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Une pose de 1ère pierre très politique pour le haut de la Rue Nationale

Ce lundi matin, on lançait (enfin !) officiellement le chantier du haut de la Rue Nationale à Tours. Dans deux ans, en 2021 deux hôtels, 9 commerces et des logements y seront inaugurés. Dix ans après les premières annonces et avec deux ans de retard sur le calendrier d’origine. Autant dire que la cérémonie organisée sur fond de pelleteuses était particulièrement attendue par le monde politique et économique local.

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Un député, un sénateur, plein d’adjoints au maire, des conseillers régionaux, une conseillère départementale, les voisins du CCC OD, les pontes de la société Eiffage… Beaucoup de monde sous le soleil pour poser la première pierre du chantier du haut de la Rue Nationale ce lundi 6 mai à Tours. Initialement programmée au printemps 2017, cette journée protocolaire se déroule pratiquement à la date longtemps imaginée pour l’inauguration des deux hôtels Hilton de 100 et 70 chambres auxquels doivent s’ajouter 3 800m² de commerces et des logements.

Des pelleteuses et ouvriers en action à la place des touristes aisés tant espérés… Mais au moins c’est parti. Il faut rappeler que pendant ces deux dernières années, on nous a annoncé plusieurs fois l’arrivée des grues sans jamais les voir venir, on a eu le droit à un psychodrame autour de la décoration des palissades du chantier, et même à l’aménagement temporaire d’une pelouse pour rendre le coin moins moche à l’été 2018. « Les Tourangeaux étaient tellement habitués à voir l’esplanade vide qu’ils vont être surpris de la construction » s’amuse un élu taquin.

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Un chantier en guise de rampe de lancement politique

Tout ce temps à louvoyer, est-ce du gâchis ? Le maire de Tours Christophe Bouchet jure que non. Que ce délai était nécessaire pour être sûr d’avoir un projet bien ancré dans son époque : « on pose une première pierre quand on sait où et quand sera posée la dernière » répète l’élu centriste face à l’assemblée ou aux journalistes. Il en profite pour dérouler son plan de com’ : asséner que ce complexe hôtelier et commerçant saupoudré d’une dose d’habitat s’inscrit dans une vaste transformation des « Portes de Loire ». Son ambition : redessiner les quais autour du Pont Wilson, revoir la circulation Place Anatole France, végétaliser l’ensemble et construire un bâtiment jumeau de la bibliothèque centrale à proximité de la fac des Tanneurs (sans qu’on sache encore à quoi il va servir).

« Quand on possède une star comme la Loire, on lui fait jouer le premier rôle » lance l’élu avec un lyrisme à toute épreuve.

« On n’a pas perdu deux ans, on a gagné plusieurs décennies » tonne encore Christophe Bouchet. Inaugurer en 2021 un complexe pensé dès 2011 à l’écouter ça n’a rien d’alarmant, c’était même, dit-il, dans les plans de l’ancien maire Jean Germain : « qu’est-ce que dix ans à l’échelle du développement d’une ville ? » interroge-t-il, en référence aux 2 000 ans d’histoire de Tours. Peut-être pas grand-chose, accordons-lui ça. Pourtant il y a seulement 14 mois, en 2018, le maire était dans une situation totalement inconfortable quand il annonçait la remise à plat du projet. Les critiques fusaient de toutes parts, les investissements n’étaient pas garantis et la société Eiffage à deux doigts de se faire exfiltrer du programme. L’élu a gardé la face, aidé par ses talents de communicant mais il a été très bousculé. De quoi justifier un peu plus sa fierté devant le parterre de personnalités locales.

Un projet identique aux plans initiaux

Même chez les opposants du maire ou les premiers artisans du programme, on se félicite de voir enfin les choses avancer. A un détail près : ça se fait souvent avec ironie. On nous susurre ainsi que le maire voulait vraiment remettre à plat le dossier avant de se rendre compte que les démarches étaient bien trop avancées pour faire marche arrière. Raté en effet si tel était son plan puisque c’est bien avec Eiffage qu’on le retrouve côte à côte pour promouvoir un projet qui n’a pas bougé d’une ligne par rapport à son esquisse de 2011. Il s’inscrit juste dans un nouveau calendrier comme diraient certains membres du gouvernement pour justifier le report d’une réforme… Un calendrier plus qu’ambitieux.

