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Un drive et ça repart

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Cet article est paru initialement dans 37°Mag, notre magazine papier.


Avec l’essor d’Internet, de plus en plus de magasins lancent un service de préparation de commandes à récupérer et à emporter en un temps record. Même les indépendants et agriculteurs s’y mettent. Flâner ou conduire : pour faire ses courses, il faut choisir.

Un vendredi après-midi dans le quartier des Halles de Tours : d’un côté de la rue on furète devant les stands de fruits et légumes, de poissons ou de fromages. Il faut parfois faire la queue de longues minutes et à plusieurs reprises selon ses besoins. Sur le trottoir d’en face, quelques dizaines de secondes suffisent pour repartir avec un plein de courses. Depuis deux ans Leclerc a installé là le premier drive citadin d’Indre-et-Loire, un local commercial exclusivement dédié à la réception de commandes passées au préalable via Internet. Délai annoncé à la clientèle : 2h entre la validation du panier et sa réception en boutique. « Nous sommes complémentaires des Halles. Beaucoup de personnes en sortent et viennent chez nous pour récupérer leur pack d’eau, le Sopalin ou le papier toilette » explique l’un des responsables du site, Frédéric Franco.

L’objectif d’une telle implantation est de séduire une clientèle de centre-ville, population étudiante voire adultes sans-voitures que l’on voit plus rarement dans les zones commerciales. Un public appâté par des prix équivalents à ceux des magasins de la périphérie tourangelle, « 20 à 30% moins chers que les petites surfaces du secteur » nous assure-t-on. Ainsi Leclerc récupère une part de marché sur les courses d’appoint, alors que la marque est absente du business des supérettes : « Quand on vend un kilo de bananes à La Riche, ici on nous demande plutôt 2 ou 3 bananes. Là-bas on voit les clients une fois par semaine alors qu’à Tours certains sont là tous les jours » souligne Frédéric Franco. La Riche, c’est le camp de base du magasin : un entrepôt ouvert depuis 2012. Chaque commande y est mise en sacs avant d’être distribuée sur place ou transportée vers Les Halles voire jusqu’à Langeais, le troisième point relais de l’entreprise dirigée par Jacques Bouhier (également dirigeant de l’hypermarché de Fondettes). Chaque jour, ce sont une dizaine de camions réfrigérés qui font la navette.

Le fonctionnement d’un drive nécessite une logistique bien rodée : « L’enjeu c’est qu’à partir du moment où une voiture arrive on puisse remettre la commande en moins de 5 minutes » explique Erwan Soulabaille, responsable d’Auchan Drive Chambray-lès-Tours depuis 2018. Dans cette succursale de l’hypermarché de la zone du Grand Sud, les livraisons de denrées sont quotidiennes : produits frais le matin, le sec l’après-midi. Au total 10 000 références réparties sur 1 800m², des gâteaux pour l’apéro jusqu’au terreau par gros sacs en passant par les steaks et le dentifrice. A chaque fois qu’un véhicule se gare sur le parking, une sonnerie retentit : équipées de boîtiers informatiques au poignet, les équipes récupèrent les commandes déjà emballées dans les différentes sections (à température ambiante puis rayon frais ou espace surgelés pour respecter la chaîne du froid).

Des réticences pour les commandes de produits frais

Le rythme est soutenu : « Lors des rushs on peut avoir jusqu’à 40 clients dans la demi-heure » nous dit Erwan Soulabaille. Et si jamais un produit manque, il peut toujours le récupérer dans les rayons du grand frère situé à quelques centaines de mètres de là. « Piquer » dans le stock accessible au grand public, c’est également ce qu’on fait du côté d’Intermarché Veigné. Sans entrepôt dédié à son drive, la moyenne surface fonctionne avec un seul et unique stock et 4 personnes pour rassembler les commandes. En cas de pénurie d’un produit, celui-ci est remplacé par un article équivalent voire de gamme supérieure. « On a commencé il y a 6 ans pour ne pas laisser filer la clientèle adepte d’Internet. Ça a mis du temps à prendre mais la croissance est forte. Aujourd’hui ça représente 4% de notre chiffre d’affaires contre 0,7% au début » se souvient le directeur Michaël Meunier.

