Culture

ASSAD, de l’été à l’automne.

Après une prestation remarquable et remarquée lors du Disquaire Day d’avril dernier au Temps Machine, le quintet «hip hop acoustique» tourangeau a pu s’exprimer pour la première fois sur une grande scène en plein air grâce à une sélection Propul’Son tout à fait méritée. On les a rencontrés juste après leur set pour en savoir plus sur leur travail et notamment ce 8 titres très attendu à venir en octobre, plus de deux ans après un premier EP brillant – «Sabrina» – qui avait d’emblée calmé tout le monde.

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37 degrés : On a senti à la fin de votre concert que vous étiez touchés par l’accueil que vous a réservé le public. Quelle place a la scène dans votre travail ?

Assad : C’est toujours plus ou moins un lieu de création, notre set bouge tout le temps. C’est sans doute parce qu’on vient du jazz, on a besoin d’expérimenter en permanence, autant en répétition qu’en live. On travaille notamment pas mal sur l’ordre des morceaux, ça influence beaucoup sur les transitions. Il y a des choses qui marchent, d’autres moins, du coup après chaque scène on en reparle et on prend des décisions pour les prochains concerts. C’est d’autant plus vrai avec des conditions professionnelles comme ce soir, ça permet vraiment d’avancer, encore plus qu’en répétition parce qu’en plus, là, tu as la réaction des gens.

37 degrés : Vous travaillez différemment en studio ?

Assad : En studio on travaille depuis notre premier disque avec l’ingénieur du son Hugo Barré (Hélas !, Mopa, Pince…), qui maîtrise très bien son sujet et qui comprend bien ce qu’on cherche. Pour l’instant en live, nous n’avons pas d’ingé son, mais nous aimerions beaucoup pouvoir travailler avec lui aussi.

37 degrés : Vous avez le même line-up depuis le début (rap/chant, saxo, beatbox, claviers, contrebasse). Est-ce que cette formule vous convient ?

Assad : Oui, mais on aime bien avoir des invités, que ce soit des rappeurs ou des instrumentistes. C’est habituel, que ce soit en rap ou en jazz. On l’a fait régulièrement sur scène, mais parfois c’est improvisé, vraiment sur un coup de tête juste avant le set, du coup ce n’est pas toujours possible pour des raisons d’assurance ou de programmation. Mais dans l’idéal, on voudrait multiplier les featurings à partir de cette base de quatre instruments et du chant. Par exemple, pour le 2e EP on a invité un batteur sur un morceau…

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37 degrés : On vous présente souvent comme un groupe tourangeau, mais vous êtes un peu Angevins sur les bords, non ?

Assad : On s’est rencontrés ou retrouvés à Jazz à Tours, au cours de notre formation, pour certains en jazz et pour d’autres en musiques actuelles. Mais au lycée à Angers, certains d’entre nous avaient déjà fait de la musique ensemble, un groupe un peu hip hop, Alexandre était au piano… On a dû faire deux concerts je crois, mais c’était un peu n’importe quoi. Un groupe de lycée, quoi !

37 degrés : Vous en êtes où de vos études à Jazz à Tours ?

Assad : On est deux à avoir terminé l’année dernière et les autres il y a quelques semaines. On peut désormais tous se concentrer sur nos projets, dont Assad bien entendu. Ce n’est pas forcément simple financièrement, mais on a du temps et on se plaît bien à Tours, donc on est très contents comme ça.

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37 degrés : Vous avez gardé des liens avec Angers ?

Assad : Oui et d’ailleurs cela nous a permis de faire de belles dates, notamment en première partie de Kacem Wapalek qui jouait aussi à Terres du Son ce week-end. C’est marrant parce qu’à Tours on a un bon réseau dans le milieu du jazz et à Angers plutôt dans le milieu hip hop et beatbox. C’est complémentaire, on aime bien l’idée de naviguer entre ces deux villes qui sont à la fois proches et différentes. Mais notre gros réseau de potes qui nous soutiennent, il est quand même plus à Tours aujourd’hui. Ici on baigne dans la musique en permanence, c’est très stimulant. Grâce à Jazz à Tours on a aussi accès à des salles pour bosser… C’est un ensemble de choses qui font qu’Assad s’épanouit très bien ici.

«Le premier EP était très jazzy,
le second sera très Assad.»

37 degrés : Bon alors parlons-en de cette fameuse étiquette «jazz hip hop»…

Assad : Elle est née d’un atelier jazz où il manquait un bassiste et où deux d’entre nous se sont retrouvés ensemble, un peu par hasard. Ils se sont dit «allez, tiens on essaie de faire un truc hip hop jazz !». Puis ils ont été chercher les autres et Assad est né. On s’en affranchit peu à peu, de cette étiquette. D’ailleurs on va vraiment en sortir sur ce 8 titres à venir à l’automne. Ce genre nous a réunis au départ, de manière très naturelle, cela a permis de poser les fondations de notre groupe. On aimait tous ce côté old school de certains rappeurs américains très influencés par le jazz. Mais après 3 ans, on a tous les 5 envie d’autre chose et on pense qu’on a vraiment trouvé notre marque de fabrique aujourd’hui. Les nouveaux textes ne nous semblaient pas convenir à cette ambiance jazzy, presque «cocktail» de certains morceaux : certains sont tristes, racontent des histoires qui nécessitent une toute autre ambiance.

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37 degrés : Octobre c’est loin… Vous pouvez nous donner un petit avant-goût du futur son de cet EP (8 titres, on a quand même envie d’appeler ça un mini-LP, non) ?

Assad : On a développé le côté instruments acoustiques et surtout «cordes», avec la présence d’un piano à queue sur la plupart des morceaux. Cela nous tient à cœur. A tel point que dans un idéal, on aimerait un jour pouvoir jouer sur scène avec un piano à queue… Plutôt que parler de «jazz hip hop», si on doit trouver une étiquette, on se qualifierait plus aujourd’hui de «hip hop acoustique». Les nouveaux morceaux sont un peu moins jazzy et on accorde de plus en plus d’importance au chant : on aime tous la chanson, au moins autant que le jazz ou le rock, donc on ne va évidemment pas s’enfermer dans un genre bien délimité. Les morceaux ont des esthétiques très différentes les unes des autres, même si ce sont à peu près les mêmes instruments tout le long. La place du chant par rapport aux instruments varie beaucoup aussi ; il y a même un morceau composé par le beatboxer où la mélodie est simplement sifflée. En somme, ça reste toujours une base hip hop, mais c’est un joyeux mélange !

37 degrés : Où avez-vous enregistré ?

Assad : On a fait un enregistrement nomade, un morceau par-ci, un morceau par-là. Certains dans une salle du conservatoire, d’autres chez Gabriel Bouillon des Ligerians… Toutes les prises ont été faites et validées, il reste juste le mixage… On a plusieurs pistes, mais ça dépend aussi du budget. Mais dans tous les cas de figure, l’album sortira à la date prévue, accompagné d’une release party à Angers le 22 octobre. Pour Tours, on n’a encore rien de confirmé, mais on jouera aussi par ici avant la fin de l’année, c’est sûr.

(c) Laurent Geneix pour 37°

Un degré en plus

> (ré)écouter «Sabrina» le premier EP d’ASSAD

> (re)voir le très beau clip de «Les Trottoirs» (2015)

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