Un paysage politique inédit 

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Si le principal enseignement du premier tour de l’élection présidentielle est la concentration sans surprise des voix autour de trois grands blocs politiques incarnés par Emmanuel Macron, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, il reste que cette élection semble achever un processus entamé en 2017 avec la fin des grandes lignes politiques qui ont marqué la vie de la Ve République et la poursuite de la normalisation du Rassemblement National.

Les Républicains et le Parti Socialiste en voie de disparition

Il y a 5 ans, l’absence des Républicains et des Socialistes au deuxième tour de l’élection présidentielle apparaissait déjà comme quelque-chose d’inenvisageable peu de temps auparavant. 5 ans plus tard les deux grands partis de pouvoir traditionnels de la Ve République sont réduits quasi à néant. Moins de 2% pour Anne Hidalgo, moins de 5% pour Valérie Pécresse, derrière ces scores se cache un chemin de croix entamé de longue date et auquel aucun cadre de ces partis n’a voulu ou su voir.

Car si les campagnes des deux candidates ont été ratées (difficile de dire le contraire), le mal est plus profond. Depuis trop longtemps ces partis ne proposent plus rien de neuf politiquement. Pire, ils naviguent à vue. Le Parti Socialiste n’a de son côté toujours pas digéré l’échec de la présidence Hollande et tout ce que cela a entraîné, et du côté des Républicains c’est l’impression d’un parti pris en étau et courant derrière son centre-droit désormais incarné par LREM et sa droite radicale et extrême incarnée par Eric Zemmour et Marine Le Pen, qui se fait. Echec politique, traumatisme financier, aujourd’hui la question de la survie même de ces mouvements historiques se pose, même si certains arguent encore des implantations locales et des élus de territoires encore nombreux.  

La stratégie du « En même temps » d’Emmanuel Macron a ainsi porté ses fruits. Dès 2017, le président de la République sortant avait envisagé de composer un vaste mouvement asphyxiant à la fois la gauche modérée et la droite républicaine. Aujourd’hui force est de constater que cela s’avère payant. Car malgré les critiques faites à son quinquennat, Emmanuel Macron a renforcé ses voix en cinq ans, devenant aux yeux de beaucoup d’électeurs le seul rempart face aux extrêmes. Stratégie assumée mais néanmoins dangereuse car le front républicain apparait aujourd’hui fissuré et Marine Le Pen pourrait réaliser un score historiquement haut au deuxième tour.

La candidate du Rassemblement National apparaît plus que jamais en mesure de challenger son adversaire au 2e tour, forte d’une base électorale ayant voté à plus de 32% pour un candidat d’extrême-droite au 1er tour (Le Pen, Zemmour et Dupont-Aignan) mais aussi avec l’appui d’une partie de l’électorat désabusé, en colère et refusant de faire un choix entre les deux…

Les Insoumis : première force de gauche

Les électeurs de Jean-Luc Mélenchon au 1er tour en sont les premiers concernés. Pour beaucoup, le vote Mélenchon constituait un vote de rejet d’Emmanuel Macron. Rien ne dit dès lors que le report des voix se fasse massivement sur le président sortant au deuxième tour, malgré les appels du candidat de la France Insoumise « à ne pas donner une seule voix à Marine Le Pen ».

Bertrand Renaud, élu municipal de Tours de la France Insoumise pointe aujourd’hui ce danger : « Face à la politique anti-sociale d’Emmanuel Macron, beaucoup sont écœurés et pourraient ne pas aller voter ou pire voter pour Marine Le Pen », analyse l’élu qui appelle néanmoins à battre la candidate RN, tout en prenant date avec l’avenir et les prochaines Législatives. « Nous avons une légitimité avec ce résultat. Nous avons obtenu plus de 20% sur la base d’un programme social attendu par de nombreux électeurs. Cela doit servir de socle pour l’avenir ».

Pas de triomphalisme chez LREM

Du côté de LREM ce dimanche soir, les cadres du mouvement en Indre-et-Loire affichaient une satisfaction de voir leur candidat arriver en tête avec plus de trois points d’avance sur Marine Le Pen. Pour autant, tous appelaient à la prudence, conscient que ce deuxième tour s’annonce piégeux. « Il faut mobiliser et ouvrir à un large rassemblement. Il y a aujourd’hui une France qui a peur et nous devons l’écouter et lui parler » analysait ainsi la députée Fabienne Colboc, tandis que sa collègue Sabine Thillaye déclarait : « Il faut rester prudents et ne pas tomber dans le triomphalisme car 72% des électeurs n’ont pas voté pour Emmanuel Macron. Une autre campagne s’ouvre ce soir et il faudra parler à tous ceux-là ».

Des propos qui montrent une certaine inquiétude et une conscience qu’il faudra faire plus pour convaincre la partie de l’électorat non-macroniste à se reporter sur le président sortant. Un électorat de plus en plus réticent à donner sa voix sur le simple appel au barrage républicain, d’autant que de l’autre côté le Rassemblement National, par le biais de la candidature plus radicale d’Eric Zemmour est apparu plus respectable, se normalisant dans l’image encore un peu plus…

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