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Municipales 2020 : A chacun son association…

Elles s’appellent « Tours A venir », « En Avant Tours », « Tours en Mouvement », « Citynov » ou encore « Cogitations citoyennes ». Des associations nées ces derniers mois, semaines voire derniers jours et qui ont la volonté affichée de créer un espace de réflexion politique et citoyenne à Tours afin de préparer, de manière officielle ou de façon plus discrète, les prochaines élections municipales et une alternance politique à la majorité de Christophe Bouchet.

Les associations, une manière de dépasser le cadre des partis

La démarche associative en vue de préparer des échéances électorales n’est pas nouvelle. Pour la campagne municipale de 2014, Serge Babary s’était appuyé sur son association « Evolu’Tours » pour monter son projet municipal et faire campagne. A gauche, c’est sous le collectif « C’est au Tour(s) du peuple » que Parti de Gauche, NPA et Ensemble avaient fait campagne et réalisés un score honorable, avec 8,37% des voix.

Deux associations dont la proximité avec des partis politiques (UDI et LR pour Evolu’Tours) était clairement assumée. Le modèle associatif présentait alors un cadre plus souple que les partis en question mais aussi un moyen de dépasser justement les clivages liés à ces derniers, notamment sur la période d’amorçage d’un projet politique.

Oui mais depuis, la crise qui traverse les partis a changé la donne et ce n’est plus pour constituer une tête de pont avant l’heure, que militants et candidats potentiels lancent leur structure. « Dans sa configuration actuelle, le système des partis est révolu » avance ainsi Françoise Amiot, la présidente de « Tours A Venir ». Pour cette dernière, si son association a bien un but politique, c’est avant tout dans une « perspective d’expression citoyenne » avec la volonté de « donner la parole, créer du lien et de la confrontation d’idées ».

Pour se faire, après une première année essentiellement centrée sur la réalisation de questionnaires et la constitution de laboratoires d’idées, « Tours A Venir » va désormais chercher à s’ouvrir via des conférences avec intervenants extérieurs. Une façon d’aborder des thématiques larges nous explique-t-on : sport, accès à l’art, santé, écologie, commerce… « Aujourd’hui on ne se parle plus assez, ce genre de temps conviviaux le permet » précise de son côté Rémi Audebert, qui a rejoint l’association ces derniers mois.

Faire émerger de nouvelles personnalités issues de la société civile, un autre objectif affiché par ces associations. Ainsi Benoist Pierre l’affirme « Citynov est composé pour moitié de personnes non engagées ». Des associations qui enferment moins que le cadre classique des partis politiques donc et qui permettent « d’élargir le spectre » selon le président de Citynov. Ce dernier a d’ailleurs axé son association sur une thématique particulière : innovation et citoyenneté et compte par ce biais aborder des sujets locaux, le premier concernera les transports. Une démarche plutôt originale qui fait de Citynov un sorte de think thank local. Une particularité pour le coup : « L’innovation c’est mon domaine d’expertise dans mon travail » explique Benoist Pierre pour justifier ce choix.

Les principales tendances des associations politiques et citoyennes et les personnalités liées :

Cogitations Citoyennes : Proche d’EELV. Personnalités politiques liées : Emmanuel Denis, Philippe Geiger…

C’est Au Tour(s) du Peuple : Proche du NPA, France Insoumise… Personnalités politiques liées : Claude Bourdin, Pierre Bitoun

En Avant Tours : Proche du PS. Personnalités politiques liées : Jean-Patrick Gille, Cathy Munsch

Citynov : Proche LREM. Personnalités politiques liées : Benoist Pierre, Pierre Commandeur.

Tours en Mouvement : Proche LREM. Personnalités politiques liées : Philippe Lacaile, Alain Devineau.

Tours A Venir : Proche LREM. Personnalités politiques liées : Françoise Amiot.

 

« Les partis n’ont plus de crédibilité » explique de son côté Philippe Lacaile. Ancien directeur général de la ville de Tours et de Tour(s) Plus, ce dernier a lancé en mars 2018 « Tours en Mouvement », avec comme ambition de « proposer une offre politique nouvelle afin de tourner la page de ce qui est fait depuis 2014 ». Bien qu’il fut catalogué lui aussi comme proche de « La République En Marche », Philippe Lacaile dit croire au modèle associatif parce qu’il y a « une défiance envers les partis, anciens comme récents. Les gens ne veulent plus être enfermés dans des solutions partisanes avec des directives venant d’Etats Majors ».

