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Rochecorbon : L’éclaireur de Lanterne

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Retrouvez le dossier principal du magazine papier 37° n°7 nommé « VillaJoie »

Que serait la France sans ses campagnes ? Souvent décrites depuis des années comme en déclin, comme des territoires oubliés, les campagnes françaises et de Touraine, retrouvent une vigueur et un intérêt certain de la part d’une partie de la population désireuse de plus de nature et de verdure. Pourtant, loin de l’image d’Epinal que l’on peut s’en faire, et malgré les problématiques réelles, elles n’ont jamais cessé d’être vivantes et d’être animées par des habitants attachées à leur terre, leur village et qui vivent pleinement leur ruralité…

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Depuis 10 ans, Claude Mettavant se faufile dans le passé de Rochecorbon à la recherche de tout objet ou document susceptible d’éclairer encore un peu plus l’histoire de ce village. Un véritable travail d’enquêteur, qu’il synthétise avant de le matérialiser sous bien des formes différentes. Rencontre avec cet historien aussi local que loquace.

Un anachronisme. Sur le plateau dominant la Loire et la rue de la Bourdonnerie, un pavillon des années 1960 est adossé aux dernières ruines de l’ancien château de Rochecorbon. Une petite dizaine de siècles sépare ces deux constructions que tout oppose, mais se retrouvent sur un même trousseau de clés. Comme à chaque fois qu’il est confronté à une situation historique burlesque, Claude Mettavant laisse son sourire malicieux se décliner en un rire jovial qui lui donne des airs de grand enfant. « Oui, la cohabitation est très amusante. Je ne suis pas vraiment sûr qu’à notre époque un Architecte des bâtiments de France aurait donné son accord », nous répond l’historien local en allant récupérer les clés des derniers vestiges chez les propriétaires.

Ce mardi matin, Claude Mettavant nous propose de visiter les deux souterrains encore accessibles de cette ancienne forteresse dont les premières fondations remontent au Xe siècle. Ils font partie des derniers témoins du développement important que va connaître cette forteresse à partir du XIe siècle. Les pans de bois sont remplacés par des tours et des murailles en pierre. Le plateau devient un véritable château fort avec chapelle, donjons et douves. Particularité, on y accédait uniquement grâce aux souterrains. Si le premier souterrain nous donnait accès à une remarquable et insolite vue sur la Loire, le deuxième nous fait découvrir plusieurs bouteilles de vin. Chacun a ses trésors. Ou presque. « On en a goûtées plusieurs avec les propriétaires, mais nous sommes tombés que sur des mauvaises pioches… À l’époque, cette cavité était sûrement une ancienne salle des gardes », nous raconte le retraité, en ajustant sa lampe frontale. 

En remontant du deuxième souterrain, c’est vers le dernier vestige que nous emmène Claude Mettavant. La célèbre Lanterne de Rochecorbon. Pour l’érudit local, c’est avec cette Lanterne que tout commence. En 2011, lors de vacances hivernales à La Clusaz, il tombe par hasard chez un brocanteur sur une collection de cartes postales de cette tour. Venu s’installer avec sa femme en 2006 à Rochecorbon, il connaissait bien l’emblème du village sans pour autant y porter une grande attention. Sauf que devant ce lot de gravures, où la Lanterne est représentée à différentes époques, il est tout de suite intrigué par les diverses légendes mentionnées sur son rôle, mais également sur son siècle de construction. Ce directeur de ressources humaines décide alors de mener l’enquête. Il se passionne et parcourt alors aussi bien les livres historiques, que les brocantes, les archives départementales ou Internet afin de dénicher le moindre indice. Aujourd’hui, pour lui aucun doute, il ne s’agit sûrement pas d’un phare, mais d’une tour qui servait à indiquer la présence d’une zone de péage. « Quand on observe son couronnement [Partie supérieure d’une construction, NDLR], il est typique du 15e siècle. » La Lanterne serait donc le dernier édifice majeur construit sur ce château avant que celui-ci ne tombe en ruine avec le temps. 

