A la unePolitique

Municipales à Tours : Le tramway en eaux troubles…

C’était un débat qui était attendu dans la campagne municipale, mais qui a pris un tournant étonnant. La question de la 2e ligne de tramway agite les derniers jours de campagne à Tours. On vous aide à y voir plus clair.

Le projet initial

A l’automne 2017, après deux années de pré-études, les élus de Tours Métropole validaient le tracé de la deuxième ligne de tramway entre la Papoterie à Chambray-lès-Tours et le périphérique à La Riche. 4 ans après l’inauguration de la première ligne et dans la continuité de la réussite de celle-ci avec des pointes à 70 000 visiteurs journaliers au maximum. L’idée qui a fait alors son chemin est de poursuivre le développement d’un réseau de transports en commun avec deux, trois voire quatre lignes à long terme afin d’avoir un réseau maillé.

La priorité se fixe alors sur un axe Chambray-La Riche avec l’objectif de relier les deux hôpitaux Trousseau et Bretonneau, mais aussi de faciliter l’intermodalité en amenant les terminus de la ligne en abord du périphérique avec l’idée de construire des parkings relais pour que les personnes extérieures à l’agglomération puissent y déposer leur voiture et finir leur trajet jusqu’au cœur de l’agglomération en tramway.

Une idée séduisante sur le papier mais qui connait durant l’année 2018 son lot de polémiques, notamment en ce qui concerne le passage à Tours Centre. Finalement l’option du Boulevard Béranger est retenue en fin de cette même année et la mise en service de la seconde ligne annoncée pour 2025.

Entre temps, face aux coûts que représentent ces investissements, mais aussi face à la polémique qui a laissé des traces, Philippe Briand explique qu’il faut anticiper et penser en maillage. Le Président de Tours Métropole ne parle plus dès lors de 2e ligne mais de tronçons  en demi-ligne au nombre de 4 (Verdun-Chambray, Tours Centre-La Riche, Tours Centre-Saint Pierre des Corps, Tours Centre-Saint Cyr) en expliquant vouloir lancer les études partout pour pouvoir démarrer les travaux sur l’un ou l’autre tronçon dès que les finances le permettent. On comprend également qu’en faisant ainsi, Tours Métropole se protège d’éventuels recours qui pourraient retarder le lancement du projet. En clair si des recours arrivent sur un tronçon, les travaux pourraient démarrer ailleurs.

Relire notre article d’avril 2017 : Quel réseau de tramway demain à Tours ?

Ainsi que notre article d’avril 2018 : Derrière la deuxième ligne de tramway, l’enjeu du schéma global de mobilités

En quoi est-il remis en cause ?

Durant toute la campagne des Municipales à Tours, ce projet, et alors que 3 millions d’euros ont déjà été engagés par Tours Métropole pour des études, est revenu sur le devant de la scène avec plusieurs candidats le remettant en cause. Nous avions fait un sujet sur les propositions des uns et des autres ici :

Le tramway : un enjeu des municipales

Pour ne rien aider à la clarification des débats, Philippe Briand, le président de Tours Métropole en personne a indiqué ces derniers mois réfléchir à tous les modes de déplacement possibles en fonction de leur coût et de leur capacité. En clair, après avoir voté pour un tramway sur fer, finalement rien ne serait acté.

Pour financer un tel projet, la Métropole a quatre leviers possibles : L’emprunt, les aides (de l’Etat ou de l’Europe notamment), les revenus liés à la billetterie (20 millions d’euros par an actuellement), et la taxe transports versée par les entreprises sur son territoire. Seulement, la crise du Covid étant passée par là, entraînant une crise économique, le débat sur les capacités à financer le projet dans son ensemble est ressorti lors de la campagne du 2e tour des Municipales à Tours.

