Après 3 ans de mairie à gauche, quel bilan pour la culture à Tours ?

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Il y a quelques semaines 37 degrés vous proposait une grande interview du maire de Tours, Emmanuel Denis étant arrivé à la moitié de son mandat. Un entretien au cours duquel on a parlé de culture mais nous estimions le sujet suffisamment essentiel pour y consacrer un article complet. Voici donc notre échange avec l’adjoint au maire en charge du dossier, Christophe Dupin.

Quelles sont les ambitions culturelles de Tours aujourd’hui ?

« Que les habitants prennent un grand plaisir à vivre et sortir dans cette ville, que la culture serve de lien » répond l’élu. Christophe Dupin cite par exemple le projet d’expansion du projet Tours-sur-Loire dont les activités culturelles ne se limiteront plus aux bords du fleuve et dont l’enveloppe pour la programmation des guinguettes a bénéficié d’une rallonge budgétaire de 40% étendue sur 6 ans. De quoi essaimer dans de nombreux quartiers pour une vaste programmation estivale amenée « à s’enrichir d’année en année » pour que Tours l’été « ait un esprit différent du reste de l’année ».

Ce projet, c’est la garantie d’une multitude de rendez-vous de petite et moyenne importance… mais Tours a-t-elle encore vocation à programmer de grands spectacles capables de rassembler plusieurs milliers de personnes ? Il y a bien eu les deux parades de la Cie Off en 2020 et 2021, mais depuis ? La suppression du feu d’artifice du 14 juillet – spectacle populaire par excellence – a donné lieu à la construction d’un programme d’animations dans plusieurs quartiers. Un bon point pour diffuser les projets… Mais si le spectacle de drones de 2022 et les acrobaties sous montgolfière de 2023 ont fonctionné sur l’Île Balzac, on ne peut pas en dire autant du reste, surtout le spectacle à la guinguette ce vendredi 14 juillet.

Christophe Dupin demande de l’indulgence : « C’était seulement la 2e année… » et assure qu’il y a « encore une envie » de faire des propositions capables de déplacer de grandes foules, « il y aura des moments pour les faire » promet l’élu, même si on est dans une époque « où il faut revoir les événements culturels et faire preuve de plus de sobriété », tant sur le point de vue financier qu’environnemental.

La politique de subventions :

Christophe Dupin salue « la richesse » des acteurs culturels à Tours : plus de 300 entités… ce qui nécessite des choix politiques pour savoir lesquels on accompagne, et pourquoi ». La philosophie : « mettre en avant des projets qui permettent de faire vivre les droits culturels, les spectacles participatifs, l’implication dans les quartiers… » Des axes qui ont permis un retour de flamme du côté du château du Plessis à La Riche (avec des événements récurrents le week-end et un festival estival) mais surtout l’essor du tiers-lieu Les Beaumonts dans le quartier des Casernes, les anciennes écuries mixant spectacles, ateliers et rendez-vous à tendance écolo. Près de 3 500 personnes sont venues pour y découvrir le résultat des fouilles archéologiques.

La Bateau Ivre de la Rue Edouard Vaillant pourrait avoir le même type de fonction mais il peine à se stabiliser financièrement, « faute de subvention de fonctionnement ». Les élus réfléchissent à la façon de mieux le soutenir. Une subvention de 50 000€ a récemment été votée pour aider aux travaux de réfection du balcon.

En revanche, victime collatérale de ces choix : Le Florilège Vocal, concours annuel de chant choral organisé au printemps et qui a abandonné faute de rallonge de subvention de la mairie ce qui a fait polémique. « On leur avait proposé de passer en biennale, ils n’ont pas voulu. On considérait que l’événement devait évoluer dans sa forme, que le projet avait vieilli. Une grande partie du budget passait dans le financement du transport et de l’hébergement des chorales européennes invitées pour un impact sur le public qui devenait limité » estime Christophe Dupin qui se défend d’abandonner la discipline, citant par exemple le succès de la chorale populaire qui va entamer sa 3e saison avec 230 places (une deuxième extension est à l’étude).