Soyons clairs : pour que les envies grandioses de Christophe Bouchet se réalisent il devra d’abord se faire réélire maire en 2020. Puis trouver les fonds ou encore obtenir l’accord de l’État, de l’UNESCO ou des architectes des bâtiments de France. « Ces accords nous ne les avions pas obtenus à l’époque » prévient l’élu du groupe d’opposition Les Démocrates Nicolas Gautreau, ajoutant que les plans dévoilés ressemblent à ce qu’imaginait l’équipe de Jean Germain pour les quais. Il rappelle en prime que l’ancien maire dont il était adjoint voulait installer sa Cité de la Gastronomie dans une construction symétrique à la bibliothèque centrale… avant que l’idée ne soit abandonnée par l’équipe politique arrivée en 2014, vu son coût.

Un maire en campagne sur les chantiers

Un échec qui devra servir de leçon car là-aussi on parle là de travaux à plusieurs dizaines de millions d’euros… de plus dans une zone protégée et menacée par les crues. « Toute la ville repose sur ces quais qui forment une digue. On ne peut pas y toucher comme ça pour faire des terrasses » souffle un bon connaisseur de l’urbanisme local pour doucher les ambitions du maire.

Dossier emblématique des 5 dernières années, le chantier du haut de la Rue Nationale n’a clairement pas fini d’agiter les débats. Pas de quoi inquiéter un maire qui s’en sert comme rampe de lancement pour sa campagne de 2020 promettant dans les six prochains mois moults événements : annonces de projets architecturaux, inaugurations, démolitions… De quoi alimenter ses futurs documents électoraux en images de synthèses ou en photos de cérémonies d’inaugurations rutilantes.

D’ailleurs revenons à l’analyse pure de la cérémonie de ce lundi 6 mai. Pour les fins observateurs de la vie politique locale, elle était truffée de petites références, ou de piques balancées à mots couverts.

Évoquant « un long effort » pour arriver à poser cette première pierre, Christophe Bouchet a tiré directement sur « ceux qui auraient dû assurer la transition » et qui ont « tourné le dos à leurs obligations de service public » pour expliquer les retards. Ciblés : certains services administratifs ou de la SET (la Société d’Équipement de la Touraine qui en est à son troisième directeur depuis les prémices du projet). Il a évoqué aussi les « 22 recours judiciaires qui n’avaient pas lieu d’être », des démarches dont il fallait attendre l’issue pour lancer les travaux. De quoi expliquer ce « merci pour votre patience » adressé au représentant des hôtels Hilton, le genre de phrase qui laisser penser qu’en coulisses l’agacement a pu être de mise. C’est seulement fin 2018 que les investissements ont tous été confirmés, après de longs mois d’atermoiements. Voire de doutes.

Le sous-entendu d’Eiffage au maire de Tours

Tout ça c’est fini ? Peut-être, sans doute. Et le maire s’en sort plutôt de manière honorable. Il faudra tout de même attendre de voir à quelle vitesse se louent les commerces et se vendent les appartements pour juger de l’attrait réel du complexe des Portes de Loire. Christophe Bouchet y croit… Justifiant son choix de faire « une pause » dans le processus pour en élargir le spectre, il se félicite du soutien du président de Tours Métropole Philippe Briand : « il m’a dit ‘Christophe on ne perd jamais à voir grand’. » Dommage que l’intéressé n’ait pas été là pour faire cette déclaration lui-même…

Pour voir grand, il faut des partenaires solides. A ce petit jeu, on notera que le responsable d’Eiffage y est aussi allé de sa petite phrase. Pascal Portier a souligné le volontarisme de son entreprise pour accompagner les futurs grands projets de la ville de Tours. Une déclaration qui n’est pas anodine car ces derniers temps c’est plutôt le promoteur Icade qui a les faveurs de la municipalité, ce dernier ayant été retenu pour le projet de rénovation des Halles de Tours ou pour la transformation du haut de la Tranchée. La bataille s’annonce rude pour les prochains appels d’offres, que ce soit pour le quartier des Casernes, le tram ou l’Îlot Vinci près de la gare.

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