ChroniquesChroniques-Culture

[Cinéma] Regards #13 Pris de court et Sage femme

Dans Regards, retrouvez l’avis de Stéphanie Joye sur quelques films à l’affiche dans les cinémas tourangeaux. Histoire de vous donner envie, à votre tour, d’aller passer un moment dans les salles obscures.

Pris de court (drame français)

De  Emmanuelle Cuau

Avec Virginie EfiraGilbert MelkiMarilyne Canto, Renan Prévot et Jean-Baptiste Blanc.

Pris_de_court

Voilà un film remarquable quasiment incritiquable. Un film de genre. Singulier. D’abord parce que sa froideur de ton n’éloigne pas quelque climat de tendresse. Parce que son humilité n’occulte pas la force de son intrigue, bien ficelée. Et parce qu’enfin le rythme est aussi soubresauté qu’un poème.

Tout démarre par la perte inattendue et foudroyante d’un emploi (de joaillère, pour lequel Nathalie a tout quitté en venant s’implanter à Paris avec ses deux fils). De mensonges en tensions familiales, en tourbillon noir, en engrenage, l’histoire monte crescendo le ton, insidieusement, limpidement, avec une facilité intelligente, vers la naissance d’un polar à suspense.

Les acteurs sont tous d’une gravité saisissante. A commencer par l’excellent Gilbert Melki, vicieux personnage manipulateur, à l’ado, au petit garçon (Renan Prévot et Jean-Baptiste Blanc), à tous les seconds rôles. Et puis il y a Virginie Efira. Cette actrice s’implante d’une façon fulgurante dans le cinéma d’auteur. Elle confirme, après ses interprétations très remarquées dans « Elle » de Paul Verhoeven (César du meilleur film 2016), et dans « Victoria » de Justine Triet (elle y était nommée au César de la meilleure actrice), sa distinction. Virginie est à part. Une des actrices les plus prometteuses de sa génération. Belle, humble, drôle (nombreuses comédies), sensible, charismatique, admirable, impressionnante, fine d’esprit, combative, solide, d’une pudeur émouvante, maîtresse dans l’art de (dé)montrer le doute, le désarroi. Incarnant ici une mère courage emplie de sympathie et d’inquiétude avec un naturel désarmant. A peu près tout cela ! La presse la nomme notre Gena Rowlands…

Finement construit, «Pris de court », ce thriller redoutable, ce drame familial tendu, minimaliste de forme et d’ellipse vous prend à la gorge et vous épate en même temps. C’est l’issue incertaine qui nous prend, nous, de court. Captivant.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet)


Sage femme (drame français)

De Martin Provost

Avec Catherine FrotCatherine DeneuveOlivier Gourmet

sage_femme

C’est de la pudeur qui se dégage dans la rencontre entre Claire et Béatrice. La rencontre des deux Catherine. Mettre en scène ce duo formé par les deux grandes actrices françaises est une idée formidable. Habituée à des rôles fantasques et joviaux (si ce n’est son sérieux dans « Les saveurs du Palais »), Catherine Frot étonne dans la peau de cette sage-femme, grande professionnelle, carrée et figée, menant une vie morne entièrement dévouée à son travail. Elle excelle dans ce contre-emploi. Catherine Deneuve incarne quant à elle une très ancienne maîtresse du père de Claire qui refait surface trente ans après leur rupture pour lui demander d’être auprès d’elle. Sauf que Claire n’a pas digéré les torts causés par le passé et se braque sévèrement contre cette sollicitude excessive. Béatrice, femme épicurienne délurée, est en tous points l’opposée de Claire…

Martin Provost réussit une confrontation nuancée aux dialogues enlevés et sans relâche, parfaitement écrits, permettant aux deux femmes d’attribuer une grande profondeur à leur personnage. Teinté de beaucoup de subtilité, de tendresse et de vivacité, « Sage-femme » est une œuvre classique et sobre, mais pourtant à la fois tempérée, audacieuse et touchante. Où d’un côté l’amour prend vie, et de l’autre, évite de mourir, cherche à renaître et à faire table rase du passé. C’est en quelque sorte une tendre réflexion humaniste sur ceux que l’on a croisés et ceux avec qui l’on décide de faire route ensemble. Liens inter-familiaux, filiation, transmission, choix et devenir … les choses que l’on répète ou que l’on abandonne. Sous ses airs de film sage et de drame existentiel, « Sage-femme » est donc une réflexion universelle dense et se positionne comme une jolie réussite qui ne manque ni de mordant ni d’acuité.

Un film à l’affiche aux Cinémas Studio (Toutes les informations utiles sur leur site internet) et aussi dans les cinémas CGR de l’agglomération (toutes les informations utiles sur leur site internet).

Print Friendly, PDF & Email