Les institutions culturelles :

« On a une feuille de route assez claire : respecter la diversité artistique, ouvrir les institutions aux habitants, tenir compte de l’égalité hommes-femmes » liste l’adjoint au maire. En 3 ans, il se félicite d’avoir « reconnecté » plusieurs entités dans leur environnement, évoquant l’arrivée de Laurent Campellone au Grand Théâtre (le directeur a apaisé une situation très tendue au moment du départ de son prédécesseur) ou celle d’une nouvelle direction au Conservatoire après plusieurs scandales, dont une affaire d’agressions sexuelles (cela dit tout n’est pas encore réglé, des tensions internes subsistent dans les équipes selon les échos qui nous parviennent mais la ville indique que des formations sont prévues dès septembre pour revoir tous les processus de prévention des risques).

En parallèle, plusieurs institutions culturelles sont en grande forme comme les musées, qui ont retrouvé leur fréquentation d’avant Covid, le Musée du Compagnonnage devenant même le 1er de la ville devant les Beaux-Arts (succès qui pourrait encore s’intensifier en 2023 avec en prime l’inauguration d’un nouvel accueil avec boutique et accessibilité aux personnes à mobilité réduite fin septembre). Même le discret Muséum d’Histoire Naturelle sort du lot avec une exposition autour de personnages de dessins animés qui a fait venir 20 000 personnes en quelques mois (performance exceptionnelle). Un projet de déménagement dans le Logis du Gouverneur est à l’étude.

Quant au Château de Tours, le partenariat avec l’institution parisienne du Jeu de Paume (spécialisée dans la photo) a été renouvelée et certaines expositions atteignent aussi le seuil des 20 000 entrées. Des succès liés par exemple à l’évolution de la politique tarifaire, plus avantageuse pour les jeunes. Mais aussi à des opérations spéciales comme une œuvre de street art en écho à un tableau du Musée des Beaux-Arts au pied de la Tour Charlemagne (« Elle a amené des visites au musée ») selon Christophe Dupin, ou encore la souscription publique pour acheter un tableau au MBA (une première depuis 2007 et un succès avec 65 000€ récoltés dont 19 000€ donnés par 240 citoyens, et le reste par 11 entreprises). Une subvention de la ville et un legs ont permis de compléter le budget. « Je trouve cela bien car ça crée un lien plus important entre les habitants et leur musée » argumente l’élu.

L’ouverture à de nouveaux publics :

Présent dans le programme municipal, le projet Arts à l’Ecole bénéficie aujourd’hui à 150 classes de maternelle et élémentaire de Tours selon Christophe Dupin, soit un tiers des enfants touchés et une multiplication par 3 entre 2020 et 2023. La mairie ne prévoit pas d’aller plus loin faute de budget mais indique être au-dessus des objectifs nationaux pour ce type d’activités consistant à faire venir des artistes devant les enfants et de monter des projets communs.

Le 1% artistique :

Consacrer 1% de chaque projet urbain à des œuvres d’art… Ça aussi c’était dans le programme de l’équipe qui a remporté les élections municipales de 2020 à Tours. C’est comme ça qu’on a vu naître le projet d’expo street art cet été à l’ancienne clinique Saint-Gatien. D’autres réalisations pourraient arriver dans le cadre des rénovations d’école, de la construction du futur quartier des Casernes ou de la 2e ligne de tram. Mais rien d’arrêté pour l’instant.

Le street art :

S’il y a bien un dossier sur lequel Tours a mis la gomme depuis 2020 c’est bien celui-ci. La ville finance du street art et communique dessus sans discontinuer. « On avait du retard. Tours était à la traîne » affirme Christophe Dupin se comparant à d’autres villes et voulant créer un véritable parcours urbain autour du graff. Si une partie du mur taggué des Casernes est voué à la démolition, des fresques ont vu le jour à la gare et Passage du Pèlerin avec le Mur renouvelé tous les deux mois. D’autres fresques sont attendues à Velpeau et au Sanitas grâce au budget participatif. Ainsi qu’une œuvre au Stade Tonnellé, en hommage à l’équipe de rugby d’Irlande qui aura son camp de base à Tours pendant la Coupe du Monde en septembre. Et puis des discussions sont lancées avec la SNCF pour rénover la fresque vieillissante de la Ruer Edouard Vaillant, au bord des rails.

