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On a testé pour vous : l’Urbex.

Les temps changent, les explorateurs aussi. Plus besoin de s’enfoncer dans la jungle, de parcourir le désert ou encore de traverser l’Atlantique pour jouer aux aventuriers. L’exploration prend place dans en pleine ville, juste à côté de chez nous.

Depuis quelques années l’exploration urbaine de lieux laissés à l’abandon (abrégé Urbex) fait son nid en France. Internet, à travers son contenu photo et vidéo a largement popularisé l’activité née dans les années 80.

Avec la rédaction on a voulu suivre la tendance et on a donc décidé d’enfiler nos plus belles baskets pour partir à la découverte d’une usine abandonnée, en compagnie de notre guide Marie-Lou.

Contact facile

S’il a été très facile pour nous de convaincre Marie-Lou de nous emmener dans cette aventure, il a été beaucoup plus difficile de trouver le lieu et surtout la porte d’entrée de cet endroit laissé à l’abandon. En effet, même sur ce fameux Google à qui aucune information n’est censé échapper, aucun indice sur comment accéder au bâtiment. Seules des photos au cadrage volontairement serré nous donnent un aperçu de ce que l’on va voir. Serions-nous alors parmi les premiers à visiter ce bâtiment ? La vérité est ailleurs. En effet, la communauté “Urbex” à une règle d’or, gravée dans le béton : personne ne doit divulguer d’adresse ou toute information pouvant laisser deviner la localisation d’un lieu d’exploration. Cette règle est respectée à la lettre, même à l’heure de l’information de masse.

Accès difficile 

Heureusement, Marie-Lou, forte de ses deux premières expériences d’exploratrice, nous a trouvé un moyen d’accès après une dizaine de minutes de marche. C’était un portail faussement verrouillé, entre deux murs de barbelés, qu’il a suffi de pousser.

Nous voilà maintenant dans la cour du bâtiment, le paysage est tchernobylesque (sans les radiations, bien heureusement pour nous), la végétation reprend peu à peu ses droits sur cette friche industrielle. De l’extérieur, le bâtiment est plutôt menaçant, vitres brisées, murs usés par le temps, portes condamnées. Tout est presque trop parfait, on se croirait devant un décor hollywoodien.

Être devant le bâtiment, c’est bien, y rentrer, c’est mieux. Pas de porte à l’horizon, c’est par une fenêtre brisée que nous décidons, tant bien que mal, de nous introduire dans l’ancienne usine.

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Une décennie d’exploration

Fermé, il y a plus de dix ans, il n’est pas rare que le bâtiment accueille des curieux, des squatteurs et des explorateurs.

Malgré le voeu de silence formulé par la communauté Urbex, ce lieu n’est pas si secret. En effet, il a accueilli plusieurs événements (Rave-Party, tournages de clips) et fut même ouvert au public lors de journées du patrimoine. On est même à peu près sûr que nos chers lecteurs devineront assez facilement le lieu que nous avons visité.

Les graffitis qui jonchent les murs témoignent de ce passage récurrent. En un pas dans l’usine, on passe de la fresque artistique aux signes sataniques, des injures antisémites aux références musicales plus ou moins douteuses, il y en a pour tous les goûts (et dégoûts).

La politique a également sa place dans l’usine, on a le droit à des slogans revendicateurs, de  “Chirac en prison” à “Fuck Trump”. Les personnages ne sont plus les mêmes, le message lui reste intact : l’homme politique n’est pas vraiment le bienvenu.

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Un musée clandestin

Ce que nous découvrons à l’intérieur est hors du temps, c’est un bâtiment immense, qui s’élève sur trois étages. Chaque fois que l’on tourne (et qu’on lève) la tête, ce sont des décennies de dur labeur que l’on traverse.. 

L’immensité, la lourdeur du bâtiment nous permet de nous imaginer la pénibilité du travail qui fut un temps effectué entre ses murs, et ce malgré la disparition de toutes les machines. D’ailleurs, la seule affiche encore intacte que nous avons pu voir dans le bâtiment est un tract de la CGT datant de 1996..

À chaque extrémité de l’usine, des sanitaires peu accueillant faits de toilettes turques et de douches usées par le temps nous donne, là encore, une vision très rude du monde de l’industrie qui a marqué le 20ème siècle.

Tout au fond du bâtiment, un escalier aux peintures presque intactes semble avoir mieux résisté que le reste. En haut, ce sont des murs tapissés et un sol soigné qui nous font face. Le décor tranche. Nous sommes dans l’ancienne administration du bâtiment. On y trouve même deux coffres, que des explorateurs de passage ont essayé de forcer, sans toutefois y parvenir….

Alors que le soleil prend de la hauteur pour mieux traverser les fenêtres encore intactes du bâtiment, nous découvrons peu à peu une autre histoire, celle-ci beaucoup plus récente…

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Le nouveau paradis des photographes 

L’Urbex et la photographie, c’est un mariage qui fonctionne très bien.

Pour preuve, lors de notre visite, nous avons rencontré Jean-Daniel, photographe amateur accompagné de son modèle. Loin d’être un explorateur urbain, notre photographe nous avoue avoir été touché par le cadre, et toute l’histoire que cela représente. Les lieux abandonnés sont les nouveaux lieux favoris des photographes grâce à leurs esthétiques si particulières mais aussi à l’atmosphère  unique qui ressort d’un cliché Urbex. C’est la rare possibilité de capturer deux époques, voire plus en une seule photo.

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Sortie d’usine

Après deux heures passées à explorer l’usine en long, en large et en travers, il est temps pour nous de retrouver la civilisation. Alors que l’on se préparait mentalement à passer de nouveau par une fenêtre, un graffiti au sol nous indique plus ou moins cordialement la direction d’une porte ouverte, on aurait bien aimé la trouver deux heures plus tôt.

On repart, sales, mais heureux, avec le sentiment de nous être immergés dans l’histoire d’un bâtiment, d’avoir voyagé à travers le temps.

Les cinq conseils de la rédaction, approuvés par Marie-Lou, pour une exploration réussie :

  • On pense à lever la tête.
  • On évite de mettre nos vêtements préférés et on met de bonnes chaussures. Les débris au sol peuvent être dangereux.
  • On ne vole rien, on ne dégrade rien.
  • On prend de belles photos.
  • On n’oublie pas de vérifier s’il n’y a pas de porte avant de passer par la fenêtre.
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