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Sous Emmanuel Macron, des ministres omniprésents en Touraine

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Depuis 2017 et la fin du quinquennat Hollande, l’Indre-et-Loire n’est plus représentée au gouvernement. Cela dit, il ne se passe jamais très longtemps sans qu’un ou une ministre débarque dans le département. Faut-il y voir un signe de reconnaissance ou d’opportunisme ?

Pour une fois, le déplacement est annoncé avec quelques jours d’avance : jeudi 22 avril, la ministre de l’industrie Agnès Pannier-Runacher est attendue en Indre-et-Loire, plus précisément dans l’usine Recipharm de Monts qui participe à la campagne nationale contre la Covid en mettant le produit de Moderna dans des flacons prêts à l’emploi. Cela fait plusieurs mois qu’on sait que le site tourangeau va accueillir cette production : ça représente une soixantaine de créations de postes et des millions d’€ d’investissements. De quoi créer de la curiosité : tous les médias veulent y aller, nous les premiers. Jusqu’ici les portes sont restées fermées et elles ne s’ouvriront donc que pour une visite protocolaire calibrée avec ministre, ce qui s’appelle une opération de communication.

Ne pas croire que l’on découvre le phénomène. Cela fait des années que c’est comme ça, bien avant l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron. Cela reste un manège intéressant à observer et à analyser. La fréquence des déplacements ministériels ou présidentiels sur un territoire, la nature de leurs visites, le temps passé sur place, les personnalités présentes autour… Tout a un sens.

De l’importance des photos de famille

Prenons un exemple : il y a quelques semaines, Gérald Darmanin est passé à Tours. Un petit coucou du ministre de l’intérieur précédemment passé par Châteauroux et qui rentrait ensuite à Paris. L’objectif de sa visite : officialiser l’arrivée de renforts policiers au commissariat et échanger avec les forces de l’ordre dans le cadre du Beauvau de la sécurité. Le cortège à peine reparti, le maire de Joué-lès-Tours Frédéric Augis s’offusque de ne pas avoir été intégré à la liste des invités, rappelant au passage que les policiers annoncés pour sécuriser le quartier de la Rabière se faisaient désirer sur le terrain. Le courrier tourne sur le net et dans les médias… Et quelques jours plus tard, voilà que l’élu qui vient de revenir chez Les Républicains parade avec le 1er ministre et le ministre de la santé qui découvrent le centre de vaccination anti-Covid de la 2e commune du territoire. Affront réparé.

Ce déplacement de Jean Castex et d’Olivier Véran est un autre modèle du genre. Organisé le 2 avril, 36h après l’annonce d’un 3e confinement par Emmanuel Macron, il se déroule au CHU de Tours et – donc – à l’Espace Clos Neuf. Il a fallu attendre le soir du 1er avril pour en avoir la confirmation officielle même si des bruits filtraient dès le matin, en particulier à cause d’une forte présence policière à l’hôpital (le personnel a notamment dû se soumettre à des contrôles de sécurité poussés). Deux ministres…. qui en chassent une autre. A l’origine, l’actualité de la journée devait être placée sous le signe de la lutte contre les violences faites aux femmes et surtout de la prise en charge des auteurs avec la venue d’Elisabeth Moreno qui est en charge de l’égalité femmes-hommes. Sa deuxième sortie en terres tourangelles a été tout simplement annulée et reportée à une date ultérieure non précisée. Même chose pour un passage de la ministre de l’Environnement Barbara Pompili qui devait se tenir quelques jours plus tôt et dont on est sans nouvelles.

Quelles arrière-pensées derrière les visites ?

On le comprend : la communication ministérielle répond à des codes bien précis. Un savant dosage : pas trop d’un coup, mais à intervalles réguliers. De préférence en combinant enjeux nationaux et annonces locales pour s’assurer un maximum de reprises presse et rentabiliser le déplacement. Ce fut le cas avec Jean Castex et Olivier Véran, venus dans les couloirs des services réanimation et maladies infectieuses du CHU Bretonneau avant d’annoncer une rallonge financière de l’Etat pour la reconstruction du CHU Trousseau. La première séquence fait les choux gras de l’émission Quotidien qui se moque allègrement des mimiques du premier ministre (et tourne en boucle depuis à l’hôpital), tandis que les médias locaux détaillent le soutien de Paris pour l’un des plus gros chantiers de ces prochaines années.

C’était la première fois que Jean Castex passait par Tours depuis sa prise de fonction. Il aurait dû le faire il y a quelques mois afin d’inaugurer un nouveau service de la Banque Alimentaire à destination des étudiants mais la crise sanitaire l’en avait empêché. C’est finalement Marc Fesneau (en charge des relations avec le parlement) qui s’en est chargé. Un ministre originaire du Loir-et-Cher par ailleurs pressenti pour mener la campagne LREM aux Régionales en Centre-Val de Loire qui a besoin de notoriété (car le rapport entre l’association caritative et ses missions gouvernementales est pour le moins assez vague). Ce n’est pas le premier à ruser de la sorte : sous François Hollande, on se souvient des nombreux déplacements de Marisol Touraine le vendredi après-midi, le plus souvent sur le territoire de sa circonscription (sud-agglo et Sud-Touraine). Pratique pour garder le lien avec son électorat en jouant la carte ministérielle (ce qui ne l’a pas empêchée d’être battue en 2017).

Des ministres qui vont jusqu’à satisfaire le maire de Tours

Alors les ministres se servent-ils de la Touraine pour déployer leurs messages à peu de frais ? L’affirmer serait au mieux réducteur. Disons que c’est un mélange de plusieurs ingrédients :

  • L’Indre-et-Loire est à 1h15 de Paris en TGV, ça aide. Par exemple pour un déplacement express dans les vignes après une vague de gel (cf. le ministre de l’Agriculture Julien Denormandie le 9 avril à Parçay-Meslay)
  • Ensuite, si on regarde ses parlementaires, le territoire est plutôt Macron-compatible (4 députés LREM ou proches de la majorité, dans l’attente du résultat de la législative partielle du Lochois où Sophie Métadier – favorite – est soutenue par le mouvement présidentiel)
  • Troisièmement, la Touraine représente environ 1% de la population française avec des caractéristiques proches des moyennes nationales. C’est un bon laboratoire. Comme l’est aussi le Loiret, par exemple, également bien pourvu en déplacements gouvernementaux

Ne négligeons pas enfin un lobbying des députés pour obtenir l’onction ministérielle voire présidentielle sur les dossiers qui leur sont chers (dans ce cas, être soutien de la majorité compte). « C’est une belle reconnaissance de notre travail de parlementaire et d’ambassadeur de territoire » observait récemment le député de Tours Philippe Chalumeau auprès de 37 degrés. Des élus qui, comme le maire de Joué-lès-Tours, s’arrangent pour bien se placer sur les photos (Fabienne Colboc à l’arrivée de Jean Castex et Olivier Véran à la gare TGV de Saint-Pierre-des-Corps, Daniel Labaronne aux côtés de Julien Denormandie)… au risque de faire grincer des dents chez leurs collègues. Des petits accrocs qui font partie du jeu et qui importent moins aux yeux du pouvoir que les remerciements appuyés du maire écologiste de Tours Emmanuel Denis à Jean Castex sur l’enveloppe pour le CHU ou à Gérald Darmanin sur les renforts policiers.

De la part d’un homme qui ne mâche jamais ses mots à l’égard des Macronistes et signe de nombreuses tribunes pour infléchir la politique du gouvernement, il s’agit-là de relais très précieux. Paris est malin.

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