Culture

[Cinéma] Regards #27 Barbara et Patti Cake$

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Barbara (Drame français)

De Mathieu Amalric

Avec Jeanne Balibar, Mathieu Amalric, Vincent Peirani …

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Alors que les hommages à la chanteuse disparue il y a vingt ans sont d’actualité, un auteur de cinéma, fasciné par Barbara, remonte jusqu’aux années 70, dans lesquelles il débusque des archives qui le font avancer dans l’écriture de son scénario. Lorsqu’il se lance dans la réalisation, constructivement élaborée, c’est autant fasciné par le mythe de cette femme que par l’actrice l’interprétant qu’il chemine dans les étapes de son film. Le travail profond de Brigitte l’impressionne, au point de trouver la ressemblance totalement confondante …

Mathieu Amalric réussit un beau projet arrimé : il filme son actrice (Jeanne Balibar, son ex-femme dans la vie) jouant elle-même le rôle d’une actrice qui incarne pour le cinéma la grande chanteuse Barbara. On assiste au travail de comédienne en préparation, émouvant, sophistiqué et authentique à la fois, chant et piano (Balibar), répétitions, mimétisme vertigineux travaillé jusqu’au port d’un châle ou aux points de tricots dans la voiture. La magie opère grâce à l’intégration judicieuse des chansons aux bons moments (même en songes). Ensuite, grâce au côté habité de Barbara, à la fois par Brigitte mais aussi par son metteur en scène opiniâtre : le duo qu’ils forment au travail est méticuleux et étourdissant. Jeanne Balibar, entière, est le véritable double de la chanteuse : c’est à l’aune de l’aura puissante de cette dernière qu’elle se mesure aux moindres détails de façon bluffante. La réussite de cette interprétation hors-norme repose sur une mise en scène douée de sureté et d’assise, qui dézingue l’idée de biopic au profit d’un portrait de portrait désenclavé. A tel point que, sans cesse, Balibar et Barbara, entre réalité et fiction, jeux de miroirs d’archives et ré – appropriations, ne font qu’une : un jeu de style inédit et troublant. Enfin, Mathieu Amalric, en réalisant son septième long-métrage, rend aussi hommage aux métiers du cinéma. Et même si le dernier tiers lasse un peu, Barbara est une démonstration de la transcendance faite chanteuse et actrice. Autour du portrait dans lequel on plonge corps et art, le travail dépeint est un raffinement enchanteur.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).


Patti Cake$ (Comédie dramatique américaine)

De Geremy Jasper

Avec Danielle Macdonald, Bridget Everett, Siddharth Dhananjay

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Un trio d’amis décide de former un groupe de rap-slam bien décidé à fuir son quotidien aussi morne que démuni. En son cœur, il y a Patricia Dombrowski, alias Killa J., la mal surnommée Dumbo par les sales jeunes machos concurrents de sa banlieue du New-Jersey. De battles en battles trash, ce sera finalement cette « Patti Cake$ » âgée de 23 ans qui imposera sont talent tenace au phrasé cru et poétique à la fois. Si elle est affublée d’une grand-mère déclinante, pleine d’humour de soutien et d’amour, elle est, en revanche, mal lotie avec sa mère solo et destroy qui repose sur son épaule. Patti Cake$ rêve de rencontrer sa star du rap, OZ, et de tout prouver sur une scène. Supportant ses boulots piteux et les médisances sur son obésité, elle se rêve portes ouvertes l’extirpant du désordre monumental dans laquelle elle vit.

Imposer au sein d’une communauté de jeunes rappeurs une slammeuse blanche (« white trash » : « raclure blanche ») et en surpoids est un pari gonflé. Gonflé de tendresse, de drôlerie, de finesse, et d’authenticité inattendue. Sous fond de regard social face à la différence (physique et identitaire), Geremy Jasper contourne les codes du milieu hip-hop pour mieux s’attarder sur le courage et l’amitié. Ajouté au talent (Danielle Macdonald est exceptionnelle et bouffe l’écran), cet adage fait force sans mièvrerie ni convenance, bien loin du stéréotype redouté. On est porté par cette jeunesse à la fois soucieuse et galvanisante. Le film est très singulier et n’entre dans aucune case. On prend beaucoup de plaisir à suivre Patti Cake$ à la lettre, à la voir se mouvoir et s’entrevoir, tantôt douloureusement, tantôt légèrement, toujours passionnément. Geremy Jasper doit tout à son actrice et à ses deux acolytes, débordants de complicité. Ce feel good movie gagne le cœur du public, ravit les amoureux du genre musical et en éveille d’autres. Les illusions oniriques de Patti avec OZ sont grandioses … On regrettera des temps morts (plusieurs scènes auraient pu être coupées au montage). Reste que ce premier long-métrage est une jolie réussite, vivifiante, et que Danielle Macdonald est un beau talent à suivre.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).

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