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[Municipales à Tours] Vers un duel Emmanuel Denis – Christophe Bouchet ?

La publication d’un sondage sur les intentions de vote au premier et deuxième tour des élections municipales par nos confrères de La Nouvelle République, la semaine dernière, a fait entrer la campagne dans un nouveau tournant…

Il était attendu et il aura été commenté. Le sondage Ifop commandé par La Nouvelle République n’a pas manqué de faire réagir au sein des équipes en campagne à Tours. Les uns y voyant une preuve de la dynamique enclenchée, les autres réfutant ou minimisant les scores estimés. Aussi imparfait soit l’exercice (En 2014, on se rappelle que Jean Germain était donné gagnant dans un sondage quelques jours avant l’élection…), un tel sondage donne néanmoins une tendance qui bouscule les équipes en campagne.

La confirmation de la dynamique enclenchée à gauche

Un candidat écologiste en tête au premier tour, donné vainqueur dans deux scénarios sur les trois étudiés au deuxième tour (voir ci-contre). Les résultats du sondage ont en effet de quoi bousculer quelques certitudes. Si ce scénario se confortait, le résultat serait historique et confirmerait la vague écologiste qui plane actuellement sur ces élections municipales en France et dont semble bénéficier Emmanuel Denis à Tours, et ce malgré un taux de notoriété plutôt faible à en croire ce même sondage.

En regardant de plus près, ce scénario est en revanche loin d’être une surprise. En effet, Emmanuel Denis ayant réussi à faire le rassemblement de la France Insoumise jusqu’au Parti Socialiste, il parait difficilement concevable qu’il n’affiche pas un score élevé au premier tour. Nous l’avons déjà écrit, ce rassemblement doit permettre à la tête de liste écologiste d’obtenir un socle de voix important au premier tour. L’enjeu pour lui étant dès lors de dépasser ce score aussi flatteur soit-il, pour arriver à convaincre des électeurs naturellement moins favorables, à porter leur voix sur son nom au deuxième tour. Pour l’emporter, Emmanuel Denis devra non seulement contenter un électorat plutôt de gauche dure, tendance France Insoumise, tout en allant chercher les voix d’un électorat de centre-gauche. Chose aisée à dire, mais loin d’être facile à réaliser.

Le sondage en détail :

Intentions de votes au 1er tour :

  • Emmanuel Denis, EELV, PS, PC, FI : 33%
  • Christophe Bouchet, LR, UDI, Parti Radical : 29%
  • Benoist Pierre, LREM : 12%
  • Gilles Godefroy, RN : 9%
  • Xavier Dateu, DVD : 7%
  • Nicolas Gautreau, DVG : 5%
  • Claude Bourdin, DVG : 2,5%
  • Mickaêl Cortot, DVG : 1,5%
  • Philippe Lacaïle, DVG, 0,5%
  • Thomas Jouhannaud, LO : 0,5%

Intentions de votes au 2e tour selon 3 scénarios :

  • Emmanuel Denis 38%
  • Christophe Bouchet 35%
  • Benoist Pierre 16%
  • Gilles Godefroy 11%.

En cas de triangulaire sans le RN :

  • Emmanuel Denis 42%
  • Christophe Bouchet 40%
  • Benoist Pierre 18%

En cas de triangulaire sans Lrem :

  • Emmanuel Denis 44%
  • Christophe Bouchet 44%
  • Gilles Godefroy 12%

Les trois semaines qui restent de campagne seront ainsi cruciales et déterminantes pour le candidat écologiste et toute la liste « Pour Demain, Tours 2020 » pour convaincre les électeurs qu’ils peuvent porter une véritable alternative crédible pour gérer la ville lors des six prochaines années. Si la possibilité d’une victoire est bien réelle, en revanche, le moindre faux pas peut être fatal.