Un lieu pour les musiques anciennes :

Présent dans le programme, le projet est toujours d’actualité. La Chapelle St Michel est évoquée mais elle nécessite des rénovations avant de pouvoir accueillir des répétitions ou ateliers. Le chantier n’est pas programmé en raison d’un « embouteillage » dans les travaux à Tours. De son côté, le Conservatoire bénéficie cet été d’aménagements pour sa mise en accessibilité.

Centre Chorégraphique National de Tours / Grand Théâtre :

C’est un autre sujet très commenté depuis le début du mandat de la gauche-écologiste à Tours en 2020 : l’avenir du CCNT. L’équipe précédente avait monté un projet ambitieux pour le quartier des Casernes. Il faut l’oublier, il a été revu nettement à la baisse. Christophe Dupin se défend d’avoir traîné pour le mettre en place : « On a respecté le tempo » explique l’élu qui assume la « prise de responsabilité politique » d’annulation du chantier dont le coût avait explosé pour atteindre 25 millions d’€. Une nouvelle version du bâtiment sans sa grande salle et sans logement doit voir le jour en 2028 avec début de chantier fin 2026. On en saura plus en octobre.

Ce nouveau CCNT sans grande salle de représentation doit être par ailleurs la première pierre d’un projet de « mutualisation des grandes salles de diffusion » défendu par Christophe Dupin, et ce à l’échelle métropolitaine. Pour accueillir un maximum de spectacles dans un minimum de lieux (Vinci, Théâtre Olympia…). Une « vision métropolitaine » que l’élu espère aussi pour les salles d’exposition et les résidences d’artistes dont Tours manque. « De nombreuses équipes artistiques sollicitent logiquement Tours mais la ville est une des plus pauvres de l’agglomération, on ne peut pas assurer toutes les charges de centralité. Il faut développer des partenariats avec d’autres communes » plaide l’adjoint au maire.

Autre point pour lequel la ville de Tours espère le soutien métropolitain : le Grand Théâtre. Ce devrait être pour la fin septembre lors d’un prochain conseil aux Deux-Lions. D’ici là, Christophe Dupin aura fait la tournée des maires : « Cela n’a jamais été fait sur ce sujet, j’en ai déjà vu 15 avec le directeur Laurent Campellone » nous dit-il. Objectif : les convaincre de voter un soutien financier de Tours Métropole à l’Opéra pour augmenter son budget actuellement de 6,4 millions d’€ (dont 3,5 de la ville qui dit ne pas pouvoir aller plus loin). Parmi les arguments : la possibilité d’accueillir des spectacles de l’orchestre ou du cœur de l’Opéra dans les communes de la banlieue tourangelle ou encore offrir un accès à la chorale populaire aux habitants des autres communes de l’agglo.« Il faudrait une participation semblable à celle de l’Etat qui est de 540 000€ » plaide l’adjoint au maire de Tours qui a bon espoir d’arriver à ses fins. Mais ce ne sera pas suffisant pour résoudre la crise « qui dure depuis 20 ans et dont on n’est pas sorti » reconnait-il. Au cœur des débats : les demandes des artistes qui veulent un contrat en CDI à plein temps (ils ont fait grève pour ça il y a peu, un mouvement inédit). « Les pérenniser nécessite de passer à 10 millions de budget » avance Christophe Dupin. Les rallonges obtenues récemment de la région ou de l’Etat ne suffiront pas. « On sait bien que l’Opéra contribue à notre rayonnement. Pour Roberto Alania, 13% des spectateurs ne venaient pas de la région Centre-Val de Loire ce qui a induit des nuits d’hôtel et de la restauration » argumente l’élu qui ne voudrait pas que l’édifice « descende d’un cran dans le prestige ».

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