Pratique pour éviter les tentations de dernière minute (les fameux paquets de chewing-gum disposés à l’entrée des caisses), faire ses courses en drive est souvent vu comme un atout de maîtrise du budget. La pratique se heurte tout de même à des réticences : « Beaucoup de clients préfèrent choisir eux-mêmes les fruits, les légumes ou la viande » précise le chef d’entreprise vindinien. « Quand on veut du poisson, on ne sait pas forcément si on va prendre du cabillaud, du colin ou du saumon. On se décide devant l’étal avec le visuel. Il y a un côté impulsion et parfois on a aussi besoin de se faire conseiller. » Ainsi, Michaël Meunier assure « qu’à terme il n’y a pas un circuit qui tuera l’autre. »

Les drives doivent également s’adapter aux nouvelles tendances de consommation et notamment la demande de produits plus qualitatifs. A Auchan Drive Chambray, on a ainsi installé un four pour cuire le pain sur place et 2021 correspond au lancement d’un service en vrac. A Leclerc Drive Tours-Centre, « 70% des piétons viennent avec leur propre sac ou cabas. » De même qu’on a vu fleurir les enseignes bio ou épiceries en vrac dans les villes ces dernières années, le secteur du bien-manger fait également le pari de la tendance des commandes en ligne. Début 2020 Le Drive du Bon Sens a ainsi ouvert ses portes près de l’A10 et de la clinique Vinci. Sa particularité : uniquement des aliments et produits d’hygiène en vrac, avec des contenants consignés et une affinité particulière pour les producteurs locaux.

Un drive réservé aux agriculteurs tourangeaux

« On a vraiment tous types de populations. Des gens de Tours-Sud ou Montbazon qui viennent en sortant du travail mais aussi des personnes de Chinon qui font la route exprès une fois par mois » indique la fondatrice de l’enseigne Cécile Auclair qui s’est inspirée d’une initiative similaire lancée à Toulouse. Face aux demandes, la marque a vite proposé un point de retrait à Tours-Nord et cible les Tourangelles et Tourangeaux désireux de réduire le poids de leurs poubelles : « Ce qui fonctionne le plus ? Les fruits, les légumes et les pâtes. Les bières locales aussi. On a encore un peu de mal avec les cosmétiques mais la clientèle qui les teste ne peut plus s’en passer après » poursuit la professionnelle dont les étals sont garnis de 700 références : « Ce qui est important pour moi c’est le contact avec les clients. On parle des produits et de leur vie. Certains sont devenus des amis. » Un peu comme dans un commerce de proximité, la voiture en plus.

Qui prépare les commandes ?

Chez Leclerc La Riche, c’est 50% de contrats à temps plein et 50% de temps partiel, surtout des jobs étudiants pour 12 à 15h hebdomadaires : « Les clients viennent surtout le soir et le week-end, à des créneaux où ces jeunes sont beaucoup disponibles ce qui nous permet d’ajuster les effectifs » explique le chef d’entreprise Jacques Bouhier. Un travail pénible : « On peut faire jusqu’à 10km dans la journée » souligne Erwan Soulabaille pour Auchan Chambray. Résultat : ses équipes tournent sur les différents postes au fil de la journée « pour éviter la monotonie. »

Même le secteur agricole s’y met avec le lancement d’une boutique web Mangez Touraine au printemps 2020. « Aujourd’hui nous avons 7 points retraits sur Tours Métropole mais aussi Sainte-Maure-de-Touraine ou Luynes » liste Lucie Champion qui chapeaute ce projet pour la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire, désireuse de surfer sur le regain d’intérêt des particuliers pour les circuits courts : « L’objectif c’est d’aider les professionnels à s’ancrer sur la vente directe pour ceux qui n’ont pas le temps de la développer. » Fromage, miel, viande, vin, produits maraîchers et même plants potagers… Au total plus de 800 références réparties selon les saisons, en provenance d’une trentaine d’exploitations. En moins d’un an plus de 4 000 membres ont créé un compte.

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