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Municipales : 4 listes au 2e tour à Saint-Pierre-des-Corps et un scrutin incertain

Alors que la tendance est un peu partout en France au rapprochement des forces politiques autour de projets communs, notamment sur la gauche de l’échiquier politique avec des unions comme à Tours allant souvent de la France Insoumise jusqu’au Parti Socialiste en passant par Europe Ecologie les Verts, à Saint-Pierre-des-Corps, les électeurs auront le choix entre 4 listes au 2e tour dont trois classées à gauche. Une singularité de plus dans cette commune qui pourrait basculer puisque le candidat Emmanuel François, classé à droite, est arrivé en tête au 1er tour. Une première dans cette ville gérée par les communistes depuis un siècle et qui rend la lecture de ce scrutin incertain d’autant plus que l’abstention a atteint 61,1% le 15 mars dernier… Revue des forces en présence.

Michel Soulas veut gagner la ville

Tête de liste du Parti Communiste, désigné successeur de l’indéboulonnable Marie-France Beaufils, Michel Soulas aura vécu un premier tour mitigé. Premier candidat de gauche avec 27,44 % des suffrages exprimés, celui qui se trouve à la tête de la liste « A Gauche Toutes ! » conserve toutes ses chances de victoire. Oui mais, arrivé « seulement » deuxième, derrière le candidat classé à droite Emmanuel François, Michel Soulas sait aussi que sa position est inconfortable dans une ville sous les yeux des observateurs. Pour renverser la vapeur, Michel Soulas a réussi l’alliance avec la liste « Pacte » soutenue par le NPA et la France Insoumise en leur ouvrant deux places sur sa liste. En revanche, il n’a pas réussi à s’entendre avec les écologistes de la liste « Agir Ensemble » et celle socialiste « J’aime Saint-Pierre-des-Corps » (voir plus bas). « Ils porteront la responsabilité de la défaite de la gauche, si défaite il y a » commente-t-il laconiquement sur l’échec de ces alliances tout en précisant : « Je suis le mieux placé pour battre la droite » car arrivé devant les autres listes de gauche au premier tour.

Dans une ville historiquement communiste ou plus précisément gérée comme telle depuis 1920 (à l’exception de la 2nde Guerre Mondiale), Michel Soulas se veut conquérant et non pas sur une stratégie de défense. « On est là pour gagner la ville et non pas pour la conserver » affirme-t-il ainsi avec force en arguant dans le même temps le prisme de sa liste allant du NPA au Parti Communiste en passant par des militants écologistes, sympathisants socialistes ou de Génération.s ainsi que des personnes dites de la société civile. « C’est une vraie satisfaction d’avoir autant fédéré » avance celui qui entend désormais convaincre les électeurs de la nécessité de laisser la ville à gauche. « Depuis le départ nous avons réaffirmé la nécessité de conserver les services publics, la crise du Covid vient nous conforter » explique-t-il ainsi. Une crise dont il sera question dans cette campagne et dans la gestion future de la ville et qui a « fait évoluer les priorités » selon le candidat. Ces priorités ce sont d’abord les trois prochains mois qui vont être « très importants pour la population entre la gestion des enfants avec les loisirs, l’emploi dans une ville qui avait avant la crise 25% de taux de chômage ou encore la rentrée scolaire de septembre ». Trois points faisant partie de « l’urgence à gérer » selon Michel Soulas persuadé que « la crise a renforcé le rôle des maires ».

Cyrille Jeanneau et les socialistes veulent s’affranchir des communistes

Crédité de 15,52% des voix et arrivé en troisième position, on aurait pu penser que le socialiste Cyril Jeanneau, tête de liste de « J’aime Saint-Pierre-des-Corps » se résigne à un accord avec Michel Soulas au soir du 1er tour. Malgré quelques contacts, il n’en sera finalement rien, Cyril Jeanneau expliquant ne plus vouloir que les socialistes « soient des supplétifs des communistes ». Des mots forts symbolisant une envie d’émancipation dans une ville où par le passé les socialistes ont toujours été dans l’ombre du parti frère bien que faisant partie avec lui des différentes majorités.