Des erreurs, il en trouve beaucoup

Claude Mettavant ne s’arrête pas là. Après la Lanterne, il se passionne pour la forteresse. La suite est logique, mais il a surtout de la suite dans les idées. C’est bien beau de chercher et de synthétiser, mais ce qui lui plait aussi c’est de matérialiser son travail. Entre deux publications sur le château de Rochecorbon et sa Lanterne, il décide de reconstituer entièrement cet ensemble sur la forme d’une carte 3D. Le résultat, bluffant, a nécessité environ 500 heures de travail. Plutôt amusant pour un historien local qui n’aime pas particulièrement l’histoire : « Les histoires de descendances me gonflent royalement. Je suis surtout très curieux. J’adore fouiner, chercher et corriger les erreurs historiques qui se sont accumulées avec le temps ». Et des erreurs, il en trouve beaucoup. « Tout le monde peut être historien local. Avec l’essor d’Internet, nous avons accès à beaucoup de sources. Des sources on en a un paquet, mais des informations exactes… Le travail de l’historien local consiste donc principalement à récupérer un corpus de documents, papier ou numérique sur une thématique précise et ensuite il doit tout vérifier et parfois déconstruire certains mythes. Sinon, on fausse le métier quelque part. Malheureusement dès qu’il y a une erreur sur un site, elle est souvent dupliquée sur d’autres. C’est le côté négatif du « copier-coller. »C’est dans son « antre » que nous poursuivons notre matinée. À l’intérieur de son bureau, tout est classé, rangé, hiérarchisé. Que ce soit dans son ordinateur ou dans son armoire à tiroirs. Guinguettes, Première Guerre mondiale, vignerons, herbier, tramway, château 3D… il ne manque rien. Il faut bien dire que depuis ses premiers travaux sur la Lanterne, il a passé au peigne fin toute l’histoire de Rochecorbon.

Cette histoire, il s’apprête à la retranscrire dans une encyclopédie de 11 tomes de 700 pages chacun. Onze livres, en hommage aux 11 lettres de Rochecorbon, où en plus de ses écrits on retrouve une bonne partie de sa collection de 1 400 cartes postales, ses différentes gravures et ses schémas de reconstitutions historiques. Il a déjà réalisé trois volumes et tiré une première épreuve. Il se passionne aussi pour tout ce qui va servir à la conception de ses écrits. Logiciel 3D, de PAO, de photos ou de dessins sans oublier ses notions en typographie, sa soif de curiosité est immense et semble sans fin. Serait-il un peu fou ? Pour lui, non, mais ses futurs lecteurs peut-être un peu : « Le but de cette encyclopédie est de livrer tout ce que j’ai amassé et appris sur Rochecorbon avec les années. Je ne suis pas un vulgarisateur. Parcourez mon tome 3, il faudrait être un peu cinglé pour tout lire d’une traite. Ce serait indigeste. Je veux simplement laisser une trace. Une trace qui servira à d’autres. L’historien ne sait pas tout et ne saura jamais tout. Il est très important d’en avoir conscience. Notre travail ne sera jamais achevé. On ne fait qu’apporter une contribution ». Et sa contribution, à lui, c’est en partie cette œuvre monumentale.

Son cartable est prêt

Claude Mettavant, qui consacre en moyenne 5h par jour à ses recherches et à ses écrits, fait également partager ses travaux à la municipalité. Il tient une rubrique historique dans La Lanterne, le journal municipal, où il délivre des articles sur les ports de Loire, le nom des rues où les loges de vignes. Il présente également plusieurs conférences, organise une randonnée pour les Journées du patrimoine et a contribué à l’écriture des panneaux historiques sur le circuit pédestre L’Histoire dans la rue… 

Mais cette activité aurait-elle un côté négatif ?  « Le problème de l’historien local, ce qui n’est pas vraiment un problème, c’est qu’il doit s’intéresser à toutes les époques sans en être un expert. Il ne travaille pas en fonction d’une période, mais d’un périmètre géographique. Il doit également s’intéresser au présent, à l’actualité locale. Pour ne rater aucune information sur Rochecorbon, j’ai trois robots numériques qui tournent sans arrêt ».

Lui non plus ne s’arrête jamais. Récemment, il s’est découvert un grand intérêt pour les maisons aux champs. Ces grandes demeures rurales où l’on cultivait sa propre nourriture et qui ont eu un grand intérêt au 16e s parmi l’élite urbaine. Une élite lassée par les odeurs, le bruit et les doutes concernant la provenance de leur repas. Un exode urbain qui semble de nouveau au goût du jour. Pour aller plus loin sur ce sujet, Claude Mettavant s’est inscrit cette année en Master d’histoire : Villes, économies et société. Il aura 67 ans en février prochain. La curiosité semble loin de n’être qu’un vilain défaut.

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