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[Cinéma] Regards #23 Djam, Walk with me, Ciel rouge

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Djam (Drame franco-greco-turc)

De Tony Gatlif

Avec Daphne Patakia, Maryne Cayon, Simon Abkarian

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Grèce. Kakourgos, un ancien marin tenancier de bar, envoie sa nièce Djam en périple vers Istanbul. Elle y prend sous son aile Avril, toute jeune française réservée, esseulée et sans le sous, venue en Turquie pour être bénévole auprès des réfugiés. Emerveillée par le décomplexe de Djam la libre, elle la suit dans un road-trip qui les mènent vers la légèreté des rencontres en musique : ode à la vie et aux valeurs simples.

Le final est très fort et reste en mémoire. Tony Gatlif, met toujours au cœur de ses films le « guide de » la liberté (Gajo Dilo, Exil, Latcho drom, Transilvania… œuvres toutes plus sublimes les unes que les autres). Cette Liberté, il la veut faite de musique, de chant, de danse, de vie, d’exil, de rencontres et de gros grains de folie. Djam a tout cela, mais, au total, il ne prend pas tellement aux tripes, avec toute la passion et la transe que sait transmettre le réalisateur habituellement. Ne durant qu’1h37, on peut être étonné de trouver cela parfois long. Djam est jouée par Daphne Patakia. Speed, joviale, (fo)folle, désinhibée, culottée [sic] et débrouillarde. Elle baroude, fuyant une souffrance, explose d’une euphorie excessive pour se sauver, pour ne pas tomber dans le trou vertical … Djam réussira à emporter le spectateur dans une mission humaniste dont la fin a le secret. Si l’héroïne nous pommade de sa jovialité exacerbée, son amie comme son oncle sont les rôles qui la complètent. Ils sont essentiels et extraordinaires. Comme elle, ils hurlent de dedans l’âme du secours, la légèreté entre les êtres, la grâce, la chance de réussir le chemin et de s’en sortir. Ils ont une prise de conscience de la clandestinité, de l’immigration exténuée et exterminée. Dans une filmographie sans ratage, Djam a donc une place non dénuée d’intérêt puisque finement questionnée et révélée. C’est essentiellement un film très intelligent.

(En salles uniquement aux Cinémas Studio de Tours)


Walk with me (drame, romance, danois, suédois)

De Lisa Ohlin

Avec Mikkel Boe FolsgaardCecilie LassenKaren-Lise Mynster 

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Dans un hôpital, Sofie, danseuse du Ballet Royal, accompagne la fin de vie de sa tante bien-aimée. Elle rencontre Thomas, un soldat amputé des deux jambes peinant dans sa longue rééducation. Avec son énergie positive, elle décide de le faire progresser grâce à la prise de conscience corporelle qu’offre la danse. Son soutien dans la confiance sert entre eux une complicité inattendue.

Cela ne marche pas, et l’on ne se sent pas avec eux … S’il saute aux yeux que Lisa Ohlin s’efforce de ne pas créer de toute pièce une aventure sans pathos ni niaiserie, le résultat escompté n’est pas là. La lourdeur tient au manque de structure, de style et de fluidité. Un bon départ, puis une belle symbiose volontairement tardive, avec la rééducation si singulièrement coachée par la belle danseuse, ne suffisent pas. Le surgissement des démons qui hantent Thomas, non plus. L’acteur Mikkel Boe Folsgaard qui l’incarne a un jeu intéressant, sobre et élégant. Cécilie Lassen, elle, joue son premier rôle. Réellement danseuse de ballet dans la vie, elle offre au spectateur une interprétation minimaliste, et sa grâce dans le corps de ballet est comme tronquée, comme si son stress l’empêchait de livrer le maximum d’elle-même. Walk with me sied mais ne surprend guère. Emeut par moments brefs, en nous laissant sur notre faim. Emploie certains effets visuels chromatiques exagérés, dans des contextes inappropriés. N’apporte pas de réflexion sensible sur l’espérance, et stagne dans l’engoncement et la désuétude. C’est dommage, car il y avait matière à plus de profondeur, et à un présent pas forcément élucidé qui aurait pu se passer de la mièvre destinée comme épilogue.

(Le film a été projeté aux Cinémas Studio de Tours durant la première semaine d’août)


Ciel rouge (drame français)

De Olivier Lorelle

Avec Cyril Descours et Audrey Giacomini

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Guerre du Viêtnam en 46. Une vietminh se bat pour son indépendance, au cœur de la jungle, où elle est détenue par des geôliers tortionnaires. Un soldat français, Philippe, fait parti du réseau. Il est même désigné pour la torturer puis la tuer. Pacifiste, il sauve la jeune femme en s’enfuyant avec elle. En route, leurs échangent traduiront ce qu’ils sont profondément, et les feront s’aimer passionnément.

Somptueuse photo, magnifique premier plan – tableau, le rideau se lève sur une brume épaisse planante dans les montagnes et les trames boisées du Viêtnam. La musique nous caresse le visage, comme pour apaiser le sujet qui va nous être donné à voir. Et puis ? Rien d’autre. Le ciel n’est pas rouge (la pré-signature-titre l’est, elle, comme une belle esquisse lyrique), il demeure pâlot durant 1h31 (que c’est long…), fait grise mine et nous déteint dessus. Rien. Il n’y a rien. Le vide absolu. C’est endormant, déroutant et affligeant.

(Le film a été projeté aux Cinémas Studio de Tours durant la première semaine d’août)

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