« Nous incarnons la 3e voie » affirme ainsi Cyrille Jeanneau se proposant en solution aux habitants souhaitant une « autre gestion de celle communiste » et « ne voulant pas de la droite. » Pour le candidat socialiste il convient notamment de « sortir la ville de son isolement » y compris financier en allant chercher « des ressources financières jamais utilisées. » Cyrille Jeanneau pointe notamment l’absence de centre social en lien avec la CAF, dans une ville pourtant marquée par un pourcentage important de foyers aux revenus modestes. Pour espérer renverser la tendance du premier tour, les membres de « J’aime Saint-Pierre-des-Corps » espèrent notamment convaincre les abstentionnistes du premier tour (plus de 60% des inscrits) en axant un projet autour de trois axes articulés les uns aux autres : l’économie, le social et l’écologie. « Nous avons une grande marge de manœuvre » affirme ainsi la tête de liste socialiste, en réfutant la responsabilité de l’éclatement de la gauche, qui pourrait lui être fatale. « On n’a pas voulu nous faire de vraies propositions de travail en commun » pointe-t-il en ciblant Michel Soulas.

Des écologistes qui s’accrochent

Arrivé 4e du scrutin (11,84% des voix), François Lefèvre reconduit également sa liste « Agir Ensemble-Transition écologique et citoyenne ». « Par la force des choses on part tous seuls » dit-il, à la fois avec le spectre du regret et du défi. « Le PC, le PS et PACTE étaient prêts à travailler avec nous et nous étions prêts à travailler avec tout le monde. Le PC ne voulait pas s’allier avec le PS et je reconnais que dans le collectif certains conservent une certaine défiance vis-à-vis des communistes. Voilà pourquoi l’équation ne s’est pas faite. On ne voulait pas s’allier avec un seul groupe au risque d’accroître les divisions. Et puis nous sommes un collectif citoyen, les enjeux de partis politiques qui se font querelle nous échappent. Nous n’avons pas vocation à faire l’union de la gauche. On a fait le boulot et ils n’ont pas joué le jeu. Ce serait fort de café qu’on nous le reproche. »

L’équipe repart donc en campagne, sûre de sa légitimité : « Nous sommes au conseil municipal depuis 2001, d’abord avec un élu puis deux à la dernière élection. Nous formons une opposition constructive, objective, critique. On a fait avancer certaines choses en obtenant que la gestion de l’eau passe en régie alors qu’elle était en délégation au public. Plus récemment nous avons obtenu l’installation d’un maraîcher bio à la Morinerie via un amendement du PLU » énumère François Lefèvre en reconnaissant qu’il n’a « aucune chance de passer en tête » mais voyant comme nécessaire la présence d’une opposition « vigilante » au conseil municipal : « On ne veut pas laisser tomber notre électorat » assure la tête de liste. Après le Covid, le programme sera légèrement modifié et distribué en tracts par La Poste.

Emmanuel François en embuscade

Celui qui pourrait tirer un certain bénéfice de cette désunion c’est Emmanuel François. Arrivé en tête du 1er tour (29,35% des voix), celui que ses adversaires aiment répéter qu’il n’habite pas officiellement la commune bien qu’il y officie en tant que médecin (et a à ce titre un pied à terre) a une occasion de faire basculer l’historique mairie communiste. « J’aborde cette nouvelle campagne d’une façon encore plus sereine qu’au premier tour où le contexte a foutu la trouille a pas mal d’électeurs. Je pense qu’il y aura moins d’abstention le 28 juin. » Alors qu’on aurait pu imaginer un accord avec le candidat LREM Jean-Marc Pichon, il n’en sera rien : « Il y a eu un appel mais pas de discussions particulières. C’était compliqué car sur notre liste nous avons déjà réuni les compétences nécessaires à la gestion d’un mandat municipal et cela aurait été dommage de faire voler cela en éclat. »

Alors Saint-Pierre-des-Corps peut-elle basculer à droite dans quelques semaines ? Emmanuel François déteste toujours autant l’étiquette, pourtant officiellement attribuée par la préfecture, et légitimée par des soutiens de poids comme le président LR du Conseil Départemental d’Indre-et-Loire. Quand on l’interroge sur le sujet, il se braque : « Si c’est le seul moyen que mes adversaires ont trouvé pour me contrer… »

Refusant de commenter la gestion de la crise sanitaire par Marie-France Beaufils (hormis une phrase pour évoquer son scepticisme sur la réouverture des écoles), l’homme nous dit que son programme n’a pas bougé d’un iota même s’il faudra l’adapter à l’époque post-Covid, sûrement retarder des projets. D’autres sont d’ores et déjà confirmés, et même encore plus essentiels aux yeux du candidat : « On ne voulait pas centraliser les cuisines dans les écoles, c’est plus protecteur pour les enfants. La solidarité et l’environnement sont toujours prioritaires. » Un axe écologique qui serait même favorisé par rapport à celui de la sécurité. Pour développer son postulat, la liste est en train de préparer deux tracts à distribuer à la population. Les prochaines semaines s’annoncent musclées.

Olivier Collet et Mathieu Giua

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