Culture

Air(s) du Temps

Mais où sont donc les jeunes Tourangeaux ? Quand on dit les jeunes, on veut dire les vrais : les 15-20 ans, donc. Allez, 25 à la limite. Alors que le Temps Machine et ses joyeux et néanmoins prestigieux acolytes (Tous en Scène, Jazz à Tours, la Fraca-Ma et Asso/Terres du Son) nous sert pour 5 euros quatre des meilleurs groupes locaux du moment, la tranche d’âge censée sortir et jouir pleinement de la scène locale était aux abonnés absents hier soir à Joué-lès-Tours. Heureusement, quadras, trentenaires et quelques quinquas ont su chauffer la salle. Il y avait même deux pré-ados, deux élèves de maternelle casquées et une petite mamie qui ont dignement squatté le premier rang.

bIMG_5211   Les sublimes chaussures de Krumlek de Roller 79

«On gagné une place ce soir parce qu’on a participé à un Apérock. Il fallait écouter des groupes locaux et voter pour notre préféré. C’est Beaujardin qui a gagné (le groupe, pas le quartier – ndr)», nous expliquent deux copines venues spécialement des Fontaines. «C’est la première fois qu’on vient au Temps Machine, ça nous a bien plu, on a tout écouté du début à la fin».

Curiosité, motivation, envie de sortir et de découvrir : ces deux personnes cumulent près de 120 ans à elles deux et, de par leur attitude, donnent la leçon aux ados soi-disant «connectés» qui, d’après une artiste de la soirée, «préfèrent sans doute passer la soirée à Tweeter chez des potes». En tout cas pour celles et ceux qui en douteraient encore : le titre froidement administratif de «salle communautaire» donné au Temps Machine, peut à chaque instant prendre tout son sens…

Tahitien qui mal y pense

Bon, trêve de ronchonnerie : on a passé une super soirée. Une soirée «Alo-ha» donc, qui n’avait d’exotique que le nom, et qui commence par une très bonne surprise : la découverte de Doclap, dont nous ne connaissions que quelques morceaux dispersés et un clip chroniqué par ici. Un trio improbable, des compositions déroutantes et un avenir radieux qui se profile. Julie occupe l’espace sonore et l’espace tout court avec un certain panache et une voix impressionnante. La musique de Doclap marche sur les terres obscures (et jazz-punk) de Kas Produkt, l’electro-jazz classieux de l’américaine Rosey et la French Touch inspirée de Llorca, mais avec cette déconstruction régulière propre à des compositeurs plus pointus tels que Leila Arab, ancienne claviériste de Björk, voire Björk elle-même, ou encore Martina Topley-Bird, ex-égérie de Tricky qui a brillé en solo, ou enfin Cirkus, le groupe de Neneh Cherry.

bIMG_5086Julie, chanteuse de Doclap

Autre grosse découverte de la soirée : l’un des tout premiers concerts, très attendu, de Roller 79. Après un premier quart d’heure où l’on s’est demandé si c’était du lard ou du cochon tellement le côté parodique électro-wave début 80s semblait énorme, la salle s’est finalement laissée attraper comme une jeunette par des compositions plus puissantes qu’elles en avaient l’air et par un chanteur omniprésent et très remuant, dont le jeu de scène et le jeu tout court semblent taillés pour faire mouiller beaucoup de culottes (mâles ou femelles) dans les mois et les années à venir. Seul hic ou alors gros point fort (c’est l’avenir qui le dira) : l’impossibilité de choisir entre Modern Talking/Laura Branigan d’un côté et The Cure/OMD de l’autre. Au risque de réveiller de vieilles querelles de quadragénaires pointilleux.

bIMG_5260Roller 79

bIMG_5287Krumlek, chanteur de Roller 79

Le duo Minou a assuré quant à lui un set très frais et réjouissant, à l’image de son premier EP, dont nous avons parlé en détails il y a quelques jours.

bIMG_5142Minou

Enfin, Sybernetyks jouent sur un registre puissant et s’appuient sur une exceptionnelle présence scénique d’un grand chanteur déterminé et n’ayant visiblement peur de rien. Bon, on n’est pas sûr que «Metal indus» soit tout à fait le terme approprié pour décrire leur musique, ou alors le Metal indus est devenu très fréquentable : voilà un groupe taillé pour séduire les foules. Et les jeunes. Qui n’étaient pas là, donc.

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Crédits photos : Mathieu Giua pour 37°

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