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[Cinéma] Regards #14 The Young Lady et Patients

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Aujourd’hui, focus sur le gros coup de cœur filmique de Stéphanie Joye : « Patients », de Grand Corps Malade.

Patients (Comédie dramatique française)

De Fabien Marsaud (Grand Corps Malade) et Mehdi Idir

Avec Pablo PaulySoufiane GuerrabMoussa Mansaly

patients

Immersion : hospitalisation et handicap. Violence des traumatismes. Quelle bouleversante ode à la vie et à l’amitié, quelle humilité, quelle pudeur et quel humour à s’en rassasier…Quelle énergie positive malgré un sujet si tragique. Patients sont ces grands accidentés, paralysés, tétras, paras, traumas crâniens, cabossés dans leur corps et courageux dans leur très longue rééducation quotidienne. Aucun détail ne nous échappe pour le si pénible suivi individuel (se laver, boire, manger, être manipulé, assisté à toutes les mesures). Pablo Pauly prête voix et grand corps à l’inspiration autobiographique de Fabien Marsaud, le plus grand Slammeur français, qui adapte au grand écran son livre éponyme. Ecrit avec Medhi Idir, son scénario est surprenant, respectable et authentique. C’est un premier film tendre, plus fort que fragile, taillé pour les costauds de l’âme et offert comme une caresse. Ce jeune Pablo Pauly, acteur attachant, être gracieux et charmant, entouré de gaillards en fauteuils roulants, rivalise d’une verve hilarante, et nous scotche tout au long du film dans notre…fauteuil. Ben a fait une chute fatale sportive. Il ne pourra plus jamais être au haut niveau qu’il l’était. Dans ce centre, il va devoir finalement l’admettre après avoir « avancé » grâce à ses espoirs. Et grâce à la dignité commune entre les résidents qui se créent une fratrie solide, adepte de se chambrer pour mieux s’accepter. Un amour existentiel porté haut, c’est stupéfiant, c’est autrement qu’une leçon de vie puisque rien n’est donneur de leçon. L’émotion est belle, la joie et les rires si contagieux que l’on ne s’apitoie guère. « Patients » est un joli miracle cinématographique profondément honnête, généreux et sincère à qui l’on a envie de dire merci.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).


The Young Lady (film Britannique, drame)

De William Oldroyd

Avec Florence PughCosmo JarvisPaul Hilton

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Avertissement : des scènes, des propos ou des images peuvent heurter la sensibilité des spectateurs

Angleterre rurale, 1865. Epoque aristocrate froide et austère. Enfermée dans une union forcée ennuyeuse et malheureuse, Katherine, jeune femme en carcans sans espoirs, se relève très soudainement le défi de s’émanciper, de s’encanailler lors de l’éloignement temporaire de son mari, dusse-t-elle devenir pègre, perverse et sadique…

William Oldroyd évite l’écueil du traditionnel film d’époque pour son premier long-métrage. Un huis clos engoncé effroyable, adaptation d’un roman russe victorien (inspiré par Shakespeare). Aucunement mélo romanesque, « The Young Lady », œuvre très noire, bascule du drame au quasi film d’horreur macabre et sanglant. C’est le récit d’une émancipation contemplative puis violente et anti-patriarcale. Un portrait d’une grande cruauté, jouissant d’une interprétation complètement dingue et atypique, au sein d’une mise en scène stylisée, soignée, précise, et quasi sans décors. Une ambiance mitonnée d’Agatha Christie avec Alfred Hitchcock, Henry James, Michael Haneke et Quentin Tarantino, versant so British. Florence Pugh porte la dérive cauchemardesque dans chacun de ses regards, telle une Madame Bovary devenue Lady Macbeth. Plutôt que de se leurrer dans un espoir intangible, Katherine la rebelle assoiffée de domination franchit les étapes du sordide. Amoralité, manipulation, délectation : ses manigances tortueuses ont le toupet de nous faire grandement rire à de nombreux moments. La frontalité brute est malsaine à souhait, la maltraitance, déjantée. Le tout pour un grand numéro de passe-passe dans lequel on se fait tous piéger. Parfois insoutenable, souvent remuant et dérangeant, « The Young Lady » ne laisse pas indemne. Plaisant, mais ses nombreuses incohérences de concordances de situations, son irrationalisme et sa dimension somme toute assez académique et un brin absurde n’en font pas un assez bon film pour autant.

(Erratum : lors de la rédaction de la chronique, « The Young Lady » s’est retrouvé retiré trop tôt de la programmation en salle. Veuillez excuser cet inconvénient involontaire, en espérant que la critique puisse quand même vous être utile)

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