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A Tours de Bulles, ce festival de BD qui joue avec les éléments

C’est un petit jeu annuel, parfois très simple, parfois plus compliqué : traquer le parapluie caché sur l’affiche du festival A Tours de Bulles. Cet élément de décor est imposé par les organisateurs lors de la commande du dessin, une sorte de superstition pour éviter que l’événement ne soit douché pendant qu’il investit la Place Châteauneuf. Ça ne marche pas à tous les coups, mais globalement la manifestation a toujours réussi à sortir la tête de l’eau. Retour sur son histoire alors qu’elle s’apprête à ouvrir sa 15e édition.

Philippe Septier a le sourire : la météo annonce un beau soleil et des températures bien agréables pour le grand week-end annuel consacré à la BD à Tours. Le président d’A Tours de Bulles ne pouvait rêver mieux pour sa dernière année à ce poste après 5 ans de service et un total de 21 festivals montés sur pied dans toute sa vie. Il y a tout de même un hic dans les rouages : le dessinateur Terreur Graphique (qui travaille notamment pour Libération) s’est cassé le poignet, donc il ne sera pas de la partie. Et en plus il s’est abimé la main qui tient le crayon.

Qu’à cela ne tienne, A Tours de Bulles n’a jamais capitalisé sur un seul nom pour assurer son succès. Festival gratuit, il peut dépasser les 6 000 visiteurs les bonnes années, avec une quarantaine d’auteur(e)s en dédicace et des propositions culturelles de plus en plus nombreuses. « On a beaucoup évolué. Au tout début, ça se passait Place Plume, dans l’idée d’installer les auteurs au milieu du public. C’était en juin, aussi, mais on a été un peu refroidi lors des matchs de foot de la Coupe du Monde 2006. » Il a donc fallu trouver un autre lieu, et une autre période. Le festival qui prenait la suite d’un événement organisé à chaque vendredi 13 a donc opté pour septembre et pour la salle Ockeghem avant de s’étendre à sa cour, puis à la Place Châteauneuf. Depuis, il n’en bouge plus, même si les travaux de rénovation menés par la mairie ont entraîné une réorganisation des stands de rencontre avec le public.

Une large palette de partenaires

A Tours de Bulles n’a jamais cherché à se comparer aux grands événements bédéistiques de France (le festival d’Angoulème ou BD Boum à Blois) : « On joue en 2e division » note Philippe Septier. Mais il faut bien dire que cette manifestation est particulièrement bien ancrée dans l’agenda culturel tourangeau, et ce grâce à des partenariats tous azimuts, d’Arcades Institue à la Bibliothèque de Tours en passant par les cinémas Studio, l’ex-galerie Oz’Art ou le bar Le Cubrik en nouveauté 2019.

« Petit à petit, on essaie d’agrandir notre territoire » résume le président de l’association qui mobilise une cinquantaine de bénévoles pour préparer le week-end, sans oublier le comité de lecture qui planche sur le prix Tour d’Ivoire dévoilé chaque samedi soir, et dont le lauréat se voit chargé de réaliser l’affiche de l’année suivante… avec le fameux parapluie. « On est une équipe 100% bénévole qui grossit petit à petit. On y trouve même des personnes qui ne lisent pas du tout de BD » nous raconte Philippe Septier qui se fixe deux grands objectifs chaque année : le sourire des enfants qui passent par le festival, et le niveau de satisfaction des auteurs invités. Il parvient également à insuffler des nouveautés perpétuelles, comme la fresque dessinée en direct en 2018 et renouvelée en 2019 : « Le public a tout de suite adhéré, c’est vraiment une animation très familiale. On réussit à proposer un festival où tout le monde trouve son intérêt. »

Les petites anecdotes d’A Tours de Bulles :

« Philippe Larbier est sans doute l’auteur qui est le plus venu en 15 ans, en même temps c’était le premier président de l’association… Mais il ne sera pas là cette année. »

« Je connais un visiteur qui vient systématiquement acheter les albums des auteurs qui n’ont pas beaucoup de monde en dédicace. Avec ça tout ce qu’il risque c’est d’être très agréablement surpris ! »

« L’affiche 2019 est signée Benoit Dahan et c’est son 1er jet. Elle répond au thème de cette année qui est les jeux d’esprit. »

De nouvelles initiatives qui font mouche

L’accessibilité d’A Tours de Bulles fait aussi partie de ses points forts avec des conférences traduites en langue des signes ou, cette année, des textes d’expositions adaptés aux personnes dyslexiques avec une police de caractères facile à lire et des phrases courtes. « Ce sont des petites choses, mais on essaie de s’améliorer chaque année » plaide Philippe Septier. « La culture c’est partout, tout le temps et pour tous. » Pour ça aussi que le festival « se bat » pour rester gratuit, malgré les coûts liés à la sécurité. Il met également un point d’honneur à rémunérer toutes les intervenantes et tous les intervenants de ses différentes animations.

A cela s’ajoutent des projets pour diffuser l’amour de la BD au grand public tout au long de l’année comme l’installation d’un présentoir pour échanger des albums en gare de Saint-Pierre-des-Corps : « j’aurais aimé qu’on en trouve dans les autres gares de la ligne pour favoriser la diffusion » regrette simplement le président de l’association qui espère pouvoir travailler à l’avenir avec la bibliothèque de Saint-Pierre-des-Corps pour réapprovisionner régulièrement cet espace. Il se réjouit par ailleurs du succès du prix Tour d’Ivoire junior, avec 170 votants en 2018 et un nombre annoncé en forte hausse pour 2019.


Un degré en plus :

A Tours de Bulles 2019, samedi 14 et dimanche 15 septembre Place Châteauneuf. Entrée gratuite. Programme sur www.atoursdebulles.fr

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