A la unePolitique

Tours Métropole : La méthode Schwartz attendue au tournant

Ce jeudi soir les élus de la Métropole se réunissent pour le premier conseil métropolitain de la rentrée. Un temps politique important d’autant plus que les changements suite aux dernières élections municipales ont bousculé les rapports de force et que de nouveaux équilibres se mettent en place…

Jusqu’à présent peu contrarié par la trêve estivale et une rentrée en douceur sans conseil métropolitain avant celui de ce soir, Wilfried Schwartz n’a pas pour autant attendu pour dessiner les contours de sa politique métropolitaine. En coulisses déjà, il s’est entouré de proches au sein du cabinet comme l’ancien membre du Parti Socialiste, Albin Herbette, devenu directeur de cabinet. Des arrivées d’un côté et des départs de l’autre comme Frédéric Baudin-Cullière, le Directeur Général des Services, remercié car jugé trop proche de la droite et de l’ancien président Philippe Briand. Un départ qui devrait être remplacé courant octobre mais dont il se murmure qu’il ne serait pas le dernier…

De mauvais signaux pour une partie des élus de droite de la Métropole, dont certains maires, qui regardent avec une certaine méfiance cette prise de fonction et ces premières décisions, invisibles pour le grand public mais qui pourraient avoir une influence sur la gestion de l’intercommunalité dans l’avenir.

Faire évoluer les choses en douceur

Jusqu’à présent, Tours Métropole était gérée dans le consensus, certes avec une majorité politique qui se dégageait (à gauche sous Jean Germain jusqu’en 2014, à droite avec Philippe Briand à sa tête ensuite), mais toujours en cherchant à conserver un certain équilibre entre les communes et territoires au-delà des étiquettes partisanes. La reconfiguration de l’assemblée intercommunale désormais forte de 87 membres, dont 38 pour la ville de Tours allait forcément bousculer les équilibres et certains craignaient une trop grande politisation des débats, notamment avec l’arrivée d’une majorité écologiste et sociale à Tours, bien décidée à bousculer les choses pour faire avancer son projet. En désignant Wilfried Schwartz président, nombre d’élus avaient acté le choix d’un président garant de l’équilibre entre Tours et les communes voisines, mais aussi ayant déjà l’expérience de la Métropole, en tant que vice-président depuis 2014. Un élu qui s’était alors rangé dans ce fameux consensus et dans lequel les élus (notamment de droite) lui ayant apporté leur soutien espéraient qu’il continue de se fondre encore une fois président. Un peu naïvement…

Oui car non seulement Wilfried Schwartz, partisan d’une accélération d’une Métropole qu’il jugeait trop timide, n’avait jamais caché son envie de faire évoluer les choses, ni son entente grandissante avec Emmanuel Denis et ses colistiers le temps de la campagne municipale, avec l’espoir de récupérer les clés de la grosse machine métropolitaine.

Fin manœuvrier, l’élu président de 35 ans n’entend pas pour autant tout bousculer brutalement, sachant pertinemment que les équilibres restent fragiles au sein d’une assemblée métropolitaine hétéroclite. Il n’a pas hésité ainsi ces dernières semaines à faire le tour des communes, non sans communiquer dessus, photos à l’appui. Une façon de se poser en rassembleur. Une manière aussi de faire entendre que s’il est un président de gauche, allié certain de la majorité de Tours, il sera aussi un président veillant à satisfaire les communes limitrophes de la ville capitale, alors même que le passé récent montre des relations parfois tendues sur fonds d’intérêts divergents.

Un subtil jeu d’équilibre

Pas encore président de Tours Métropole, Wilfried Schwartz lui-même nous déclarait ainsi « Les intérêts de la ville de Tours ne sont pas forcément ceux de la Métropole, il faut veiller aux équilibres de toutes les communes. » Aujourd’hui, en jouant à la fois la carte politique d’une majorité de gauche, mais aussi celle des équilibres territoriaux, Wilfried Schwartz veille ainsi à ne pas se laisser enfermer dans une logique purement politique, trop proche de la majorité de Tours, qui peut créer de son côté de la méfiance auprès des autres élus.

La perte de la présidence du Syndicat Mixte de l’Agglomération Tourangelle (SMAT) en est un exemple récent. Alors que la majorité métropolitaine avait proposé l’élue écologiste et première vice-présidente de la Métropole Cathy Savourey pour présider cette structure composée de trois intercommunalités (avec la communauté de communes Touraine Vallée de l’Indre et la communauté de communes Touraine-Est Vallées) et gérant notamment le SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale), un document capital pour la politique urbanistique, les élus du SMAT ont finalement préféré un candidat de dernière minute, l’élu tourangeau d’opposition Benoist Pierre (LREM). Difficile de ne pas y voir un camouflet mais aussi un avertissement.

Au sein même de l’assemblée métropolitaine, les oppositions pourraient se réveiller rapidement. La question de l’avenir de l’aéroport sur laquelle plusieurs déclarations publiques ont eu lieu, pourrait ainsi être le sujet qui relance les animosités dans les prochaines semaines. Sur ce sujet comme sur d’autres, Wilfried Schwartz aura un rôle d’équilibriste, et si ce n’est satisfaire tout le monde, essayer d’en mécontenter le moins possible… sous peine de voir la Métropole se gripper, alors même qu’un projet territorial métropolitain doit rapidement être lancé afin de dresser une feuille de route globale à une intercommunalité au poids grandissant dans les politiques publiques.

Print Friendly, PDF & Email