monde sexy, sophistiqué, glacial et satirique (culte de la beauté) incarné par Susan (directrice d’une galerie d’art à Los Angeles), en proie à la sauvagerie macâbre d’Eward. La dualité des univers fonctionne donc très bien grâce à la maîtrise de l’esthétisme. Le film n’en reste donc pas moins envoûtant, étrange, fascinant même dans sa volonté d’une mise en abîme plongeant la mélancolie dans la violence. Mais il n’aurait pas pour autant, espérons-le, le culot de prétendre suivre l’exemple du grand David Lynch. Attention aux âmes sensibles.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).

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