Christophe Bouchet, le sortant devenu le chasseur 

Dans les courses sportives, on dit souvent qu’il vaut mieux être le chasseur que le chassé. Cela pourrait s’appliquer également en politique. C’est en tout cas dans cette position que se retrouve Christophe Bouchet. Crédité de 29% d’intentions de voix au premier tour, ce score pourrait paraître faible pour un sortant, il le place pourtant dans une position plutôt favorable. Pas distancé par le candidat de la gauche rassemblée et à l’inverse creusant l’écart avec Benoist Pierre, le candidat LREM, Christophe Bouchet voit sa stratégie de jouer l’affrontement idéologique avec Emmanuel Denis se vérifier et il compte bien appuyer dessus. Dans une ville réputée modérée et plutôt centriste, il n’a pas hésité ainsi a renforcé sa stratégie dans ce sens, cherchant à extrêmiser le candidat écologiste, avançant notamment son alliance avec la France Insoumise. Dès le soir du sondage de la NR, Christophe Bouchet a sorti un tract comparatif, dénigrant le programme de son concurrent. La ficelle est éculée mais fonctionne toujours auprès d’un électorat plutôt conservateur. Car derrière ce tract l’idée est simple : mobiliser un électorat allant du centre modéré à la droite, potentiellement tenté de voter pour d’autres candidats, en s’érigeant contre le meilleur rempart face à la peur de voir la liste de gauche gagner la ville.

La grimace du côté des partisans de Benoist Pierre

Placés troisièmes dans ce sondage, du côté des militants et colistiers de Benoist Pierre, on accuse le coup en revanche. Avec seulement 12% des intentions de voix, la liste « C’est Votre Tours » conduite par le candidat investi par La République en Marche paye le contexte national défavorable au parti du gouvernement.

Certains essayent néanmoins de relativiser : « c’est une base, elle n’est pas mauvaise car on part de zéro » témoigne ainsi un colistier de Benoist Pierre. Certes, mais l’objectif de finir devant Christophe Bouchet au premier tour parait difficile aujourd’hui. Dès lors les questions d’un éventuel accord entre les deux listes au deuxième tour se posent. Les membres de « C’est votre Tours » le savent. « On nous parle beaucoup de cela » nous dit l’un d’entre eux sur les marchés ce week-end avant de poursuivre : « Mais on reste concentrés sur le premier tour, rien n’est joué. »

Si dans le discours officiel, ce sont les arguments d’une troisième voie face à Christophe Bouchet et Emmanuel Denis qui sont avancés, en coulisses, beaucoup rejettent et craignent l’arrivée au pouvoir des écologistes dans la ville. Certains « par pragmatisme » disent-ils, penchent déjà vers un accord avec le maire sortant si le cas se présentait. « On ne peut pas laisser la ville à une majorité comprenant la France Insoumise » est une phrase régulièrement entendue ainsi ces derniers jours. Oui mais s’allier avec Christophe Bouchet serait également un constat d’échec alors que Benoist Pierre et ses soutiens n’ont cessé de rejeter la politique du maire sortant ces derniers mois. Des critiques qui avaient atteint leur paroxysme au moment de la bataille pour l’investiture de La République en Marche l’été dernier.

La candidature de Benoist Pierre s’est en effet construite sur une idée d’alternative à la majorité municipale actuelle aux « méthodes » jugées « pas compatibles » avec son projet. Un ralliement éventuel constituerait donc un camouflet, même s’il sauverait éventuellement la face, avec l’espoir de constituer un ticket gagnant avec la majorité sortante… Pas sûr non plus qu’un tel choix ne laisserait pas de profondes cicatrices en interne au sein de LREM.

Le choix serait cornélien donc : se maintenir et défendre son projet ou tenter un coup avec la majorité sortante, sans certitudes de réussites non plus ? On se souvient qu’en 2014, l’alliance entre les écologistes et les socialistes dans l’entre-deux-tours n’avait pas suffi pour constituer un nouvel élan. La dynamique du premier tour pour la liste arrivée en tête, celle de Serge Babary, s’était vue renforcer au final et la droite avait emporté contre toute attente la Mairie…

Les autres candidats en arbitres du scrutin ?

Reste la question des autres listes qui ne sont pas à oublier. Au-delà de 5%, elles peuvent en effet fusionner avec une liste qualifiée au second tour. Elles seraient 6 à pouvoir espérer dépasser ce stade. En 4e position on retrouverait le Rassemblement National dont la liste est conduite par le conseiller municipal Gilles Godefroy. Le parti d’extrême-droite vise les 10% pour maintenir des élus au Conseil Municipal.

Derrière on retrouve Xavier Dateu puis Nicolas Gautreau crédités respectivement de 7% et 5% d’intentions de votes. Deux candidats qui se sont placés sur un courant indépendant, jouant fièrement leurs chances et qui espèrent encore monter avec l’espoir de peser eux-aussi… Là encore, ils devront faire des choix si le cas de figure se présentait. Derrière les deux désormais favoris que sont Emmanuel Denis et Christophe Bouchet, ils sont ainsi plusieurs à pouvoir faire pencher la balance d’un côté ou non. Et vu les écarts serrés qui s’annoncent, aucune voix ne sera à négliger …

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