Faire émerger de nouvelles formes collectives

« Les partis politiques sont dans l’impasse, mais il émergera de nouvelles formes collectives » pour Jean-Patrick Gille. Mais il faut « faire attention à ne pas s’épuiser trop vite », met-il en garde. L’ancien premier adjoint de la ville et ancien député, a lancé lui aussi son association « En Avant Tours », afin de « préparer un projet ou être en capacité de nourrir un projet municipal ». Une association qui là encore entend aborder les problématiques locales à partir de groupes de travail thématiques, appelés ici « fabriques » là où ces même espaces de travail s’appellent « cercles » (chez les Cogitations Citoyennes) ou « laboratoires » (« Tours A Venir », « Tours en Mouvement »…) ailleurs.

« Il faut être dans une démarche de résolution des problèmes » explique Jean-Patrick Gille et pour y arriver répondre « à la diversité et la complexité de la société et intégrer celle-ci en tant que tel ».

La logique descendante a-t-elle ainsi disparue ? Du côté des Cogitations Citoyennes on en est persuadés. L’association lancée par l’élu municipal écologiste Emmanuel Denis est à ce stade celle qui est le plus avancé dans la démarche horizontale. C’est celle aussi qui va le plus loin aujourd’hui dans l’élaboration d’un programme municipal, objectif ici non dissimulé et clairement affiché. « Nous avons l’objectif d’arriver entre 50 et 60 propositions dans notre projet » explique Emmanuel Denis. Parmi celles-ci, on retrouve la mise en place d’un droit d’interpellation, sorte de Référendum d’Initiatives Populaires local, la mise en place d’un forum ouvert pesant sur les décisions municipales, ou encore la mise en place d’un véritable budget participatif citoyen… Des propositions nées des cercles de réflexion de l’association qui se veut elle aussi ouverte à tous. « Nous souhaitons une liste dont les membres viennent de tous les horizons. Et après seulement, si les partis veulent s’y associer, ils pourront alors venir en soutien » prévient Emmanuel Denis. Aujourd’hui « Les Cogitations Citoyennes » ont néanmoins une base très marquée EELV (plusieurs membres du parti en sont à l’origine ou participent à l’association), malgré la présence de membres non engagés, ni encartés.

Du côté de Benoit Pierre, que beaucoup désignent déjà comme future tête de liste pour « La République En Marche » en 2020, l’association a une démarche politique, au sens premier du terme, c’est à dire servir les intérêts de la commune « mais pas politicienne » en revanche : « Il y a une articulation avec LREM et j’assume mon engagement, mais l’association n’est pas politique, on accueille tout le monde. D’ailleurs je démissionnerai de la présidence de l’association si je dois être candidat aux Municipales ».

Des associations qui permettraient donc selon tous les interlocuteurs avec qui nous avons échangé de répondre à une demande des citoyens d’être plus impliqués dans les décisions locales. Reste malgré tout l’impression que l’ouverture reste limitée aux cercles habituels d’habitués des débats et aux personnes déjà impliquées d’une façon ou d’une autre dans la vie de la cité.

Embouteillage au centre, volonté de rassemblement à gauche.

Même s’ils s’en gardent pour la plupart, il y a aussi les ambitions personnelles et l’envie de peser. En cela, créer un mouvement et réussir à fédérer autour de sa personne devient un argument de poids et un moyen de faire parler de soi et de se faire connaître et de se servir d’une rampe de lancement, quitte à multiplier les initiatives et brouiller un peu le paysage politique local. Sur ce point, Benoist Pierre se montre clair : « Je ne crois pas aux méthodologies mises en place par les autres associations. » dit-il après avoir participé à plusieurs réunions ailleurs.

N’y a-t-il pas risque d’embouteillage ? On voit en tout cas difficilement tout le monde aller au bout, notamment au centre, surtout quand on ajoute la candidature à venir de Nicolas Gautreau (Centre-Gauche, proche LREM) ou encore celle de Xavier Dateu (centre-droit). « Nous refusons de parler de liste, l’important est de parler d’un projet commun, de partir des besoins identifiés sur le terrain. La convergence en 2020 ne pourra se faire que sur des projets » explique-t-on du côté de « Tours A venir ».

A gauche, si l’offre se montre multiple également entre « En Avant Tours », « Les Cogitations Citoyennes » ou encore « C’est au Tour(s) du Peuple » qui prépare de nouveau aussi la campagne, on sent une volonté de certains d’opérer un rapprochement à l’approche de l’échéance électorale, « mais sur la base d’un projet commun » nous dit-on. Viendra alors le temps des négociations, car sans rassemblement, tous le savent, il sera impossible de remporter l’élection et donc de faire appliquer les idées nées de ces temps citoyens, à gauche comme ailleurs.

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