Dans un entretien long format avec notre Rédaction, Christophe Bouchet a ainsi clairement annoncé avoir revu sa position sur le sujet, souhaitant se concentrer pour le mandat à venir sur le tronçon Verdun-Trousseau, ce qui permettrait de relier l’hôpital à la gare de Tours. Une position finalement dans la lignée du souhait de Philippe Briand de penser par demi-lignes. Pour le candidat radical, la Métropole n’aurait pas les capacités de faire plus dans les six ans à venir. Rappelons que le projet global Chambray-La Riche avait été chiffré à 450 millions d’euros.

Oui mais Christophe Bouchet a été plus loin dans sa réflexion. Pour ce dernier, l’axe vers l’ouest et La Riche ne serait finalement pas le plus pertinent pour la suite et le maire sortant de Tours a clairement indiqué sa préférence pour une orientation vers l’est et Saint-Pierre-des-Corps. Un choix justifié par deux arguments : d’abord le temps de trajet entre Tours et le terminus de La Riche qui serait trop long car serpentant trop dans les rues et d’autre part par la nécessité de développer des réseaux à l’est du territoire métropolitain au regard des connexions journalières qui se font.

Lire sur Info Tours : Objectif Maire avec Christophe Bouchet : « On s’est trompés sur le tracé de la 2e ligne de tram »

Une sortie qui n’a pas manqué de faire réagir le maire de La Riche, Wilfried Schwartz, réélu au 1er tour dans sa commune après une campagne en partie menée sur les transformations urbaines à venir avec le tramway justement. Pour ce dernier, « Ce développement (vers l’ouest) répond aux études de fréquentation qui l’ont identifiée comme étant la meilleure techniquement. Ce tracé pose par ailleurs les bases d’un futur « tram-train » et d’un maillage important sur l’ensemble de la métropole. » Et le maire de La Riche d’alerter sur le fait qu’une remise en cause du projet validé, repousserait sa réalisation de plusieurs années.

Lire sur Info Tours : Tracé de la ligne B du tram : le maire de La Riche répond au maire de Tours

Une position partagée également par l’ADTT (association pour le développement des transports collectifs en Touraine) qui a réagi par communiqué pour s’offusquer des propos de Christophe Bouchet, mais aussi par le candidat écologiste à Tours, Emmanuel Denis. Lors de son grand entretien avec notre rédaction, ce dernier a réaffirmé qu’il fallait poursuivre le projet actuel : « Il faut arrêter de tergiverser : le travail a été fait et on perd du temps. On aurait pu accélérer sur ce sujet. »

Pour la tête de liste qui rassemble des partis de gauche et écologistes, « le tram est un enjeu de santé publique pour avoir moins de pollution et d’émission de gaz à effet de serre. On a obligation de travailler sur ces sujets-là car on est en retard sur d’autres villes. D’autant plus qu’à Tours l’effet tramway est indéniable : on est passé de 23 millions de passagers par an sur le réseau Fil Bleu avant son inauguration à 40 millions l’année dernière. »

Lire sur Info Tours : Objectif Maire avec Emmanuel Denis : « On a perdu du temps pour réaliser la 2e ligne de tramway »

Un sujet symbolique et politique

Si le tramway fait autant parler de lui, c’est qu’il est non seulement un sujet structurant pour le territoire, mais aussi un symbole de la politique d’aménagement souhaitée. C’est également un sujet clivant avec son lot de potentiels riverains du futur tracé, soucieux de défendre leurs intérêts et leur cadre de vie. En annonçant à quelques jours du scrutin sa volonté d’abandonner l’ouest, Christophe Bouchet a-t-il ainsi essayé de rassurer l’électorat des boulevards qui s’étaient opposés au passage par Béranger en agitant la peur de voir le mail détruit ? C’est en tout cas ce que pensent certains de ses adversaires politiques, qui y voient également une petite pique envoyée au maire de La Riche en vue de la bataille qui s’annonce pour la gestion de la Métropole… Quoiqu’il en soit, avec ses propos Christophe Bouchet a bel et bien relancé le sujet en ouvrant une brèche dans laquelle les opposants au projet ne manqueront à n’en pas douter de s’engouffrer…

Print Friendly, PDF & Email