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Municipales à Tours : la bataille du centre

Les élections européennes terminées, avec leur lot d’enseignement, les partis, femmes et hommes politiques se tournent désormais vers les élections municipales de 2020. Et la bataille s’annonce rude. A Tours, dès dimanche soir, les hostilités ont démarré notamment entre membres de La République en Marche et le maire Christophe Bouchet.

Entre les Marcheurs tourangeaux et le maire de Tours Christophe Bouchet, les relations sont au plus bas. Alors que depuis plusieurs mois la tension était palpable, elle a clairement franchi un cap en ce début de semaine. La cause ? Un communiqué envoyé dimanche soir par Christophe Bouchet, se félicitant de la victoire de la liste Renaissance, jugé opportuniste par les membres de LREM 37 qui reprochent au maire de Tours de profiter stratégiquement du score de la liste conduite par Nathalie Loiseau.

Christophe Bouchet : cible des Marcheurs

« Christophe Bouchet n’a pas fait campagne, on ne l’a pas vu sur le terrain, hors-mis pour deux meetings où il est venu se faire prendre en photo ». Les mots de ce militant de LREM 37 sont cinglants. Alors que le Mouvement Radical, dont Christophe Bouchet est membre, s’était allié à la liste Renaissance menée par le parti présidentiel, les Marcheurs locaux, reprochent aujourd’hui au maire de Tours son manque de soutien sur le terrain. « Alors que nous tractions sur les marchés, Christophe Bouchet y était aussi mais avec ses adjoints pour faire campagne pour les municipales » accuse Pierre Commandeur, élu municipal d’opposition LREM. Une attaque en règle, reprise lundi sur France Bleu Touraine par Philippe Peruchon, le délégué départemental du parti d’Emmanuel Macron, puis par Daniel Labaronne, le député LREM de la 2e circonscription d’Indre-et-Loire sur TV Tours, qui ont tous les deux reprochés « un affichage » du maire de Tours.

Autre reproche fait à Christophe Bouchet : sa rencontre avec François-Xavier Bellamy, la tête de liste des Républicains lors de son meeting à l’Hôtel de Ville de Tours. « C’était un accueil républicain » se justifie Christophe Bouchet tout en répondant aux attaques : « J’ai pris les décisions que j’avais à prendre et je me suis engagé pleinement, j’ai notamment co-signé une tribune dans le JDD dans laquelle les signataires se sont engagés dans un soutien clair envers la liste Renaissance et Emmanuel Macron, ce n’est pas rien ». Et le maire de Tours d’évoquer « une pensée vieillotte et étriquée, loin de la logique de refus des affrontements portée par Emmanuel Macron », mais aussi sa mise à l’écart volontaire de la part de LREM 37 pendant la campagne des Européennes.

La bataille des Municipales est lancée

Ce qui se joue derrière cet échange houleux, c’est bel et bien les Municipales qui approchent et pour lesquelles il faudra compter avec la recomposition du paysage politique, encore plus affirmé après ces élections européennes, et le poids du parti présidentiel. Chez LREM 37, le choix est clair : il faut une liste en nom propre derrière Benoist Pierre en tête de liste. Ce dernier, après s’être montré de plus en plus depuis l’été dernier, a officialisé sa position ce mardi en se déclarant candidat à la candidature. Dans cette histoire, l’investiture du parti présidentiel sera définie à Paris, par la commission nationale d’investiture. Deux options sont possibles : la validation d’un candidat et d’une liste interne ou la sanctuarisation de la ville de Tours parmi d’autres grandes villes dans le cadre d’un accord national, au profit de maires sortants jugés « Macron-compatible ».

C’est ce dernier cas de figure qu’espère Christophe Bouchet, le maire de Tours, candidat déclaré à sa succession et qui verrait d’un bon œil l’absence de liste En Marche, alors qu’il se place lui même sur une ligne centriste et est désormais libre de toute tentative de candidature à droite après la débâcle des élections de dimanche dernier (8,4% sur la ville de Tours).

Oui mais du côté de LREM, le bon score enregistré à Tours aux Européennes a renforcé l’envie et l’ambition des Marcheurs locaux de partir seuls. « Ce score il est en partie lié au fait que nous avons fait une vraie campagne de terrain, que nous avons travaillé et défendu un projet » explique ainsi Pierre Commandeur. « Il faut continuer d’aller vers une logique de terrain » analyse de son côté Benoist Pierre en citant celui fait pour les Européennes mais aussi les ateliers citoyens mis en place dans le cadre de « CityNov », le think thank qu’il a lancé.

Ce travail de terrain, (en tant que maire) Christophe Bouchet se retranche derrière également. Tous rejettent ainsi officiellement la question des querelles personnelles et déclarent vouloir parler de projet pour la ville. Seulement les ambitions des uns et des autres créent des hostilités de fait, qui ne seront résolues au mieux qu’après la décision de la commission d’investiture. D’ici là, les deux candidats avancent leurs cartes au niveau national pour défendre leur position. Le choix devrait être validé courant juin. Une fois acté, celui-ci ne sera alors qu’une première étape avant la longue course vers la Mairie de Tours.

Une Mairie où la liste de candidats allant du centre-gauche au centre-droit est nombreuse. Outre Benoist Pierre et Christophe Bouchet, Nicolas Gautreau (un temps proche également de LREM) s’est porté candidat au poste de maire, tout comme Philippe Lacaile au sein de son association « Tours en Mouvement ». Membre de cette dernière association Philippe Hougron analyse d’ailleurs les résultats des Européennes d’une manière différente . « Les élections européennes à Tours ont été caractérisées par une abstention de près de 52%. Ceci témoigne de la grande défiance des Tourangeaux à l’égard des partis politiques qui persistent à se montrer incapables de leur offrir un projet ambitieux et réaliste. C’est exactement l’analyse que Tours En Mouvement a faite ,voici déjà plus de deux ans, en entreprenant le travail participatif de fond qui a abouti à son projet pour Tours » nous écrit-il.

Citons encore l’UDI et élu municipal Xavier Dateu. Ce dernier s’est d’ailleurs mêlé à la bataille sur les réseaux sociaux en ciblant Christophe Bouchet :

A 10 mois des élections municipales, la campagne s’annonce âpre et nul doute que la bataille ne fait que commencer…

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